Dossier spécial Sous le feuillage des arbres géants du Japon
Les géants de la forêt dénudés

Takahashi Hiroshi [Profil]

[17.01.2017] Autres langues : 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

C’est en hiver, et en cette saison seulement, quand les arbres géants ont perdu leurs feuilles, que se dévoile véritablement leur force brute. L’effet est saisissant. Nous vous en présentons trois, trois géants qui tiennent depuis des siècles, indifférents au vent et à la neige, immobiles et fiers.

Les arbres à feuilles caduques présentent un aspect différent à chaque saison. Colorés de fraîcheur au printemps, ils déploient leur force vive par le vert profond de leur feuillage en été, protégeant les humains de leur ombrage. En automne, ils se parent des plus riches couleurs, rouge, jaune, orangé, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Puis leurs feuilles commencent à tomber, informant ainsi les humains que l’hiver est proche. Gageons que de nombreuses personnes ressentent la fugacité des cycles du temps à la vision de ces géants nus.

La culture japonaise a une perception très fine des saisons. Ce sont les pousses des bourgeons et les feuilles nouvelles des feuillus qui informaient les Japonais, nation essentiellement agricole à l’origine, de la bonne période pour le repiquage du riz, tout comme ce sont encore les arbres qui annonçaient l’heure de la moisson en automne. Les arbres à feuilles caduques ont de plus l’avantage par rapport aux conifères de porter des fruits souvent comestibles en automne. Ils ont toujours été, littéralement, le tronc qui porte la culture japonaise, ils ont nourris l’esthétique japonaise aussi bien visuelle que gustative de l’attention aux saisons.

Aujourd’hui, admirons les géants dans leur nudité hivernale.

Le grand Zelkova de Noma (Osaka)

Espèce : zelkova du Japon (Zelkova serrata)
Localisation : 266, Noma Inaji, Nose-cho, Toyono-gun, Osaka-fu 563-0133
Circonférence : 14,15 m, hauteur : 20 m, âge : 1 000 ans
Patrimoine naturel du Japon
Taille ★★★★★
Vigueur  ★★★★
Forme  ★★★★
Branchage ★★★★
Majesté  ★★★★

Le sanctuaire d’Arinashi no miya se trouve tout au nord de la préfecture d’Osaka, à 5 Km de la ville de Nose, tout près de la limite des préfectures de Kyoto et de Hyôgo, au milieu d’un paysage idyllique de rizières. Dans l’enceinte du sanctuaire, on trouve ce zelkova, l’un des plus grands du Japon, qui enrichit le lieu de sa stature imposante. Le sanctuaire est consacré au dieu de l’agriculture, et on dit que les années où les bourgeons du zelkova sont particulièrement beaux, la récolte sera particulièrement bonne.

Compte tenu des besoins en bois de charpente de qualité nécessaire pour la construction des temples, sanctuaires et châteaux dans la région du Kansai depuis des siècles, les vieux zelkova sont extrêmement rares. On peut qualifier de miracle le fait que le Zelkova de Noma ait été épargné. La préfecture de Yamagata, qui abrite tant de phénomènes les plus impressionnants du Japon, possède le Zelkova de Higashine, dont on pense qu’il est en fait la réunion de deux fûts qui se sont fondus l’un dans l’autre au cours de leur croissance. Il n’est donc pas impossible que le Zelkova de Noma soit de fait le plus gros zelkova à tronc unique du pays, ou, à tout le moins le yokozuna (« grand champion ») de l’ouest.

Les très vieux zelkovas voient souvent leur tronc se creuser jusqu’à disparaître. C’est ainsi qu’un certain nombre de très vieux spécimens ne tiennent plus que par leur écorce. Ce n’est pas le cas du Zelkova de Noma : son tronc est encore plein et parfaitement sain. On raconte qu’un jour, lors de travaux dans un hameau situé à plusieurs centaines de mètres de là, les habitants sont tombés sur une grosse racine, vraisemblablement une racine du Zelkova de Noma qui a poussé jusque là à la recherche d’eau. Décidément, il s’agit là d’un arbre hors norme.

