Pourquoi les jeunes Japonais ne cherchent-ils plus à étudier à l’étranger ?

Kobayashi Akira [Profil]

[13.06.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Pourquoi le nombre d’étudiants japonais à l’étranger ne cesse-t-il de diminuer ? Cela ne semble pas seulement dû, comme on le dit souvent, à la tendance des jeunes à se replier sur eux-mêmes. Si les étudiants montrent une certaine aversion à l’idée de partir étudier à l’étranger, c’est à cause du système éducatif japonais, et également parce que la société japonaise est incapable de faire face convenablement à la mondialisation.

Une baisse de plus de 30 % en 7 ans

D’après les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le nombre d’étudiants japonais à l’étranger est passé d’un pic de 82 945 en 2004 à 57 501 en 2011, une diminution de plus d’un tiers (dans le même temps, le nombre de Japonais âgés de 18 ans a baissé d’environ 20 %). Si cette tendance se poursuit, nous pouvons craindre une crise nationale équivalente à celle des « deux décennies perdues » après l’éclatement de la bulle économique japonaise, ou même plus grave. Cesser d’exister ou de se faire entendre dans la communauté internationale toujours plus globale serait fatal pour le pays. Pourquoi cette baisse continue-t-elle en dépit des diverses initiatives prises par les entreprises, l’État, et les universités, qui sont tous conscients du problème ? Penchons-nous sur les raisons d’une telle situation et sur les perspectives futures.

Hormis la période de sept ans qui a immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, pendant lesquelles le pays était sous l’autorité du Commandement suprême des forces alliées, le Japon n’a jamais été occupé. Il a maintenu son indépendance et créé une culture originale dans son territoire insulaire, mais a toutefois connu dans son histoire trois périodes durant lesquelles il s’est résolument tourné vers l’extérieur. En effet, c’est lorsque l’Archipel rencontrait des difficultés sans précédent ou qu’il avait besoin de grandes réformes sociétales qu’il recourait à l’envoi de missions à l’étranger. Ces dernières se composaient de jeunes gens et avaient pour but l’acquisition de nouvelles technologies et de nouveaux modèles de société. Cela s’est produit tout d’abord entre le VIIe et le IXe siècle, lorsque des missions japonaises ont été envoyées dans la Chine des Sui, puis dans celle des Tang. Elles ont repris ensuite de la fin du shôgunat Tokugawa à l’ère Meiji, mais cette fois en Europe, et enfin, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque des étudiants japonais sont partis étudier aux États-Unis avec des bourses Fulbright et des aides du GARIOA (Government Aid and Relief in Occupied Areas). Même si ce n’est pas le Japon lui-même qui a envoyé des étudiants aux États-Unis pendant cette dernière période, il existe un point commun avec les deux époques précédentes : la détermination des étudiants partant à l’étranger, et leur contribution à leur retour au développement et à la reconstruction du pays dans des domaines très divers.

Les quatre raisons du déclin actuel

Les étudiants qui partent aujourd’hui étudier à l’étranger ne le font pas dans le cadre d’une politique nationale, mais à titre individuel, sur la base de leur intérêt personnel. Leur nombre a commencé à croître sous l’influence de la bulle économique dans la seconde moitié des années 1980, et a ensuite culminé en 2004. Néanmoins, une baisse s’est fait sentir dès l’année suivante, et la descente ne s’est jamais interrompue depuis. De l’avis des médias, cela refléterait la tendance des jeunes Japonais au repli sur eux-mêmes, mais pour moi, ce sont les quatre points suivants qui posent les principaux obstacles à leur départ à l’étranger.

La première raison est économique, la deuxième, liée à l’impact sur la recherche d’emploi à l’issue des études, la troisième, au manque de confiance des étudiants dans leurs capacités linguistiques, et enfin la dernière, aux stéréotypes des milieux éducatifs sur les études à l’étranger.

Commençons par le facteur économique. C’est un fait, le coût des études à l’étranger ne cesse d’augmenter. Entre les frais de scolarité, le logement et le coût de la vie, une année d’étude aux États-Unis coûte de deux à cinq millions de yens (entre 15 000 et 38 000 euros). Au Japon, où les revenus disponibles sont en baisse constante depuis près de vingt ans, financer des études à l’étranger pèse lourd sur le budget d’une famille. C’est pour cela que de nombreux étudiants souhaitent participer à des programmes d’échanges universitaires internationaux, dans lesquels ils n’auront pas à payer les frais de scolarité à l’étranger, car le cas contraire les ferait naturellement hésiter. En effet, un étudiant interrompant ses études au Japon pendant un an pour aller étudier à l’étranger devrait souvent payer non seulement ses frais de scolarité à l’étranger, mais aussi au Japon pendant cette année.

Selon une enquête du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et des Technologies, les programmes d’études linguistiques et culturelles de courte durée dans les pays d’Asie connaissent un succès grandissant ces dernières années. Cela donne à penser que les étudiants souhaitent faire des stages à l’étranger, mais que leur situation économique les contraint à renoncer à des programmes plus longs.

Abordons maintenant le deuxième point, l’impact sur les activités de recherche d’emploi (voir article Rechercher un premier emploi au Japon). Au Japon, les entreprises recrutent toutes au même moment les nouveaux diplômés. Traditionnellement, les étudiants envisageaient de partir étudier à l’étranger pendant la troisième ou la quatrième année, celles où ils choisissent une spécialisation, une fois terminées les deux années de formation générale. Comme les examens de sélection se font pendant la quatrième année d’études, ils considéraient que la troisième année convenait bien mieux pour une année universitaire à l’étranger. Certaines entreprises font cependant déjà circuler des informations sur le recrutement pendant cette troisième année, ou offrent des stages pendant les vacances d’été. Ainsi, pour nombre d’étudiants, partir à ce moment étudier à l’étranger risque d’être contre-avantageux pour leur recherche d’emploi.

Le manque de confiance des étudiants dans leurs capacités linguistiques est le troisième point. Bien que ces derniers aient tous suivis des cours d’anglais pendant au moins six ans avant d’entrer à l’université et après avoir passé un examen bien ardu, beaucoup d’entre eux ne sont pas sûrs des connaissances qu’ils ont acquises. Ils craignent non seulement de ne pas arriver à suivre des cours en anglais ou à passer des examens dans cette langue, mais aussi de ne pas être capables de se débrouiller à l’étranger. Les occasions de pratiquer l’anglais au quotidien dans leur propre pays sont très peu nombreuses et expliquent une grande partie du problème.

Je dirais enfin que le quatrième obstacle est constitué par les stéréotypes que des enseignants ont vis-à-vis des études à l’étranger, qui les voient comme réservées à l’élite. Ces images faussées ont une mauvaise influence sur la motivation des étudiants pour entreprendre de partir.

  • [13.06.2018]

Professeur adjoint à l’Université Meiji, dont il dirige la « School of Global Japanese Studies ». Spécialiste des échanges universitaires internationaux, il élabore et gère de nombreux et variés programmes d’études à l’étranger, notamment le programme « Disney Internship » (stage Disney), en collaboration avec l’Université d’État de Floride et Walt Disney World. Il a été conseiller pour les études à l’étranger de « Education USA », un programme du département d’État américain, et vice-président du « Japan Network for International Education » (Réseau japonais pour l’éducation internationale). Il est l’auteur de Daigaku no kokusaika to nihonjin-gakusei no kokusai shikôsei (L’internationalisation des universités et les tendances internationales des étudiants japonais).

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