Les cellules souches iPS à l’assaut des maladies incurables

Tsukasaki Asako [Profil]

[20.11.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية | Русский |

C’est en 2006 que le titulaire du Prix Nobel Yamanaka Shinya, de l’Université de Kyoto, a créé les premières cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS ou iPSC) humaines. Dans la décennie qui a suivi, cette innovation technologique s’est imposée comme un outil décisif dans la mise au point de médicaments, et une source d’espoirs pour les patients atteints de maladies rares et incurables. La journaliste Tsukasaki Asako nous fait ici le récit des percées spectaculaires récemment réalisées et des défis qui restent à relever.

Depuis 2006, année de la création des premières cellules iPS par le titulaire du prix Nobel Yamanaka Shinya, le potentiel thérapeutique de la nouvelle technologie nourrit les conversations au sein de la communauté médicale. Grâce à la technique mise au point par Yamanaka, des cellules provenant d’un minuscule échantillon de peau ou de sang peuvent être reprogrammées et cultivées en vue de créer de grandes quantités de cellules capables de se différencier et de générer des cellules spécifiques aux tissus tels que ceux dont sont constitués les muscles, les os, le cœur, le foie, les vaisseaux sanguins et les nerfs.

Si l’excitation suscitée par les applications cliniques de cette technologie s’est focalisée sur la médecine générative, Yamanaka, qui dirige quant à lui le Centre de l’Université de Kyoto pour la recherche sur les cellules iPS et leurs applications (le CiRA), s’est rapidement rendu compte du rôle que ces cellules pouvaient jouer dans la mise au point de médicaments. En septembre de cette année, le CiRA a franchi une importante étape en programmant le premier essai clinique mondial pour un médicament potentiel identifié grâce à l’étude et à la sélection des cellules iPS.

Des espoirs pour les patients atteints de maladies rares

Sous la conduite de Toguchida Junya, directeur adjoint du CiRA, les essais vont porter sur l’efficacité d’un médicament existant, déjà approuvé pour d’autres usages, dans le traitement de la fibrodysplasie ossifiante progressive ou FOP. La FOP est une pathologie rare et sérieuse dans laquelle les tissus conjonctifs du corps – muscles, tendons et ligaments – durcissent peu à peu et se transforment en os. Cette ossification, qui commence à l’enfance, provoque une perte de mobilité, ainsi que des difficultés pour manger et respirer, finissant par entraîner la mort. Bien que les scientifiques aient identifié la mutation génétique responsable de cette maladie, il n’existe actuellement aucun soin ni traitement reconnus. La FOP, qui n’affecte qu’une personne sur deux millions à l’échelle mondiale, et environ quatre-vingts patients au Japon, est inscrite sur la liste des maladies réfractaires pouvant faire l’objet d’un financement public au Japon au titre d’un dispositif spécial de soutien à l’étude et au traitement des maladies rares.

Pour commencer, l’équipe de Toguchida a réussi à reprogrammer des iPSC à partir de cellules de patients atteints de FOP. En les comparant à des cellules témoins iPS exemptes de la mutation FOP, les chercheurs se sont aperçus que les cellules FOP affichaient une capacité beaucoup plus élevée de formation de substance osseuse et de dépôts minéraux in vitro, et ils sont parvenus à identifier des processus essentiels du mécanisme de la formation osseuse anormale. En se servant des cellules iPS pour examiner les effets de quelque 6 800 composés, ils ont découvert que la rapamycine, un médicament immunodépresseur, inhibait l’ostéoformation anormale.

La rapamycine va faire l’objet de tests pour le traitement de la FOP dans les hôpitaux rattachés aux universités de Kyoto, du Kyushu et de Nagoya, ainsi qu’à l’Université de Tokyo. Vingt patients âgés de six ans et plus vont être répartis en deux groupes, dont l’un recevra de la rapamycine pendant six mois.

La rapamycine est aujourd’hui utilisée en Europe pour prévenir les rejets d’organes transplantés. Au Japon, son emploi a été approuvé pour le traitement de la lymphangioléiomyomatose, une autre maladie rare et réfractaire. L’identification de nouvelles applications de la rapamycine offre un exemple de « réorientation médicamenteuse ». Trouver un nouvel usage pour un médicament déjà testé et approuvé réduit grandement les risques d’apparition de graves effets secondaires au cours des essais cliniques. Ce processus est donc beaucoup moins coûteux que la démarche conventionnelle de découverte et de mise au point, puisque les essais d’innocuité et de pharmacocinétique (les effets du médicament sur l’organisme) ont déjà été effectués sur des sujets humains. Il n’en reste pas moins que le coût des essais cliniques se chiffre en dizaines de millions de yens et qu’en outre, lorsqu’il s’agit de pathologies rares comme la FOP, le marché est beaucoup trop petit pour susciter l’intérêt commercial des entreprises pharmaceutiques. Voilà pourquoi l’État finance désormais la recherche et les essais cliniques destinés à tester les médicaments existants en vue de traiter les maladies rares et réfractaires.

  • [20.11.2017]

Journaliste. Après une carrière au Yomiuri Shimbun, elle écrit maintenant principalement sur les domaines de la médecine, des sciences et des technologies. Diplômée du département des sciences de la faculté des arts libéraux de l’International Christian University, Maîtrise de recherche en gestion et d’administration de l'Université de Tsukuba, et Maîtrise de recherche générale en sciences médicales et dentaires de l’Université médicale et dentaire de Tokyo. Chargée de cours invitée de l’Université préfectorale de santé et service social de Kanagawa. Spécialités : politiques médicales, gestion médicale. Principales publications ; Quand les cellules iPS seront-elles mises à la disposition des patients ? (Iwanami Shoten), Des scientifiques japonais tentent le défi de nouveaux médicaments (Kôdansha).

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