Les hôtesses philippines au Japon, entre mariage fictif et traite illégale

Nakashima Kôshô [Profil]

[28.05.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Beaucoup de Philippines viennent au Japon et y travaillent comme hôtesses, dans des établissements connus sous le nom de « bars philippins », pour gagner de l’argent et venir en aide à leurs familles. De plus en plus fréquemment, elles entrent illégalement, en se procurant un visa par le biais d’un mariage blanc, et deviennent par la même occasion des proies faciles pour les intermédiaires sans scrupules qui les exploitent.

Du statut d’« artiste » à celui d’hôtesse

« J’ai contracté un mariage fictif pour venir au Japon », me dit une Philippine. En 2010, m’explique-t-elle, elle a épousé un Japonais qui lui a été présenté par un intermédiaire, lui aussi japonais. C’était un mariage de complaisance, dont la seule raison d’être était d’obtenir un visa de travail. Elle ne parlait pas le japonais et ne connaissait même pas l’homme qu’elle épousait.

Dès son arrivée au Japon, elle a commencé à travailler dans un « bar philippin », autrement dit un bar à hôtesses. Son cas est loin d’être unique, car, depuis quelques années, les Philippines sont de plus en plus nombreuses à suivre le même parcours.

À partir du milieu des années 1980, beaucoup de Philippines sont entrées au Japon avec des visas d’artistes de spectacle, officiellement pour y travailler comme danseuses ou chanteuses. « Je me suis soumise à un régime très dur pour venir au Japon », me dit une femme arrivée au début des années 1990. « Je vivais en dortoir et répétais du matin au soir. » Pour obtenir un visa, il fallait en effet passer dans mon pays des tests de chant et de danse. Après avoir franchi cet obstacle, cette femme se retrouva à occuper des emplois d’hôtesse. Il lui fallait pour cela revêtir des tenues suggestives, boire avec des clients japonais, leur tenir les mains en riant et en bavardant et chanter au karaoke avec eux.

Bien que le travail d’hôtesse ne fût pas autorisé au titre du visa, des dizaines de milliers de Philippines arrivaient chaque année au Japon pour l’exercer. Le record a été atteint en 2004, quand 82 741 d’entre elles sont entrées dans le pays avec un visa d’artiste de spectacle. Il y avait des bars philippins dans tous les recoins du Japon.

Engager du personnel grâce aux mariages fictifs

Mais au bout d’une vingtaine d’années, alors même que ces établissements commençaient à être bien implantés, le Rapport de 2004 sur la Traite des Personnes (TIP), publié par le département d’État américain, inscrivit l’abus des visas d’artiste de spectacle sur la liste des pratiques relevant de la traite. En 2005, le gouvernement japonais durcit les règles concernant l’attribution de ces visas. Cette mesure a de facto barré la route aux emplois dans les bars philippins, dont beaucoup ont dû fermer boutique, faute d’employées à embaucher.

Parmi les bars philippins toujours en activité, nombreux sont ceux qui emploient des femmes arrivées au Japon avant le changement de la réglementation sur les visas. À mesure que leur personnel prend de l’âge, certains tenanciers et intermédiaires essayent de faire entrer au Japon des Philippines plus jeunes en les mariant à des Japonais. Le visa de conjoint n’impose aucune restriction sur le type de travail autorisé. La prolifération des mariages fictifs vient de là.

  • [28.05.2018]

Journaliste indépendant. Né en 1989 dans la préfecture d’Aichi. Achève ses études supérieures à l’Université Chûbu. Auteur de divers ouvrages, dont Firipin pabujô no shakaigaku (La sociologie des hôtesses de bar philippin), basé sur son expérience personnelle de relation et de mariage avec une Philippine rencontrée dans un bar philippin.

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