Dossier spécial L’univers du poète Miyazawa Kenji, 120 ans après sa naissance
L’utopie de l’écrivain Miyazawa Kenji

WANG Min [Profil]

[30.11.2016] Autres langues : 日本語 |

« Ihatov » est l’un des principaux mots-clés pour comprendre l’œuvre de Miyazawa Kenji. Ce mot, qui désigne ce qu’on pourrait qualifier d’utopie intime, puise ses sources dans la région natale de Miyazawa, la préfecture d’Iwate. Examinons aujourd’hui sa signification, 120 ans après la naissance de son auteur, en compagnie d’un chercheur chinois.

En 2000, une enquête du quotidien Asahi Shimbun établissait la liste des auteurs japonais préférés des mille dernières années : Miyazawa Kenji arrivait en quatrième place de ce palmarès, devant les auteurs mondialement connus que sont Mishima Yukio et les prix Nobel de littérature Kawabata Yasunari et Ôe Kenzaburô.

Miyazawa Kenji, né dans une famille aisée de Hanamaki, dans la préfecture d’Iwate, au lieu de reprendre l’affaire familiale, a préféré se consacrer au développement de méthodes scientifiques pour l’agriculture et à la formation des agriculteurs, activités dans lesquelles il s’est lui-même impliqué. En parallèle, il a écrit une centaine de contes et livres pour enfants, dont le plus connu est sans doute Train de nuit dans la Voie lactée, ainsi qu’un millier de poèmes et de textes variés. Faute de reconnaissance littéraire de son vivant, Traversée de la neige est le seul texte pour lequel il a été rémunéré.

Ses œuvres ont gagné en notoriété après sa disparition au jeune âge de 37 ans ; elles figurent aujourd’hui encore dans les manuels scolaires et font l’objet de nombreuses adaptations à la télévision ou au cinéma, ainsi qu’en musique. Traduites dans 22 langues, elles ont été largement diffusées à l’étranger. Les admirateurs de Miyazawa Kenji venus du monde entier se pressent dans le musée érigé à son souvenir dans sa ville natale de Hanamaki.

Ihatov est l’utopie au cœur du paysage intime de Miyazawa Kenji, un toponyme inspiré de sa région natale d’Iwate.

Puissance poétique

Lorsqu’on lit Miyazawa Kenji, il est nécessaire de garder continuellement à l’esprit le toponyme Ihatov, créé de toutes pièces par l’auteur. Ce terme qui désigne le village idéal au cœur de son paysage intime puise ses sources dans sa région natale d’Iwate, frappée par de nombreuses catastrophes naturelles, tremblements de terre et tsunami, entre autres.

En mars 2011, la région a été durement éprouvée par le séisme et le tsunami du nord-est du Japon, mais une fois encore, les habitants du Tôhoku ont su se relever, malgré le désespoir et l’impuissance. Environ un mois après la catastrophe, le poème Ame ni mo makezu (Sans céder face à la pluie) avait été lu plus de 40 000 fois sur Internet. L’œuvre de Miyazawa Kenji a encouragé tous ceux qui cherchaient à aller de l’avant, sans céder face à la catastrophe.

Sans céder face à la pluie
Sans céder face au vent
Pas plus que sous la neige ou la chaleur de l’été
Avoir un corps solide
Ne pas entretenir de désirs
Ne jamais se fâcher
Toujours sourire tranquillement

Le manuscrit d’Ame ni mo makezu

  • [30.11.2016]

Originaire de Chengde, dans la province du Heibei, en Chine. Diplômé de l’Université des langues étrangères de Dalian et d’un troisième cycle de l’Université des études internationales du Sichuan. Actuellement professeur à l’Université Hosei, administrateur du Centre national des arts de Tokyo et président de la Société pour l’interaction culturelle en Asie de l’Est. Auteur de la première traduction en chinois des œuvres de Miyazawa Kenji et d’ouvrages de recherches sur cet auteur, notamment Miyazawa Kenji et la Chine. A reçu en 1997 le prix littéraire Kenji du journal Iwate Nippo, ainsi que le prix spécial du jury du Festival de l’image asiatique pour l’émission Miyazawa Kenji – le rêve de la route de la soie. Titulaire depuis 2000 d’un doctorat en littérature de l’Université Ochanomizu pour ses recherches sur Miyazawa Kenji et la Chine. Distingué par le commissaire aux affaires culturelles de l’agence de la Culture en 2009.

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