Dossier spécial Les rythmes de la nature
Hoshino Michio : le monde fascinant du Grand Nord
Le photographe japonais qui a consacré 18 ans de sa vie à l’Alaska
[29.12.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Le photographe japonais Hoshino Michio a passé 18 ans de sa vie à parcourir l’Alaska et à immortaliser la vie dans le Grand Nord par le biais de superbes clichés et de textes d’une remarquable acuité. Il est mort tragiquement il y a 20 ans, mais son travail continue à susciter toujours autant d’admiration non seulement au Japon mais aussi dans le monde entier.

Hoshino Michio (1952-1996) avait un talent inné pour saisir des scènes émouvantes de la vie de la faune de l’Alaska avec son objectif. Ses photographies sont des instantanés qui se limitent parfois à de minuscules silhouettes avec en toile de fond de vastes étendues – forêt, mer, montagne, toundra ou glace – à perte de vue. Elles donnent aussi une vision de l’Arctique qui se situe hors du temps. Ours polaires se promenant côte à côte dans un environnement glacé sans limites. Troupeau de caribous traversant à gué une rivière aussi lisse qu’un miroir. Aurore boréale en train de déployer ses voiles sur un paysage de collines couvertes de neige…

Ourse polaire et ses petits sur fond de paysage enneigé

Hoshino Michio était aussi un remarquable écrivain qui a décrit longuement la vie des habitants de l’Alaska dans des livres tout à fait passionnants. Pendant près de 20 ans, il a parcouru en tous sens les paysages du Grand Nord et raconté l’histoire de ce pays et de ceux qui y vivent. Et ce jusqu’au 8 août 1996 où son aventure a pris fin brutalement quand il a été attaqué par un ours brun dans une réserve naturelle de la péninsule du Kamtchatka, près du lac Kuril. Mais 20 ans après sa mort, son regard sur la vie et la nature du Pôle Nord n’a rien perdu de son pouvoir de fascination et d’émerveillement.

Caribous en train de migrer à travers la toundra, dans l’Arctique

Les débuts d’une passion pour le Grand Nord

Hoshino Michio est né en 1952 à Ichikawa, dans la préfecture de Chiba. Dès son plus jeune âge, il a manifesté un goût prononcé pour la lecture qu’il a conservé tout au long de sa vie. Il s’est pris en particulier de passion pour l’auteur et artiste naturaliste animalier Ernest Thompson Seton(*1). En grandissant, Hoshino Michio a commencé à s’intéresser d’encore plus près à la nature et à faire des excursions à pied dans les régions les plus sauvages du Japon. À l’âge de 16 ans, il a eu envie de voir un monde différent de celui qu’il avait connu jusque-là et il s’est lancé dans un voyage en solitaire en Amérique du Nord. À cette occasion, il a visité non seulement des grandes villes, notamment Los Angeles et New York, mais aussi des merveilles naturelles comme le Grand Canyon.

Au cours de ses études à l’Université Keiô, à Tokyo, Hoshino Michio a développé une passion de plus en plus forte pour l’Alaska et il s’est mis à réunir toutes sortes de documents à ce sujet. Un jour où il était en train de fureter comme à son habitude dans les librairies de livres d’occasion du quartier de Kanda, à Tokyo, il a découvert une photographie aérienne du village inupiak de Shishmaref, qui se trouve sur une petite île (1 kilomètre de large sur 4,5 kilomètres de long) située au nord du détroit de Béring. Cette image tirée d’un ouvrage illustré de National Geographic a changé la vie du jeune homme. Elle a en effet éveillé chez lui le désir de voir comment on peut vivre dans un minuscule groupe d’habitations battues par les vents, la neige et la mer. Hoshino Michio a raconté cet épisode dans son livre Arasuka hikari to kaze (Alaska : la lumière et le vent) publié en 1986. « J’ai tout suite eu envie d’y aller. Je voulais voir de près les êtres humains installés dans un monde aussi différent. Ce qu’ils mangeaient. Comment ils vivaient dans l’environnement sauvage que montrait la photographie. Je me demandais si je n’allais pas découvrir quelque chose qui ferait s’effondrer les valeurs sur lesquelles reposait le monde où j’avais vécu jusque-là. »

Chasse à la baleine dans l’océan Arctique, sous le soleil de minuit

Hoshino Michio a aussitôt entrepris de mettre son projet à exécution. Il a commencé par écrire une lettre. Comme il ne savait pas à qui l’envoyer, il l’a adressée tout simplement au « maire de Shishmaref, Alaska ». Six mois plus tard, à sa grande surprise, il a reçu une réponse qui l’invitait à venir sur place. C’est ainsi que durant l’été 1973, le jeune Japonais a passé trois mois dans une petite communauté du Grand Nord. Il a vécu avec une famille dont il a partagé la vie sous tous ses aspects en s’imprégnant d’images, de sons et d’odeurs.

Une baleine à bosse en train d’effectuer un saut spectaculaire hors de l’eau

À son retour au Japon, Hoshino Michio a travaillé en tant qu’assistant de Tanaka Kôjô (1924-2016), un grand photographe qui figure parmi les tout premiers spécialistes japonais des animaux. C’est auprès de lui qu’il a appris les ficelles de son métier. En 1978, Hoshino Michio est retourné dans le Grand Nord, cette fois pour étudier la biologie de la faune sauvage à l’Université de l’Alaska de Fairbanks (UAF). Il a aussi mis immédiatement à contribution ses connaissances en matière de photographie. Pendant les 18 années qui ont suivi, il a sillonné l’Alaska en tous sens. Quand il revenait d’une expédition, il ne s’attardait que quelques jours, le temps de raconter son périple à ses amis et de préparer l’équipement pour l’aventure suivante. Hoshino Michio avait deux qualités essentielles pour un photographe animalier. Une patience à toute épreuve et un grand respect pour la puissance et les caprices de la nature. C’est ce qui lui a permis de supporter des conditions extrêmes et de rester parfois des semaines dans un froid intense, à attendre des animaux qu’il voulait photographier. Il vivait dans l’instant, au gré des changements de saison du Grand Nord.

Hoshino Michio s’est expliqué sur ce point dans son essai intitulé Kitaguni no aki (Automne dans un pays du nord) publié en 1994 dans le livre Tabi o suru ki  (L’arbre voyageur). « On peut vraiment sentir le flux éternel du temps qui s’écoule au fil des saisons. La nature a selon moi quelque chose de l’ordre de l’élégance. Les changements qui se produisent une fois l’an prennent fin avant même qu’on ne s’en aperçoive. Et on se demande combien de fois on aura l’occasion de les revoir dans son existence. Faire le compte de ces occurrences est peut-être le meilleur moyen de prendre conscience de la brièveté de la vie. »

Ours polaires au repos sur la glace

(*1) ^ Ernest Thompson Seton (1860-1946) est un précurseur de la défense des droits de la nature et de ses habitants. Il a notamment écrit « Les créatures sauvages n’ont-elles aucun droit ni moral ni légal ? Pourquoi l’homme inflige-t-il une agonie si longue et si affreuse à des créatures amies, sous prétexte qu’elles n’utilisent pas la même langue que lui ? » Il a publié de très nombreux ouvrages dont beaucoup ont été traduits et portés à l’écran, entre autres Lobo le loup et autres animaux de ma connaissance, traduction en français, éditions José Corti, Paris, 2014.

  • [29.12.2016]
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