Dossier spécial Sanctuaires shintô : suivez le guide !
Visite guidée d’un sanctuaire shintô [5] : Komainu

Toya Manabu [Profil]

[12.09.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Les statues en pierre appelées komainu que l’on trouve, par paire, à l’entrée ou devant le honden (pavillon principal) de nombreux sanctuaires shintoïstes. Ils sont conçus pour conjurer les mauvais esprits.

Komainu : les gardiens de pierre du sanctuaire

Les komainu (littéralement « chiens de Corée ») sont constitués par une paire de créatures imaginaires semblables à des lions (shishi) placés de part et d’autre du sandô, non loin de l’entrée du sanctuaire ou du pavillon principal (honden). Ils sont censés écarter les démons de l’espace sacré.

L’origine des komainu remonterait aux sphinx de l’Égypte ou aux lions de l’Inde ancienne, et à une époque plus récente, à la dynastie des Tang (618-907) au cours de laquelle le bouddhisme est arrivé au Japon, via la Corée. C’est alors que ces statues de pierre – représentant des « chiens » dits de Corée, appelés aussi kôrai-inu, mais dont on n’a retrouvé aucun exemplaire dans la péninsule coréenne – auraient fait leur apparition dans l’Archipel.

La plupart des komainu ressemblent vraiment aux « lions chinois » (kara jishi) que l’on trouve communément en Chine. En général, ces deux animaux fabuleux sont représentés avec la gueule ouverte (a) pour l’un d’entre eux, et fermée (um) pour l’autre. Cette tradition, loin d’avoir un rapport quelconque avec le shintô, fait directement référence au bouddhisme et à la syllabe aum – prononcée avec la bouche d’abord ouverte puis fermée – qui représente le son primordial à l’origine de l’univers.

Mais il arrive aussi que l’on trouve des représentations d’animaux associés à la divinité tutélaire du jinja, en lieu et place des komainu. Au sanctuaire de Mitsumine situé dans la préfecture de Saitama et dédié à Ôguchi no magami, ce sont deux loups qui montent la garde. Dans les sanctuaires consacrés à Inari, ce sont des renards qui font office de komainu. Là où l’on vénère Tenmangû – alias le célèbre lettré Sugawara no Michizane (845-903) –, les komainu sont remplacés par des bœufs. Et dans le sanctuaire Hie sannô de Tokyo, par des singes.

Le komainu de gauche à l’entrée du sanctuaire Kashii-gû à Fukuoka dans la préfecture de Fukuoka.

Le komainu de droite à l’entrée du sanctuaire Kashii-gû.

Au sanctuaire Nogi, à l’arrondissement de Minato, Tokyo.

Au sanctuaire Nitta, à Satsuma-Sendai dans la préfecture de Kagoshima.

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(Photo de titre : le sanctuaire Kashii-gû, Fukuoka. Photos: Nakano Haruo. Illustrations : Izuka Takeshi.)

  • [12.09.2016]

Historien et desservant de sanctuaire shintô (kannushi). Spécialiste des recherches sur le shintô. Né en 1953, dans la préfecture de Saitama. Titulaire d’une licence ès lettres de l’Université Kokugakuin. Auteur de divers ouvrages dont Shintô nyûmon (Introduction au shintô) ; Fujisan, 2200 nen no himitsu (Le mont Fuji : un secret vieux de 2 200 ans), Sanshu no shingi – tama, kagami, tsurugi – ga shimesu tennô no kigen (Les trois trésors sacrés – joyau, miroir, épée – aux origines de la lignée impériale), Suwa no kami, fûin sareta jômon no chimatsuri (Les divinités de Suwa et les sacrifices rituels de l’époque Jômon) et Onmyôdô to wa nanika (Qu’est-ce que le onmyôdô ?) .

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