Le Fonds Cool Japan en proie à d’importantes difficultés

Économie

Le concept de « Cool Japan » désigne la culture japonaise dans son ensemble, traditionnelle ou plus populaire, appréciée dans le monde entier. Le gouvernement nippon a même intégré ce concept dans sa stratégie de « soft power » en tant que moyen de stimuler l’économie du pays. Cependant, certains partenariats public-privé mis en place pour aider à promouvoir le Cool Japan continuent d’essuyer pertes sur pertes en raison d’investissements mal gérés.

Lourdes pertes pour le Fonds Cool Japan

Le Fonds Cool Japan, une entreprise créée en tant qu'entité chargée de promouvoir les produits d’exportation japonais, telle que l’alimentation ou les animes, est situé au 17e étage de la tour Mori de Roppongi Hills, à Tokyo. Le vrai nom de « Fonds Cool Japan » est en fait « Fonds d'appui au développement de la demande à l'étranger ». La société a été créée en novembre 2013 avec un financement conjoint des secteurs public et privé. Elle avait pour but de vendre la culture unique et attractive du Japon.

La tour Mori, à Roppongi, où siège la société « Fonds Cool Japan »

À ce jour, la société a élaboré 29 projets d’investissement totalisant 62 milliards de yens (environ 47,7 millions d"euros), dont 58,6 milliards, soit 85 % du total, proviennent de financements publics. Cependant, il est de plus en plus clair qu’un grand nombre de ces initiatives enregistrent d’importantes pertes…

En Malaisie : un grand magasin dans l’impasse

En octobre 2016, Isetan, une célèbre enseigne de chaînes de grands magasins japonais, a lancé le Japan Store, un point de vente haut de gamme de style japonais, à Kuala Lumpur. Situé dans le plus grand quartier commerçant de la capitale malaisienne, il a été cofinancé par le Fonds Cool Japan et Isetan Mitsukoshi Holdings. Les frais ont été partagés quasiment de manière équitable, en mettant respectivement une enveloppe de 970 millions de yens et 1,1 milliard de yens (environ 7,5 et 8,5 millions d'euros) sur la table.

Cependant, le magasin a eu la vie dure face à ses concurrents locaux, ses prix entraînant une stagnation des ventes et un accroissement des déficits. C’est dans ces circonstances que, seulement un an et demi après son ouverture, le Fonds Cool Japan a décidé de se retirer et de décharger sa participation de l'opération à son partenaire en juin 2018. Isetan Mitsukoshi élabore actuellement des plans pour réorganiser les installations de Kuala Lumpur.

Un responsable gouvernemental a accordé un entretien à FNN (Fuji News Network). Il nous explique les raisons qui ont motivé cette décision.

« Lorsque le fonds a été lancé pour la première fois, il a donné la priorité à de bons investissements. Le projet Japan Store était le fruit de l’association des présidents du Fonds Cool Japan et Isetan Mitsukoshi de l'époque, qui étaient alors en bons termes. Un rapprochement a permis aux deux sociétés d’unir leur force et de travailler sur ce projet. Cependant, lorsque le président d’Isetan Mitsukoshi a changé, le Fonds Cool Japan a jugé qu’il était temps de se retirer de l’opération ».

Même si les sommes récupérées par le Fonds Cool Japan lors de la vente de ses actions n’ont pas été rendues publiques, elles seraient nettement inférieures aux dépenses initiales.

Une société de production de films au point mort

L’industrie cinématographique, elle non plus, n’a pas été épargnée.

En octobre 2011, avant le lancement de Fonds Cool Japan, une société connue sous le nom d'All Nippon Entertainment Works a été créée pour tenter d’adapter davantage de biens culturels japonais aux productions hollywoodiennes. ANEW a été à 100 % financée, à hauteur de 2,22 milliards de yens (environ 17 millions d'euros), par la société Innovation Network Corporation of Japan, une entreprise régie par la juridiction du ministère de l’Économie, du Commerce et de l'Industrie.

ANEW a annoncé sept projets de films en cours, mais aucun n’a jamais abouti. L'organisation a finalement été vendue à une société de capital-risque basée à Kyoto en juin 2017 pour 34 millions de yens, soit à peine 1,5 % de l'investissement initial.

Shimizu Takayuki, membre de la Chambre des conseillers du Nippon Ishin no kai (Parti de l'innovation au Japon), a voulu en savoir plus. Il a mis en doute la nécessité d'un financement gouvernemental pour l'entreprise. « Les dirigeants d’ANEW, après avoir vendu leurs actions, ont créé une nouvelle société et mènent le même type de projets. Était-il vraiment nécessaire que le gouvernement finance une entreprise qui aurait pu exister uniquement dans le secteur privé ? » Shimizu Takayuki a ajouté : « Ce type de société ne rend pas publique le bilan de ses profits et de ses pertes concernant les projets actuellement financés ; ces projets évoluent sans aucune vérification. »

Vers une transparence

En avril, le Cabinet d’audit a annoncé les résultats d’une enquête sur les gains et les pertes d’investissement de projets public-privé.

L'enquête a révélé qu'à la fin du mois de mars 2017, sur les 17 projets dans lesquels le Fonds Cool Japan avait investi, près de 4,5 milliards de yens sur un total de 31 milliards de yens (environ 238 millions d'euros) d'investissements avaient été perdus. La Cour des comptes du Japon précise que ces vérifications serviront la transparence publique et lui permettront de demander des rapports à des entreprises comme le Fonds Cool Japan, en les incitant à rendre publiques autant d'informations que possible sur leurs investissements.

Au regard de la loi, le Fonds Cool Japan doit mettre un terme à ses activités d'ici 2034 et vise à long terme un objectif de rentabilité. Cependant, alors que les rumeurs d’un rapprochement entre Innovation Network Corporation of Japan et Fonds Cool Japan vont bon train, il semble que cette dernière puisse disparaître sans que les résultats de ses investissements ne soient vérifiés.

Avec plusieurs projets encore en cours, à ce stade, aucune conclusion finale ne peut être rendue au sujet de l'organisation, mais d’aucuns exigent une analyse juste des résultats des entreprises individuelles et une publication des informations appropriées, notamment des sommes importantes de financement public en cours d'utilisation.

(Texte initial en japonais sur Prime Online de FNN le 13 juillet 2018. Texte du correspondant politique de Fuji TV, Itô Satoshi. Photo de tire : discours d’Ôta Nobuyuki, PDG de Fonds Cool Japan, lors de la cérémonie d’inauguration de l'organisation, le 25 novembre 2013. Jiji Press)

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