Dossier spécial Sous le feuillage des arbres géants du Japon
Sous les cerisiers géants en fleurs

Takahashi Hiroshi [Profil]

[29.03.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Environ 80 % des cerisiers au Japon appartiennent aujourd’hui au « Somei Yoshino », une variété créée à l’époque moderne et de diffusion très récente. Le plus vieux a environ 130 ans. Or, dans le pays, on trouve des cerisiers bien plus âgés, des géants de plusieurs siècles. Les mots s’avèrent incapables de décrire la beauté de ces géants quand arrive la saison de leur pleine floraison.

Les Japonais et les cerisiers

Jadis, les Japonais fixaient le changement des saisons à la floraison des arbres ou à l’arrivée des oiseaux migrateurs. Cela leur servait à planifier les travaux agricoles. Parmi ces signes saisonniers, le cerisier, dont la date de floraison varie quelque peu d’une année sur l’autre, était l’indicateur naturel le plus subtil de l’évolution de la température. Sa floraison prenant place avant la montée des feuilles, le cerisier était le parfait indicateur du moment propice au repiquage des rizières.

C’est pour cette raison que dans tout le Japon vous trouverez de nombreux cerisiers qui portent le nom de Tanemaki-zakura (« le cerisier des semailles ») ou Taue-zakura (« le cerisier du repiquage »). Aujourd’hui encore, même si les végétaux sont de moins en moins utilisés comme indicateurs agronomiques, ces cerisiers sont l’objet d’un grand respect de la part des habitants. À l’origine, on pensait qu’une divinité habitait le cerisier. La coutume du hanami, c’est-à-dire la coutume de pique-niquer sous un cerisier en fleur, tire son origine de cette croyance : c’était un rite par lequel les habitants d’un village offraient un banquet, à manger et à boire, à la divinité des rizières qui descendait de la montagne à cette occasion, afin qu’il assure une abondante récolte.

Depuis les temps anciens, le cerisier est également associé symboliquement à la mort. Si nous voyons dans la plupart des cimetières du pays des cerisiers fleurir, puis perdre leurs pétales, c’est parce que ces arbres ont été plantés comme stèle funéraire. Un grand nombre de tombes se trouvent disposées au pied des cerisiers séculaires. À toutes les époques, de nombreux Japonais ont désiré dormir de leur dernier sommeil sous la protection d’un cerisier. Laissons-nous inviter par ces géants en pleine floraison pour mettre un pied dans le royaume du mystère.

Le Taki-zakura de Miharu (Fukushima)

Espèce : shidare-zakura (Cerasus spachiana f. spachiana)
Localisation : 296, Aza Sakurakubo, Ôaza Taki, Miharu-machi, Tamura-gun, Fukushima-ken 963-7714
Circonférence : 7,9 m, hauteur : 19 m, âge : 1 000 ans
Patrimoine naturel du Japon
Taille  ★★★★★
Vigueur  ★★★★
Forme  ★★★★★
Branchage  ★★★★
Majesté  ★★★★★

Cette commune de la préfecture de Fukushima tire sa fierté de sa particularité exceptionnelle : les pruniers, les pêchers et les cerisiers y fleurissent tous en même temps. Ce phénomène simultané lui aurait valu son nom de Miharu, c’est-à-dire « les trois printemps ». Son plus beau cerisier est d’ailleurs célèbre dans tout le pays. Le Taki-zakura est en effet l’un des trois cerisiers les plus connus du Japon, avec l’Usuzumi-zakura de Gifu et le Jindai-zakura de Yamanashi. Il est aussi le plus grand cerisier de la variété shidare-zakura (cerisier pleureur) du Japon.

C’est effectivement parce que ses branches retombent dans toutes les directions comme un saule pleureur, avec ses fleurs rose pâle formant de grandioses cascades qu’on lui a donné le nom de Taki-zakura, « le cerisier-cascade ». 200 000 touristes font le déplacement chaque année de tout le pays pour le voir fleurir, à la mi-avril. Une illumination spéciale le met en valeur de nuit pendant la période de la floraison… une figure fantasmagorique bien différente de celle du plein jour s’offre alors à nos yeux.

Comme l’indique le nom du lieu-dit où se trouve le Taki-zakura, Sakurakubo « le bas-fond du cerisier », le géant se trouve dans un creux du terrain. Protégé des vents violents, bien drainé, il profite au maximum des rayons du soleil. Ses racines sont également favorisées par les apports nutritionnels des rizières environnantes. Bref, l’emplacement idéal pour un cerisier. Un chemin permet à ses admirateurs d’en faire le tour complet, et de face, on pénètre sous ses branches, pour profiter pleinement de sa splendeur.

En 2002, un typhon lui a cassé l’un de ses branches maîtresses, puis en 2005, c’est le poids de la neige accumulée qui lui a coûté un certain nombre de branches. Par bonheur, sa forme générale n’en a pas vraiment souffert, et aujourd’hui, sa silhouette est toujours aussi gracieuse.

On compte jusqu’à 10 000 cerisiers sur le territoire de la commune de Miharu, toutes variétés confondues. La variété shidare-zakura est particulièrement bien représentée puisqu’on en compte près de 2 000, qui, si l’on en croit la rumeur, seraient les rejetons du Taki-zakura. En 1990, les shidare-zakura de Miharu – le Taki-zakura en faisant bien évidemment partie – ont été inscrits sur la liste des 100 plus beaux lieux du Japon pour leurs cerisiers. C’est donc la ville entière qui a gagné une célébrité nationale à cette occasion. Regrettons seulement le fait que certains circuits touristiques quittent encore la ville juste après s’être arrêtés devant le Taki-zakura. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent !

  • [29.03.2017]

Photographe d’arbres géants. Né en 1960 dans la préfecture de Yamagata, il a grandi à Hokkaido. Depuis sa première rencontre avec les arbres géants en 1988, il en a photographié plus de 3 300. Il est l’auteur d’À la rencontre des arbres sacrés (Tokyo Chizu Publishing), Les Arbres géants du Japon (Takarajimasha) et Mille années d’existence – les arbres géants (Shin Nihon Shuppan), entre autres. Commentateur au Musée forestier d’Oku-Tama, gestionnaire de la base de données des arbres géants du ministère de l’Environnement et président de l’Association tokyoïte des arbres géants.

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