Dossier spécial Les bains publics, un voyage au quotidien
Introduction aux « sentô », les bains publics japonais

Machida Shinobu [Profil]

[09.06.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le bain public, appelé sentô, est un des traits de la culture japonaise. À quand remonte l’histoire des sentô ? Comment se sont-ils développés ? Leur style reflète-il une signification particulière ? Afin d’y répondre, intéressons-nous tout d’abord à ceux existant à Tokyo. Poussons la porte des sentô et entrons !

Depuis quand sont apparus les sentô (bains publics payants) dans l’histoire du Japon ? Les archives vont nous éclairer.

Des documents historiques montrent que, dès l’époque de Nara, les grands temples construisaient des yuya (pavillons de bain) dans leurs enceintes. Des bains de vapeur étaient ainsi mis gratuitement au service de la population, mais cela dans l’objectif de répandre le bouddhisme.

Dans le recueil des histoires anciennes Konjaku monogatari shû, compilé pendant le XIIe siècle, on peut lire la phrase « … invite à aller prendre un bain à Higashiyama ». Il est donc fortement probable qu’il y ait eu des bains collectifs à Kyoto dès l’époque de Heian (794-1185).

En outre, dans un certain nombre d’ouvrages de littérature de cette époque y figure le terme yusen, signifiant les frais d’entrée au bain. Cela laisse légitimement penser que le prototype des sentô existaient au plus tard à l’époque de Kamakura (1185-1333).

Un développement à l’époque d’Edo

Mais les sentô ne se seraient réellement développés qu’à l’époque d’Edo (1603-1868) pour devenir des établissements destinés à la population pour une utilisation quotidienne.

Le premier bain public de la ville d’Edo (l’ancien nom de Tokyo) enregistré aux archives date de 1591. Un an après l’installation du futur shogun Tokugawa Ieyasu au château d’Edo, le commerçant Ise Yoichi construisit un bain public au pied d’un pont qui existait aux environs du siège actuel de la Banque du Japon, dans l’arrondissement de Chiyoda, au centre de Tokyo. Fort de son succès immédiat, le système des bains publics commença à se répandre.

Dix années plus tard, après la construction de ce premier bain public, on pouvait voir des sentô aux quatre coins de la ville. Selon un document de 1810, la ville ne comptait pas moins de 523 établissements, traduisant la ferveur des habitants d’Edo pour le plaisir des bains.

Succès des bains publics mixtes

Les bains publics de l’époque d’Edo évoluèrent avec le temps mais on en distinguait essentiellement deux types : les bains mixtes et non mixtes. Si les bains mixtes étaient nombreux dans la région du Kansai, ils l’étaient moins à Edo malgré leur popularité. Il s’agissait également pour les propriétaires des établissements d’une source non négligeable d’économie, en faisant partager aux hommes et aux femmes la même installation. Certains établissements recrutaient également des yuna, chargées de la toilette des clients masculins. Y voyant une atteinte aux mœurs, le shogunat interdit les bains mixtes et imposa une restriction sur le nombre de yuna. Mais à travers l’époque d’Edo, c’est bien connu, les lois étaient difficilement respectées par la classe populaire.

D’un point de vue technique, il existait également deux types de bains publics au début de cette période. Le furoya, ou bain de vapeur, et le yuya, avec une grande baignoire commune. Au fil du temps, la baignoire commune, plus prisée, devint standard, et les furoya se mirent à disparaître peu à peu, ne laissant que leur nom, raccourci en furo, pour désigner généralement le bain.

Amélioration considérable à l’ère Meiji

À l’époque d’Edo, les sentô étaient généralement des pièces sombres, presque sans fenêtres, avec de petites entrées pour éviter que la vapeur ne s’échappe. C’est à partir de l’ère Meiji (1868-1912) que les salles furent disposées de hauts plafonds facilitant la ventilation, et équipées de baignoire commune et de coin pour se déshabiller.

En effet, depuis l’ouverture de la frontière à la fin de l’époque d’Edo, les bains mixtes faisaient l’objet de critiques des occidentaux les considérant comme une coutume de « sauvage », ce qui incita le gouvernement Meiji à les interdire et à rendre la structure plus ouverte. En 1877, un bain public de style nouveau, ou kairyô-buro, ouvrit ses portes dans le quartier de Kanda, à Tokyo.

Le Handa-azuma-yu est un établissement de bains de plain-pied (photo prise vers 1910). Son apparence est en effet très modeste. Le bâtiment peut maintenant être admiré au musée de Meijimura à Inuyama, préfecture d’Aichi.

Cette structure de base est restée la même et demeure encore aujourd’hui, même si des éléments tels que le carrelage ou les robinets firent leur apparition au fil des ans. En 1908, Tokyo ne comptait pas moins de 1 217 établissements. Leur nombre augmenta également à l’ère Taisho (1912-1926), puis à l’ère Showa (1926-1989), si bien qu’en 1968, date à laquelle le nombre de sentô fut le plus élevé, le pays tout entier en comptait 18 325.

  • [09.06.2017]

Chercheur en culture populaire. Né à Tokyo en 1950. Ses recherches portent sur l’histoire de la culture populaire de la période Meiji (1868-1912) à l’après-guerre. Son pèlerinage des bains publics traditionnels à travers le Japon a commencé vers 1980. Il est notamment l’auteur de Shôwa retoro hakubutsukan (Mon musée rétro de l’ère Shôwa) et Sentô no nazo (Les mystères des sentô).

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