Dossier spécial Le monde fascinant de la papeterie japonaise
Traveler’s Notebook, un carnet de voyage qui vous suit partout

Mitamura Fukiko [Profil]

[31.10.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL |

Le premier Traveler’s Notebook (TN) a vu le jour il y a exactement onze ans. Créé par l’entreprise japonaise Designphil, ce carnet de voyage se signale, entre autres, par sa couverture en cuir naturel de vache faite à la main à Chiang Mai, en Thaïlande. Grâce à sa conception originale et une gamme infinie d’accessoires, il se personnalise à volonté au point de se transformer en un modèle pratiquement exclusif. Le pouvoir de séduction du TN est tel qu’il a trouvé des fervents adeptes dans le monde entier.

Le carnet de voyage Traveler’s Notebook se présente sous la forme d’une couverture de cuir solide dotée d’élastiques, dans laquelle on glisse à volonté des carnets répondant à différents objectifs. Depuis sa création en mars 2006, cet objet d’apparence modeste a conquis une clientèle fidèle constituée en grande partie de passionnés de voyages ravis d’y consigner leurs notes sur leurs déplacements à travers le monde. À l’heure actuelle, sa notoriété est telle que les « caravanes de voyageurs » (Traveler’s caravan) – des rencontres organisées régulièrement dans des boutiques et des hôtels du monde entier – attirent à chaque fois des foules de fans.

L’idée du Traveler’s Notebook a germé dans l’esprit d’Iijima Atsuhiko, directeur du département voyage de Designphil, une entreprise de Tokyo spécialisée en autres dans la conception d’articles de papeterie. Voici comment il raconte les choses.

« En 2005, la Foire internationale de la papeterie et des articles de bureau de Tokyo (ISOT) a organisé un concours sur le thème du carnet de format A5 (14,8 x 21 cm). En raison du caractère ouvert de la compétition, je me suis dit qu’il fallait profiter de l’occasion pour faire quelque chose de nouveau. Quand on conçoit un produit, on tient compte en général de critères comme les tendances du marché et la fourchette des prix de la concurrence. Mais avec le Traveler’s Notebook, nous n’avons respecté aucune des règles habituelles. Pour la couverture, nous avons choisi du cuir de Thaïlande travaillé à la main et pour les carnets, du « MD Paper », un papier de haute qualité élaboré par Designphil. »

Le Traveler’s Notebook existe en deux formats « standard » (21,8 x 13 cm) et « passeport » (13,4 x 10,5 cm), vendus au prix respectif de 4 320 yens (environ 32,50 euros) et 3 456 yens (environ 26 euros). Les pages des carnets peuvent être, au choix, blanches, lignées ou quadrillées. Il existe aussi une version papier kraft ou à dessin ainsi que des recharges de type agenda organisées par jour, semaine ou mois.

Une rencontre décisive

Si Iijima Atsuhiko a choisi le cuir de Thaïlande pour la couverture de son carnet de voyage, c’est à cause d’une rencontre fortuite survenue des années plus tôt, à l’occasion d’un voyage d’affaires. À cette occasion, il avait fait par hasard la connaissance d’un jeune couple installé dans un petit atelier de Chiang Mai, dans la partie nord du royaume thaïlandais. Fasciné par la qualité des matériaux utilisés par ces artisans et leur façon de les travailler, il est reparti avec l’idée de créer quelque chose avec eux. L’occasion s’est présentée en 2005, sous la forme du concours organisé dans le cadre de l’ISOT.

Le cuir de vache n’est pas homogène. Il présente des irrégularités naturelles – en termes de couleur, d’épaisseur et de souplesse – qui sont considérées comme des défauts par les entreprises japonaises, très pointilleuses sur le chapitre de l’uniformité de leurs produits. Mais pour Iijima Atsuhiko, ces « défauts » constituent au contraire une preuve de la qualité du matériau utilisé. Il a complété la couverture de cuir du Traveler’s Notebook par un carnet de papier résistant aux taches et un système d’élastiques permettant de maintenir le tout ensemble. Et c’est ainsi qu’est né un objet unique en son genre, qui est en lui-même une invite au voyage. « Quand j’ai vu le premier prototype, j’ai eu tout de suite envie de l’emmener avec moi. L’alliance du carnet japonais et du cuir de Chiang Mai est une incitation à l’aventure. »

Le Traveler’s Notebook a obtenu la deuxième place du concours de l’ISOT de 2005. Et il a fait son apparition sur le marché un an plus tard, en mars 2006. Au début, il n’a pas eu un succès retentissant. Il n’a pas fait l’objet d’une campagne publicitaire tapageuse et il n’a été commercialisé que dans une partie de l’Archipel, avec des points de vente limités. La couverture n’était alors disponible qu’en deux couleurs, noir et marron, et il n’y avait que cinq sortes de recharges. Quant au prix, de quelque 3 000 yens (environ 22,50 euros), il était élevé pour un agenda. Mais en dépit de ce démarrage peu spectaculaire, le carnet de voyage d’Iijima Atsuhiko a fini, contre toute attente, par faire un grand nombre d’adeptes.

Iijima Atsuhiko attribue en partie le succès du Traveler’s Notebook aux changements provoqués par l’avènement de l’ère du numérique et du virtuel. « Internet a fini par prendre une telle importance dans la vie des gens qu’ils en sont venus à retrouver le goût des articles de papeterie qui font partie intégrante du monde analogique. Au moment où les blogs se sont multipliés, le Traveler’s Notebook a réussi à surfer sur la vague grâce aux acheteurs qui racontaient leur expérience en ligne. »

Les choses sont allées encore plus vite à partir du moment où Iijima Atsuhiko et son équipe ont créé un site Internet dédié au Traveler’s Notebook, avec notamment des photographies du TN prises au cours de leurs voyages d’affaires. Les clients ont repris à leur compte cette pratique en mettant en ligne leurs propres images, ainsi que des articles et des conseils à l’intention des autres utilisateurs.

Atsuhiko, le concepteur du Traveler’s Notebook, avec son carnet de voyages bien-aimé, devenu au fil du temps une véritable œuvre d’art émaillée d’autocollants de couleurs et de croquis réalisés au cours de ses nombreux voyages.

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  • [31.10.2017]

Née à Fukuoka. Diplômée de la faculté des Arts libéraux de l’Université Tsudajuku (Collège Tsuda). Grande connaisseuse des secteurs de la distribution et du commerce au sens large, elle signe des études sur de nombreux thèmes pour des magazines économiques et de distribution sectorielle. Elle a documenté sur son site web son déplacement à Bangkok (Thailande) en novembre 2014, lors d’une enquête sur la croissance économique rapide de la région. Parmi ses principales publications : Yume to yokubô no kosume sensô (Rêve et ambition : la guerre des cosmétiques) et Pocky wa naze furansujin ni aisarerunoka ? (Pourquoi les Français aiment-ils les Mikado ?)

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