Deep Impact : quel sacré étalon !

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Fierté du monde hippique à travers la planète, le cheval japonais Deep Impact est mort des suites d’une fracture des vertèbres cervicales le 30 juillet dernier. Il était âgé de 17 ans. Ce pur-sang a été exceptionnel dans tous les domaines, y compris depuis qu’il avait pris sa retraite en course. Un journaliste spécialisé du monde du turf nous parle de cette véritable légende.

Pourquoi Deep Impact était-il si unique ?

Deep Impact était un cheval au parcours prodigieux non seulement pendant sa carrière ( notamment en étant vainqueur de la Triple Couronne sans aucune défaite et vainqueur de 7 courses de Groupe 1), mais aussi après sa retraite, et cette fois-ci en tant qu’étalon reproducteur. On peut dire de ce point de vue qu’il a pratiquement redessiné l’arbre généalogique des pur-sang ! Ce physique de rêve qu’il savait mettre en valeur au moment de la saillie faisait indéniablement partie de son secret.

Pendant la semaine qui a suivi la mort prématurée de Deep Impact, l’ampleur de la couverture médiatique qui a suivi l’événement n’aura échappé à personne. Cette couverture médiatique prouve à elle seule ce que ce cheval représentait dans le monde des courses et des élevages. Mais quelle était exactement la vie de cet « étalon », qui gagnait sa vie à monter des femelles ? Je voudrais d’abord vous présenter le témoignage de ceux qui travaillaient au plus près de lui au centre d’élevage Shadai Stallion Station, que personne n’avait interrogé jusqu’à présent.

­« Deep Impact était très doué comme étalon reproducteur. Les chevaux de petite stature ont très souvent des problèmes à saillir, et quand nous l’avions vu arriver la première fois chez nous, nous étions plutôt inquiets. La majorité des juments sont plus grandes que les étalons, et plus en chair, en particulier au niveau des fesses. Il n’est pas facile de trouver le bon angle pour présenter les organes dans la bonne configuration. Pour cela, on entasse plusieurs tatamis les uns sur les autres et on ajuste la hauteur, jusqu’à ce que l’étalon soit à la bonne hauteur, mais ça déconcentre certains étalons. Les accidents se produisent assez souvent. »

« Deep Impact, lui, n’avait pas du tout ce problème. Pour résumer les choses plus concrètement, il avait une très bonne détente du bassin. Il savait parfaitement y faire, même avec les plus grandes. Alors même que, chez le cheval, l’extension du bassin est justement très problématique. Il faut surtout que l’animal soit d’une très grande souplesse. Car pour une bonne extension, il faut que toutes les articulations de la jambe arrière, du bas du tibia du cheval jusqu’au sabot, soient alignées. »

« Ensuite, il faut qu’il puisse tout de même conserver son équilibre, car qui n’aurait pas du mal à rester debout en extension sur la pointe des orteils ? Si vous faites des exercices de musculation dans cette position, vous allez vite trembler des jambes et du bassin. Pour cela, je pense que Deep Impact avait un "tronc" très solide, comme on dirait pour les humains. Il n’avait jamais l’air fatigué. Chez nous, on n’avait plus vu un étalon avec une aussi bonne technique depuis Northern Star (1971-2004). Je me souviens que tout le personnel était impressionné de le voir si agile, même dans ce genre de mouvements. »

« Autre point où il était particulièrement bon, c’est qu’il était toujours parfaitement calme quand il entrait dans le local à saillies, mais dès que le moment arrivait, il savait se mettre en état instantanément, comme s’il appuyait sur un bouton. Pour ça, il savait jouer sur le contraste du playboy ! Aucune énergie dépensée inutilement, pas de temps perdu. Puis, comme je vous le disais, il faisait son travail à la coule, sans se brusquer, et quand il avait fini, il repartait comme s’il ne s’était rien passé. Smart jusqu’au bout ! Un vrai pro, c’est sûr ! »

Tous les employés de première ligne que j’ai interrogés me l’ont confirmé : avec Deep Impact, il n’y a aucun souvenir d’une quelconque difficulté. Même sur ce front, il aura été un cheval de génie.

La vie de Deep Impact

Né le 25 mars 2002, mort le 30 juillet 2019. Débuts en course en 2004, il devient en 2005 le sixième cheval de l’histoire de l’équitation japonaise à remporter la Triple Couronne, c’est-à-dire les trois principales courses classiques, et le second seulement à n’avoir jamais été invaincu sur ces courses depuis Symboli Rudolf en 1984. La même année 2006, il est le premier cheval élevé au Japon à être classé n°1 du meilleur cheval du monde (sur gazon, longue distance). Il arrive troisième au Prix de l’Arc de Triomphe en France la même année, mais est testé positif à une substance illicite, et disqualifié après la course.

Ce sera la seule course, avec le Prix Memorial Arima de 2005, qu’il perdra.

Au total, il remportera 12 courses sur 14 courues (pour les deux restantes, il sera une fois en seconde place et une fois disqualifié), dont 7 victoires en G1. Ses gains en course atteignent presque les 1,5 milliard de yens. Après sa victoire au Prix Memorial Arima en 2006, il commence l’année suivante une nouvelle carrière d’étalon reproducteur. Sailleur n°1 (en revenus de saillies) pour 7 années consécutives depuis 2012. Parmi ses descendants, on compte une multitude de chevaux de grande classe, parmi lesquels 5 chevaux de derby dont Kizuna, Makahiki et Wagnerian, la fameuse pouliche Gentildonna qui a remporté 7 courses de G1, et Fièrement, qui a remporté le Prix du Chrysanthème en 2018 et le Prix de l’Empereur au printemps 2019.

En tant qu’étalon, il est le 4e reproducteur de l’histoire à avoir remporté les 8 plus grandes courses du Japon (les 5 classiques, les Prix de l’Empereur de printemps et d’automne, ainsi que le Prix Memorial Arima). Fin 2018, le nombre de victoires de ses descendants sur des courses JRA se montait à 1 797, pour un total de gains d’environ 47,5 milliards de yens. Depuis 2018, chacune de ses saillies coûtait plus de 40 millions de yens.

(Photo de titre : Deep Impact, après sa retraite de la JRA, lors de sa première apparition deux mois après son début de carrière comme étalon reproducteur. Le 14 février 2007, au centre d’élevage Shadai Stallion Station, à Abira-chô, Hokkaidô. Jiji Press)

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