L’hiver, quand la canopée a perdu toutes ses feuilles, on peut observer les nombreux plants de gui qui parasitent ses branches. Spectacle étrange que de voir ce gui aux feuilles toujours vertes. Le gui pompe l’eau et les nutriments de son hôte, c’est à proprement parler un parasite qui affaiblit l’arbre hôte. Les habitants débarrassent le Zelkova de Noma de son gui une fois toutes les quelques années, sans en venir à bout. Certaines branches de gui sont exposées au Musée du Zelkova construit tout près, comme document de cette guerre inlassable.

Ces dernières années, au printemps, des chouettes viennent faire leur nid dans le zelkova, attirant de nombreux amateurs d’oiseaux, jusqu’à 800 personnes certaines journées. Les chouettes doivent trouver ce vieil arbre particulièrement propice à leur nichée. Reste à espérer que leurs admirateurs restent suffisamment silencieux pour ne pas les déranger dans leur sommeil. Il serait tout de même dommage qu’elles déménagent !

  • [17.01.2017]

Photographe d’arbres géants. Né en 1960 dans la préfecture de Yamagata, il a grandi à Hokkaido. Depuis sa première rencontre avec les arbres géants en 1988, il en a photographié plus de 3 300. Il est l’auteur d’À la rencontre des arbres sacrés (Tokyo Chizu Publishing), Les Arbres géants du Japon (Takarajimasha) et Mille années d’existence – les arbres géants (Shin Nihon Shuppan), entre autres. Commentateur au Musée forestier d’Oku-Tama, gestionnaire de la base de données des arbres géants du ministère de l’Environnement et président de l’Association tokyoïte des arbres géants.

Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Les géants de la forêt en plein étéL’été, alors qu’un soleil féroce darde ses rayons sur leur écorce, les arbres géants nous offrent une ombre généreuse. Leur figure immobile, pourvoyeuse de rafraîchissement, emplit le cœur de ceux qui les admirent d’un sentiment de fraîcheur purifiante. Laissez-nous vous présenter trois grands arbres qui méritent d’être visités en été, en se baladant dans la nature.
  • Les géants de la forêt pendant la saison des pluiesLa saison des pluies est l’occasion pour les arbres de refaire leur plein d’énergie avant l’été, après avoir donné le maximum pendant le printemps. Pour ce nouvel article, nous allons vous présenter trois d’entre eux : deux katsura géants trônant au fin fond de montagnes préservées de toute présence humaine, autrefois vénérés comme des divinités de la pluie, et un arbre sacré de l’île d’Okinawa.
  • Les géants de la forêt accueillent leurs nouvelles feuillesAu Japon, où l’année scolaire et fiscale débute en avril, le printemps est la saison de séparation et de rencontre. Au moment où les cerisiers disent adieu à leurs pétales de fleur, les arbres à feuilles caduques accueillent la venue de leurs nouvelles feuilles. Cette renaissance verdoyante est particulièrement grandiose lorsqu’il s’agit des arbres géants, qui nous donne la force de se lancer dans un nouveau départ.
  • Sous les cerisiers géants en fleursEnviron 80 % des cerisiers au Japon appartiennent aujourd’hui au « Somei Yoshino », une variété créée à l’époque moderne et de diffusion très récente. Le plus vieux a environ 130 ans. Or, dans le pays, on trouve des cerisiers bien plus âgés, des géants de plusieurs siècles. Les mots s’avèrent incapables de décrire la beauté de ces géants quand arrive la saison de leur pleine floraison.
  • Quand les géants de la forêt attendent le printempsLe printemps a beau être officiellement là, le froid est encore rude dans le nord. Et pourtant, les arbres se préparent déjà à accueillir le renouveau. Approchez-vous et regardez de près un arbre encore totalement dénudé : de petits bourgeons hivernaux sont déjà en train de gonfler à l’extrémité de ses branches.

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone