Les règlements intérieurs des écoles japonaises dérapent
Des conséquences néfastes pour les élèves
[28.06.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Les règlements intérieurs des collèges et lycées japonais contiennent des stipulations détaillées sur la conduite des élèves, ainsi que sur leur manière de s’habiller, de se coiffer, et parfois même plus. Ces règlements sont appliqués rigoureusement. Nous nous sommes entretenus avec un membre d’une ONG s’opposant à ces règles jugées trop absurdes.

Un conflit autour de la couleur des cheveux

Une lycéenne d’un établissement public d’Osaka a intenté une action en justice contre les autorités locales.  Elle réclamait en effet des dommages et intérêts destinés à compenser les souffrances mentales que lui a fait subir son lycée en la contraignant à plusieurs reprises à teindre en noir ses cheveux naturellement châtains.

L’éducation libre de l’après-guerre n’a pas empêché une recherche d’uniformité qui ne tolère pas la diversité chez les élèves, notamment concernant des caractéristiques physiques. Depuis toujours, les éducateurs japonais considèrent que des cheveux mal coiffés et une tenue débraillée sont le début de la délinquance. Le règlement intérieur d’un établissement scolaire constitue le fondement des reproches aux élèves, et le cas échéant, des punitions. Mais ces consignes n’ont ni base juridique ni critères unifiés et, dans la majorité des cas, ce sont les enseignants formant le conseil de direction des élèves qui les rédigent arbitrairement.

Le règlement intérieur du lycée fréquenté par la jeune fille d’Osaka interdit aux élèves de se teindre ou de se décolorer les cheveux. Avant que sa fille y entre, la mère de cette élève a demandé à la direction du lycée de tenir compte du fait que la couleur naturelle de ses cheveux était châtain. Néanmoins, la jeune fille a été contrainte par la suite de teindre ses cheveux en noir à plusieurs reprises. Même en se pliant à ces demandes, le lycée a exigé maintes fois qu’elle recommence, au prétexte que la teinture n’était pas suffisante. L’élève a été exclue pour cette raison de la fête du lycée ainsi que de voyages scolaires. Les enseignants lui ayant signifié qu’elle n’avait pas à venir au lycée tant que ses cheveux n’étaient pas noirs, la jeune fille a commencé à développer une phobie scolaire. Elle explique avoir décidé de lancer une action en justice en raison du harcèlement que lui a fait subir son établissement.

Des règlements scolaires absurdes ?

Objectivement irrationnel et déraisonnable, ce lycée d’Osaka n’est pas pourtant pas le seul établissement scolaire japonais à avoir un règlement de ce type. Ce fait divers a été à l’origine du projet « À bas les règlements intérieurs pervers ! » lancé par des associations luttant contre le harcèlement scolaire. Elles font le point sur les règlements intérieurs existants à travers des enquêtes et réfléchissent à la manière d’éliminer ceux qui se révèlent être malveillants envers les élèves.

Réalisée en février 2018, auprès de 2 000 personnes âgées de 15 à 59 ans, l’enquête portait sur les règlements intérieurs des collèges et lycées fréquentés par les sondés. Les auteurs de l’initiative s’attendaient à ce que ces personnes aient connu des règlements sévères : il y avait en effet parmi elles des membres de la génération scolarisée au collège et au lycée à la fin des années 1970 au début des années 1980, époque à laquelle est apparu le problème de la violence interne aux établissements. Les règlements intérieurs ont été ensuite adoucis pendant un temps. Cependant, l’enquête a révélé une recrudescence, ces dernières années, de stipulations concernant la longueur des jupes ou la manière de se coiffer.

L’enquête a aussi constaté un nombre croissant de normes relatives à la couleur des sous-vêtements, ainsi que l’interdiction de s’épiler les sourcils, ou de se teindre les cheveux. Certains règlements intérieurs n’autorisent pas leurs élèves à utiliser de la crème solaire ou des sticks à lèvres, qui sont pourtant destinés à protéger la peau des élèves. Les personnes ayant répondu à l’enquête ont aussi témoigné avoir été victimes de harcèlement sexuel de la part d’enseignants masculins qui prétendaient contrôler la longueur des jupes ou la couleur des sous-vêtements.

Le graphique suivant dresse une liste des stipulations perverses que les répondants de l’enquête ont déclaré avoir subi lors de leurs années au collège et au lycée (entre 10 et 19 ans).

Nous avons parlé de l’enquête avec Sunaga Yûji, vice-président d’une ONG qui lutte contre le harcèlement scolaire. Il nous a expliqué que lorsque son ONG a commencé à chercher des personnes qui accepteraient de parler des règlements scolaires, plus de 150 personnes ont pris contact avec elle. « Parmi ces personnes, beaucoup nous ont confié des souvenirs qui leur étaient encore douloureux, et certaines continuaient à éprouver de la colère vis-à-vis de ce qu’elles avaient subi 30 ans auparavant. C’était très perceptible. »

  • [28.06.2018]
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