Les jeunes japonais sont-ils forcés de participer aux clubs scolaires ?
Une récente affaire a révélé les failles du système des bukatsu

Uchida Ryô [Profil]

[20.08.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Selon les directives du ministère de l’Éducation, les activités des clubs scolaires (bukatsudô ou bukatsu) sont fondées sur la participation autonome et volontaire des élèves. Mais ceux-ci ne sont-ils pas en réalité dépossédés de toute réflexion sur leurs choix personnels ? Une récente affaire a mis en lumière les failles du système d’encadrement des jeunes japonais.

L’affaire du tacle vicieux

Le football américain ne fait certainement pas partie des sports universitaires les plus populaires au Japon, mais un incident survenu en mai dernier lui a valu une énorme attention. La vidéo d’un violent tacle par derrière, sans aucun rapport avec le cours du match, infligé le 6 mai dernier par un joueur de l’Université Nihon à son adversaire de l’équipe de l’Université Kwansei Gakuin, qu’il a blessé, a été vue dans le monde entier. Les médias en ont fait grand cas pendant plusieurs jours.

Plus encore que le caractère vicieux du tacle, les médias se sont focalisés sur le contexte dans lequel il s’est produit ainsi que sur les réactions des parties impliquées. L’affirmation du joueur de l’équipe Nihon, selon laquelle il avait reçu de son coach et de son entraîneur la consigne d’« éliminer » le quarterback dès le début du match ainsi que les dénégations de ceux-ci, soutenant que le joueur avait mal compris le message, leur ont valu de nombreuses critiques.

« Je n’ai pas su utiliser mon propre jugement »

La conférence de presse donnée par l’auteur du tacle restera dans les mémoires. Cet étudiant de tout juste vingt ans est apparu à visage découvert, révélant ainsi son identité devant les nombreux journalistes présents. Il a reconnu avoir taclé le quarterback de l’équipe adverse avec l’intention de le blesser.

Il aurait pu plaider pour sa propre cause en disant par exemple : « J’étais tellement pris dans le jeu que j’ai perdu le contrôle de moi-même. » Mais il ne l’a pas fait. Il a reconnu avoir intentionnellement commis son acte. En faisant un tel témoignage, il savait que sa responsabilité pénale pouvait être engagée.

Dans la déclaration qu’il avait préparée, voici ce qu’il disait :

« Cet accident est dû à mon incapacité à décider de ne pas suivre les consignes données par l’entraîneur et le coach. Cela m’a conduit à commettre une infraction au règlement. J’ai agi lâchement, et j’ai blessé un joueur de l’équipe adverse. J’ai commencé à regretter mon action sitôt que j’ai quitté le terrain, et je continue à la regretter. J’ai décidé de dire la vérité parce que je considère que c’est le premier pas pour réparer ce que j’ai fait. »

Il n’a pas attribué la responsabilité de son geste uniquement aux instructions qu’il avait reçues mais l’a résolument assumé en se reprochant de ne pas avoir pris la bonne décision.

« Il ne peut y avoir d’éducation dans la peur »

Quatre jours après, c’est au tour de l’Université Kwansei Gakuin d’organiser une conférence de presse, où elle a expliqué comprendre les remords exprimés par le joueur de Nihon. À la question « Que devrait être le sport universitaire ? », l’entraîneur de football américain de l’équipe, Toriuchi Hideaki, a répondu :

« Le sport est aussi une activité qui demande de la réflexion, et cela contribue à la formation de sa personnalité. […] Pour moi, il ne peut y avoir d’éducation dans la peur, sous la menace de punitions. S’il existe encore des équipes qui fonctionnent sur ce mode dans différentes disciplines, il me semble que cet incident devrait être pour elles une chance de changer d’approche. Et je pense que cela vaut pour tous les niveaux, que ce soit l’école élémentaire le collège et le lycée. »

Les sportifs ne doivent pas suivre les instructions de leur entraîneur parce qu’ils redoutent sa colère, mais agir suivant leur propre jugement. Voilà ce qui est pour M. Toriuchi, la mission des entraîneurs de l’école élémentaire à l’université.

  • [20.08.2018]

Professeur adjoint en sciences de l’éducation à l’Université de Nagoya. Né en 1976, docteur en sciences de l’éducation, ce spécialiste de la sociologie de l’éducation travaille sur les risques d’accidents et les punitions corporelles à l’école ainsi que le suicide. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, parmi lesquels L’Éducation comme maladie, aux éditions Kôbunsha, Les Accidents dans les cours de judo, aux éditions Kawade Shobô, Un regard sur les maltraitances contre les enfants, aux éditions Sekai shisôsha, un titre qui lui a valu le prix de la Société japonaise de sociologie de l’éducation.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone