Le Japon, très mauvais élève dans la lutte antitabac
Comment faire passer une loi contre le tabagisme passif ?

Joanna Pitman [Profil]

[20.02.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Au Japon, le lobby du tabac est puissant, et en matière de réglementation de l’usage du tabac, l’Archipel fait montre d’un laxisme qui le place à la traîne de la communauté internationale en ce domaine. Mais la préparation des Jeux olympiques et paralympiques qui se tiendront à Tokyo en 2020 offre une excellente opportunité pour mener des campagnes en faveur de l’adoption d’une législation apte à protéger efficacement les non-fumeurs des dangers du tabagisme passif.

En juillet 2017, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport sur l’épidémie mondiale de tabagisme et les progrès accomplis par les États membres, y compris le Japon, dans leurs efforts pour la juguler. Le Japon est signataire – au même titre que 167 autres pays – de la Convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (FCTC, pour Framework Convention on Tobacco Control). Mais il lui reste beaucoup de chemin à parcourir pour aligner sa politique sur les normes de la FCTC. En réalité, le laxisme dont il fait preuve dans sa lutte contre le tabagisme place le Japon au tout dernier rang dans le classement des pays du monde en ce domaine.

En tant que journaliste originaire de Grande-Bretagne, où des dispositions législatives ont été prises il y a dix ans pour interdire rigoureusement l’usage du tabac dans les lieux publics, je continue d’être choquée quand je vois des gens allumer une cigarette dans les bars, les restaurants et les lieux de travail au Japon. C’est un spectacle qui ravive chez moi de tristes souvenirs d’épais brouillards, de cheveux et de vêtements imprégnés d’odeur de fumée, et de cendriers débordant de mégots. Oui, fumer dans un lieu public clos reste autorisé dans l’Archipel, en dépit du fait que moins de 20 % de la population fume, et malgré l’accumulation des preuves des dangers du tabagisme passif. En termes de lutte antitabac, l’Afghanistan, le Yémen et le Pakistan arrivent devant le Japon.

Dernier délai, 2020 ?

La tenue des Jeux olympiques et paralympiques à Tokyo en 2020 offre toutefois une lueur d’espoir. En effet, les militants antitabac se sont emparés de cet événement prestigieux comme d’un catalyseur apte à précipiter l’amélioration de la politique japonaise en matière de tabac. L’objectif étant de fixer l’année 2020 comme date limite pour l’adoption d’une législation adéquate contre le tabagisme passif, et aider ainsi le Japon à s’extraire de son statut actuel pour se hisser aux rangs de pays modèle dans la politique de lutte contre le tabagisme.

Le Comité olympique international a instamment demandé au Japon de mettre en place, à l’instar d’autres pays ayant récemment hébergé les Jeux olympiques, une réglementation stricte interdisant de fumer dans les lieux publics. À Tokyo, le débat s’est amorcé, mais les progrès sont lents. « Il existe un vaste et puissant lobby protabac à la Diète, surtout au sein de mon parti », dit la députée libérale-démocrate Mihara Junko. « Le PLD a une longue histoire de protection des intérêts des cultivateurs, des fabricants et des marchands de tabac, ainsi que des propriétaires de bars et de restaurants, toutes professions qui ont directement intérêt à édulcorer les propositions de loi ou à leur faire purement et simplement barrage. Il s’avère pourtant que le tabagisme passif tue chaque année environ 15 000 personnes. En dernière analyse, c’est la santé des individus qui doit l’emporter. »

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  • [20.02.2018]

Responsable du Bureau de Tokyo du quotidien The Times de 1989 à 1994. Auteur de On Blondes (Les blondes) et The Dragon’s Trail : The biography of Raphael’s Masterpiece (Le chemin du dragon : biographie du chef-d’œuvre de Raphaël).

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