Bébés échangés à la naissance : l’attitude révoltante d’un hôpital de Tokyo
[02.10.2018]

Deux bébés ont été échangés en 1967 à l’hôpital universitaire Juntendô, à Tokyo. L’hôpital a reconnu les faits lorsque l’affaire a été révélée en avril dernier par des hebdomadaires et d’autres médias, mais Prime Sunday, une émission d’information de la chaîne Fuji TV, a eu accès à l’enregistrement vidéo des 30 heures de négociations entre l’hôpital et une des victimes de l’échange. Cet incident montre la mauvaise foi révoltante de l’hôpital et la colère de la victime.

« N’est-ce pas une conséquence de votre infidélité ? »

L’incident a eu lieu en 1967 à l’hôpital, immédiatement après la naissance de Suzuki Yoshio (il s’agit d’un pseudonyme), un homme âgé de 51 ans aujourd’hui. La dure épreuve de Yoshio a commencé en 1974, après avoir effectué un bilan de santé en première année d’école élémentaire. Sa mère, Teruko (également un pseudonyme), a remarqué que le groupe sanguin de son fils était incompatible avec celui d’un enfant né d’elle et de son mari.

Teruko s’est alors rendue à l’hôpital Juntendô pour leur faire part de sa dramatique découverte et connaître la vérité. Mais la réponse qui lui a été donnée l’a laissée sans voix.

Elle raconte. « L’hôpital n’a rien voulu reconnaître parce que, selon eux, une telle erreur était impensable dans un établissement aussi éminent. Et vis-à-vis de la preuve que je leur avais amenée, à savoir le groupe sanguin de l’enfant, ils ont été jusqu’à me demander si je n’avais pas été infidèle ! Et ils m’ont congédié en me disant que si j’avais une objection, je n’avais qu’à leur intenter un procès. »

L’hôpital Juntendô, dans l’arrondissement de Bunkyô à Tokyo.

Après cet épisode, le mari de Teruko s’est mis à douter de la fidélité de sa femme. Les tensions que cela a fait naître entre eux ont abouti à leur divorce six mois plus tard. Yoshio est resté avec sa mère, mais elle est rapidement tombée malade et ne pouvait plus s’occuper de son fils. Celui-ci a ainsi commencé à vivre chez d’autres membres de sa famille.

Chez eux, Yoshio a eu une enfance malheureuse. Il s’entendait souvent dire que c’était à cause de lui que ses parents avaient divorcé, ou qu’il ne leur ressemblait pas parce qu’il n’était pas leur enfant. Mais ce n’est qu’il y a trois ans, en 2015, que sa mère lui a annoncé qu’il n’était pas son fils. Le test ADN qu’il a décidé de faire était sans appel : la probabilité qu’il soit le véritable enfant de ses parents était de 0 %.

Yoshio et sa mère, Teruko

À l’époque de la naissance de Yoshio, des affaires d’échanges de bébés se produisaient dans tout le Japon. Selon une enquête réalisée en 1974, 32 échanges avaient été recensés dans les quinze ans entre 1957 et 1971. S’agissant uniquement de cas avérés, tout porte à croire qu’il y en a eu beaucoup plus, et celui de Yoshio n’était pas compris dans ce nombre.

Certaines victimes ont lancé des actions en justice. En 2013, un homme échangé à sa naissance en 1953 a fait un procès à l’hôpital où il était né et a obtenu 38 millions de yens de dommages et intérêts.

  • [02.10.2018]
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