Les leçons des tueries de Zama : l’usage d’Internet dans la prévention des suicides

Sueki Hajime [Profil]

[29.01.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Suite aux récits des médias relatant l’usage que le tueur en série de Zama a fait de son compte Twitter pour attirer puis assassiner ses victimes suicidaires, des voix se sont élevées pour demander un renforcement de la réglementation des services offerts par les réseaux sociaux. Cependant, les utiliser comme outil de prévention des suicides ne serait-il pas plutôt une meilleure approche ? C’est l’opinion que nous livre l’auteur.

Des révélations choquantes

Le 31 octobre 2017, la police a procédé à l’arrestation de Shiraishi Takahiro, âgé de 27 ans, après la découverte, à l’occasion d’une perquisition de son appartement à Zama (préfecture de Kamagawa), des corps démembrés de neuf victimes – toutes assassinées, si l’on en croit les médias, dans une période de deux mois allant d’août à octobre. Ces révélations ont choqué la nation, non seulement en raison du grand nombre des victimes, mais aussi de la façon dont le tueur a utilisé son compte Twitter pour identifier des femmes affligées de tendances suicidaires, et les prendre au piège en leur offrant de l’aide pour réaliser leur désir de mourir.

J’ai été moi aussi horrifié par le nombre des victimes, mais le fait que le tueur ait eu recours aux médias sociaux pour s’en prendre à des jeunes femmes ne m’a pas surpris. Après tout, ce n’était pas la première fois que des gens ayant exprimé en ligne leur désir de mourir soient ciblés par des projets criminels. Avant même la prolifération des services véhiculés par les réseaux sociaux, des tueurs avaient repéré des victimes grâce à des commentaires publiés sur des « sites de suicide ». En vérité, ma thèse de doctorat sur l’usage d’Internet pour la prévention des suicides s’appuyait sur des entretiens avec des personnes qui publiaient des commentaires de ce genre, y compris sur les médias sociaux.

Des opportunités de rencontres qui changent la vie

Le gouvernement a annoncé son intention de prendre des mesures préventives pour que les assassinats de Zama ne puissent pas se répéter. Mais de quels moyens dispose-t-il en vérité pour parvenir à ses fins ? On trouvera ci-dessous les réflexions que mes recherches et mon expérience personnelle m’ont inspirées sur la question.

Le premier point à relever est que toute tentative de réglementation de l’usage des médias sociaux et autres services en ligne pour exprimer des tendances suicidaires est vouée à l’échec. Il est en effet impossible d’empêcher les gens de formuler de telles idées, et même si c’était possible, cela irait à l’encontre du but recherché. Les personnes qui utilisent Twitter pour exprimer leur désir de mourir ont été amenées à le faire par les épreuves qu’elles subissent, et ce n’est pas en les empêchant de publier leurs propres pensées que l’on fera quoi que ce soit pour soulager leurs souffrances. Ce qu’il faudrait faire en vérité, c’est empêcher les agresseurs potentiels d’entrer en contact avec leurs victimes, mais c’est aussi quelque chose de très difficile, dans la mesure où il n’existe aucun moyen d’identifier quelqu’un qui projette de commettre un crime avant qu’il ne passe à l’acte.

Une approche plus réaliste consisterait à revoir la conception des sites des médias sociaux de façon à ce que les utilisateurs suicidaires soient orientés vers des personnes susceptibles de les aider plutôt que vers des gens qui leur veulent du mal. La reconfiguration de ces sites dépendra toutefois des caractéristiques propres à chacun d’entre eux, si bien qu’il n’existe pas de solution unique valable pour tous.

  • [29.01.2018]

Professeur associé à la Faculté des sciences humaines de l’Université de Wakô. Né en 1983. Titulaire d’un doctorat d’enseignement de l’Institut des hautes études de l’Université de Tokyo et psychologue clinicien. Il est conférencier à la Faculté des sciences humaines de Wakô avant d’occuper son poste actuel. Ses recherches s’étendent à divers domaines, dont le suicide et sa prévention vus sous l’angle de l’utilisation des médias en ligne et des coûts économiques. Parmi ses ouvrages récents figurent Intânetto wa jisatsu o fusegeruka (L’Internet peut-il prévenir les suicides ?) et Jisatsu yobô no kiso chisiki (Un guide de la prévention des suicides).

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