Dossier spécial Sanctuaires shintô : suivez le guide !
Visite guidée d’un sanctuaire shintô [11] : Shôzoku

Toya Manabu [Profil]

[24.10.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

Les desservants des sanctuaires shintô et leurs assistants portent des tenues traditionnelles tout à fait spécifiques. Voici en quoi elles consistent.

Shôzoku, les vêtements des officiants du shintô

Le shôzoku, la tenue des desservants shintô, s’inspirait à l’origine des costumes de cour de la dynastie chinoise des Tang (618-907) où le Japon a envoyé régulièrement des missions jusqu’en 838. Mais ce type de vêtement a ensuite évolué une fois qu’il a été adopté par les habitants de l’Archipel. Aujourd’hui, les desservants shintô sont les seuls à revêtir ce genre de tenue. Jusqu’à une période récente, le shôzoku était exclusivement réservé aux hommes parce que les femmes n’étaient pas autorisées à officier dans un sanctuaire shintô. Mais choses ont changé et il y a aujourd’hui des desservants de sexe féminin dont la tenue est une adaptation du costume traditionnel masculin.

Les vêtements des officiants du shintô sont de trois types : formel (seisô), cérémoniel (reisô) et ordinaire (jôsô). Les tenues formelles relèvent du style de l’ancien habit de cour (ikan) qui se composait d’une longue robe () comportant parfois une ceinture, portée par dessus un pantalon large (hakama). Le tout était complété par une coiffe (kanmuri). Elles rappellent par bien des côtés les costumes de l’aristocratie japonaise de l’époque de Heian  (794-1185).

La couleur et les motifs du vêtement indiquent le rang du desservant dans la hiérarchie shintô, comme c’était le cas pour les fonctionnaires de la cour de Heian. Les tenues cérémonielles (reisô) relèvent du style saifuku qui diffère de celui du ikan dans la mesure où les tissus sont entièrement blancs et dépourvus de tout motif. Elles sont exclusivement réservées aux desservants lorsqu’ils accomplissent des rites et elles sont parfois utilisées à la place des seisô pour l’exécution des rituels les plus formels.

Les tenues « ordinaires » (jôsô) des officiants shintô sont de deux sortes : « vêtement pur » (jôe) et « tenue de chasse » (kariginu). Le kariginu s’inspire du costume conçu pour faciliter les mouvements des nobles de cour du Japon ancien lorsqu’ils allaient à la chasse. C’est la tenue la plus courante des desservants shintô, celle dans laquelle les visiteurs les voient le plus souvent. La tenue ordinaire est complétée non pas par une coiffe (kanmuri) mais par un bonnet (eboshi). La couleur du hakama – pourpre pour les gûji (le rang le plus élevé dans la hiérarchie shintô) et les gon gûji (vice-gûji), bleu pâle pour les negi (assistants de gûji), gon negi et les autres officiants de rang moins élevé – indique le rang du desservant.

Quand ils portent une tenue formelle, les desservants de sexe masculin sont toujours munis d’un bâton rituel plat (shaku) insigne de leur dignité qu’ils tiennent dans la main droite. Et leurs pieds sont chaussés de socques de bois laqué traditionnelles (asagutsu).

Les miko, les jeunes filles en général vêtues d’un hakama rouge et d’une tunique blanche que l’on peut voir dans les sanctuaires, ne célèbrent aucun rituel. Elles se contentent d’assister le desservant en effectuant un certain nombre de tâches qui leur sont réservées.

Tenue formelle (seisô) de desservant de rang supérieur et de premier rang (les rangs plus élevés). Le desservant porte une coiffe (kanmuri). La différence entre les deux rangs est indiquée par de légères variations dans la  couleur et les motifs des tissus.

Tenue formelle (seisô) de desservant de deuxième rang supérieur et deuxième rang. Le desservant porte une coiffe (kanmuri). La différence entre les deux rangs est marquée par de légères variations dans la couleur et les motifs des tissus.

Tenue formelle (seisô) de desservant de troisième et quatrième rang. Le desservant porte une coiffe (kanmuri). Absence de motifs sur les tissus.

Tenue cérémonielle (saifuku) entièrement blanche et dépourvue de motifs. Le desservant porte une coiffe (kanmuri).

Desservant en tenue ordinaire dite « de chasse » (kariginu). Il porte un bonnet de type eboshi.

Desservant en « tenue ordinaire » jôe.

Miko en tenue formelle (seisô.)

Miko en tenue ordinaire (jôsô)

Les miko du sanctuaire Nishinomiya dans la préfecture de Hyôgo.

Les desservants et assistants du sanctuaire Mononobe d’Ôta (préfecture de Shimane) en tenue formelle, lors d’une cérémonie.

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(Photos : Nakano Haruo. Illustrations : Izuka Takeshi)

  • [24.10.2016]

Historien et desservant de sanctuaire shintô (kannushi). Spécialiste des recherches sur le shintô. Né en 1953, dans la préfecture de Saitama. Titulaire d’une licence ès lettres de l’Université Kokugakuin. Auteur de divers ouvrages dont Shintô nyûmon (Introduction au shintô) ; Fujisan, 2200 nen no himitsu (Le mont Fuji : un secret vieux de 2 200 ans), Sanshu no shingi – tama, kagami, tsurugi – ga shimesu tennô no kigen (Les trois trésors sacrés – joyau, miroir, épée – aux origines de la lignée impériale), Suwa no kami, fûin sareta jômon no chimatsuri (Les divinités de Suwa et les sacrifices rituels de l’époque Jômon) et Onmyôdô to wa nanika (Qu’est-ce que le onmyôdô ?) .

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