Maltraitance d’enfants : les facteurs sociaux derrière la monstruosité des actes

Sugiyama Haru [Profil]

[04.10.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Lorsqu’une fillette de cinq ans est morte victime de mauvais traitements infligés par ses parents, au début de l’année, l’émouvant message qu’elle a laissé derrière elle a suscité un élan de sympathie et poussé le gouvernement à prendre un train de mesures d’urgence. Mais pour trouver la racine du problème, nous devons comprendre les facteurs sociaux qui peuvent conduire de jeunes parents à délaisser ou maltraiter leurs propres enfants.

En mars 2018, une fillette de cinq ans est décédée après avoir été longtemps délaissée et maltraitée par ses parents qui la sous-alimentaient et la battaient pour la punir de son « mauvais comportement ». En juin, le Département de la police métropolitaine de Tokyo a rendu public un carnet de notes contenant un message écrit au crayon par la fillette, dans lequel elle suppliait ses parents de la pardonner et leur promettait de mieux se comporter à l’avenir. Cette « lettre de remords » a eu un grand retentissement.

Peu après la publication de cette lettre déchirante, les gens ont commencé à affluer vers l’ancien domicile de la fillette, dans l’arrondissement de Meguro à Tokyo, pour y prier et déposer des fleurs. L’annonce de sa mort tragique a suscité une levée de boucliers en faveur du renforcement de la lutte contre la maltraitance des enfants et incité le gouvernement à prendre un train de mesures d’urgence à cette fin. La nouvelle réglementation permet désormais aux travailleurs sociaux de visiter les domiciles familiaux pour s’assurer de la sécurité d’un enfant s’ils n’y sont pas parvenus par le biais d’un rendez-vous au Centre de protection infantile, et les directives concernant le partage de l’information avec la police ont été clarifiées. Le gouvernement va en outre accroître de 60 % le nombre de responsables de la protection de l’enfance au sein des Centres de protection infantile, dont les effectifs passeront de 3 200 en 2017 à 5 200 en 2022.

À l’évidence, l’amélioration des mesures destinées à préserver les enfants des mauvais traitements est une tâche importante et méritoire. Mais elle ne suffira pas à elle seule. Nous devrons aussi nous doter d’un dispositif de soutien aux parents pour lesquels l’éducation des enfants est un lourd fardeau. Ces jeunes parents se trouvent souvent relégués au statut de « réfugiés » en marge de la société ordinaire, privés d’aide et d’assistance.

Un dispositif législatif dorénavant renforcé

C’est en 1990 que la maltraitance des enfants a fait son apparition sur le devant de la scène. Cette année-là, les Centres de protection infantile ont commencé à établir des statistiques sur les cas de maltraitance, et des groupes privés se donnant pour mission de lutter contre la cruauté à l’égard des enfants ont vu le jour à Osaka la même année et à Tokyo l’année suivante. Cette évolution s’explique en partie par la dynamique qui a pris forme en faveur de l’approbation de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, que le Japon a dûment ratifiée en 1994.

En 2000, la Loi pour la prévention de la maltraitance des enfants est entrée en vigueur. Jusque-là, il n’était pas facile pour les autorités d’intervenir dans les affaires de violence envers les enfants au sein des familles. Grâce à cette loi, il est devenu possible, même sans l’accord des parents, de placer les enfants victimes de mauvais traitements à la maison dans un établissement de soins offrant une « protection temporaire ». Un remaniement de la loi en 2004 a fait de la prévention de la maltraitance des enfants une obligation pour les autorités locales, et de nouveaux amendements passés en 2007 ont renforcé les capacités d’intervention des Centres de protection infantile.

En 1990, première année où des registres ont été constitués, les Centres de protection infantile ont eu à traiter 1 101 cas de maltraitance d’enfants. En 2017, le chiffre a dépassé les 130 000… Cette hausse spectaculaire s’explique en partie par les progrès accomplis dans la prise de conscience du problème, grâce à la sensibilisation faite autour de cette question depuis 1990. En 2003, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a commencé à publier des données officielles recensant les cas de décès d’enfants victimes de mauvais traitements. Les chiffres annuels oscillent entre 50 et 100 cas, dont la majorité de ces drames ont été commis par les parents ou les personnes chargées de leur garde.

Depuis 2000 et l’entrée en vigueur de la législation actuelle sur la maltraitance des enfants, j’ai rendu compte de trois affaires à ce sujet. Je pense qu’un examen des caractéristiques propres à ces trois cas pourra nous aider à mieux saisir la toile de fond du problème et le processus qui peut amener des parents à commettre des actes aussi terribles contre leurs propres progénitures.

  • [04.10.2018]

Née en 1958, Sugiyama Haru écrit pour divers magazines avant de devenir journaliste indépendante. Elle est l’auteur de plusieurs livres sur la maltraitance sur mineur, et les migrants sud-américains d’origine japonaise.

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