Dossier spécial Le Festival littéraire international de Tokyo
Chip Kidd : le book designer le plus célèbre du monde
[30.07.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Chip Kidd passe pour être « le book designer le plus célèbre du monde ». Lui qui a créé les couvertures de bon nombre d’ouvrages d’auteurs japonais, dont ceux de Murakami Haruki, semble fortement influencé par la pop culture japonaise. Nous avons profité de sa visite lors du Festival International de Littérature de Tokyo pour lui en demander plus.

Chip Kidd

Chip KiddNé en 1964. Graphiste et écrivain. Il vit à New York. Il a signé certaines des plus célèbres couvertures de livres dans le monde entier. Au Japon, il est surtout connu pour ses couvertures des versions américaines de Murakami Haruki.

Une rencontre avec la culture pop japonaise qui date de son enfance

Depuis de nombreuses années, les reliures créées par Chip Kidd ont provoqué un tourbillon dans le monde de l’édition aux États-Unis, bouleversant l’image que l’on se faisait de ce qu’était une couverture de livre. En particulier, il est le book designer des romans de Murakami Haruki traduits en anglais depuis plus de vingt ans. Ses couvertures ont joué un rôle majeur dans la diffusion mondiale de l’œuvre de Murakami, grâce à une conception originale et renouvelée pour chaque ouvrage qui a touché l’intérêt du public. Plus étonnant, Chip Kidd est aussi un grand amateur de manga. Lors de sa dernière visite au Japon en mars 2013 où il était invité par le premier Festival International de Littérature de Tokyo, il nous a parlé de ce qui le séduit au Japon et de l’influence de la pop culture japonaise sur ses créations.

Chip Kidd a réalisé la couverture des huit volumes du « Bouddha » de Tezuka Osamu en version anglaise qu’il avait adoré dans son enfance. Les huit livres réunis montrent au dos les visages de Bouddha aux trois âges de sa vie.

« À la fin des années 1960, la station de télévision locale là où j’habitais en Pennsylvanie diffusait toute une quantité d’animations japonaises pour les enfants, qui me passionnaient, comme tous les autres gamins de mon âge. Le plus populaire était Astro Boy. Évidemment, à l’époque j’ignorais qui était Tezuka Osamu. Mais mon préféré à moi, c’était 8-Man, de Kuwata Jirô. J’adorais ce dessin animé en noir et blanc, son concept, de design, c’était très avancé pour l’époque. Cette série a eu une grande influence sur mon travail par la suite. »

C’est en 2001 que Chip Kidd a visité le Japon pour la première fois. Depuis, son intérêt pour la culture japonaise s’est encore renforcé, et il vient maintenant régulièrement à Tokyo.

« Actuellement, je vis à New York, mais je dirais que Tokyo ressemble un million de fois plus à New York que New York ! C’est assez difficile à expliquer, mais ce goût pour les nuances sophistiquées qu’on trouve à Tokyo me séduit beaucoup. Il y a un contraste amusant créé par un excès d’objets dans une insuffisance d’espace, tout en maintenant un ordre parfait de chaque chose à sa place qui fonctionne. Et par dessus le marché, on trouve aussi une sorte de minimalisme dans un environnement chaotique. Pour ma part, c’est ainsi que je décrirais la sensibilité japonaise. »

Quelques couvertures de Chip Kidd inspirées par des matériaux trouvés dans les librairies d’occasion de Jinbôchô. À gauche : « Bô no kanashimi » ( Ashes), de Kitakata Kenzô qui tire parti de la structure muti-couches que permet l’existence du bandeau, et à droite : « Kirakira Hikaru » (Twinkle Twinkle), de Ekuni Kaori, qui présente des visages visibles comme à travers des trous de serrure.

La découverte du « Bat-Manga »

Chip Kidd possède une grande connaissance de la bande dessinée japonaise, et aime également les « comics » américains. Il est à ce propos un très célèbre collectionneur de tout ce qui a trait à l’univers de Batman aux États-Unis. Or, cette passion pour Batman a été pour lui une occasion d’approfondir les liens qu’il entretient avec la pop culture japonaise.

Il a en particulier été impliqué dans la publication du livre « Bat-Manga! The Secret History of Batman in Japan », non seulement comme book designer de la couverture, mais comme éditeur.

De fait, dans les années 1960, un éditeur japonais, avait publié une série d’épisodes originaux en japonais dans un magazine de manga pour garçons avec l’accord de l’auteur de Batman aux États-Unis. C’est en apprenant que c’est le créateur du personnage de 8-man, Kuwata Jirô, qui avait dessiné ces épisodes, que Chip Kidd a commencé à collectionner les numéros du magazine dans lequel ils avaient été publiés. Néanmoins, ces épisodes japonais de Batman n’avaient jamais été publiés en volume et il était très difficile de trouver ces anciens numéros aux États-Unis. C’est grâce à son réseau d’amis, les librairies d’occasion spécialisées et à Internet que Chip Kidd a finalement réussi à les réunir, ce qui lui a permis d’éditer Bat-Manga! The Secret History of Batman in Japan en 2008.

« C’était tellement excitant pour moi d’apprendre que l’auteur de 8-Man, la série que j’avais adorée quand j’étais gosse, était aussi l’auteur des épisodes japonais originaux de Batman, que j’adore aussi ! Pour moi, c’était incroyable qu’un mangaka japonais ait introduit l’esprit de Batman dans un manga. Il est mort à peu près un an après la publication de ces épisodes dans un magazine hebdomadaire pour les garçons. Cette série n’avait jamais fait l’objet d’une édition en volume, ni d’aucune traduction. Quand j’ai trouvé ce Batman par Kuwata, j’étais comme un fan des Beatles qui aurait trouvé un enregistrement oublié réalisé au Japon par les Fab-4, vous voyez ! Le Batman de Kuwata est l’un de mes préférés de tout l’univers Batman. »

Ce que les lecteurs et les auteurs attendent d’une couverture

Pour Chip Kidd, l’essentiel dans le book design, c’est d’arriver à créer une couverture qui donne envie aux gens de posséder le livre et de le garder près d’eux.

Lors d’une conférence à l'Université Waseda, Chip Kidd a parlé de la conception de la couverture des romans de Murakami Haruki.

« La lecture, c’est le théâtre de l’âme. Mon travail est de concevoir l’apparence du livre. Cela peut paraître superficiel, mais en fait tous les écrivains souhaitent que leur livre soit présenté sous une couverture originale, à nulle autre pareille. Les écrivains rêvent d’une couverture de grande qualité visuelle, qui donne envie de lire leur œuvre. »

En tout cas, Murakami Haruki semble heureux du travail de Chip Kidd !

« C’est un homme avec qui il est étonnamment facile de travailler. Mais évidemment, nous n’avons pas travaillé ensemble concrètement, il serait donc un peu impoli de ma part de parler de lui (rires). J’ai fait une maquette, et une fois qu’elle a été approuvée en interne, à un moment donné, j’ai eu l’opportunité de la lui montrer. Il m’a dit : “Merci”. Pour un book designer, c’est l’idéal ! »

(Adapté d’un article rédigé en anglais par Paul Warham. Photographies : Ôkubo Keizô et Kodera Kei. Remerciements à la Nippon Foundation.)

  • [30.07.2013]
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