Série Le Japon terre d’accueil des cultures du monde
Portraits de trois femmes japonaises mariées à un musulman
[27.02.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية |

L’islam est souvent critiqué pour son traitement discriminatoire des femmes. Depuis l'essor d'organisations extrémistes, les médias du monde entier – et le Japon ne fait pas exception – exposent régulièrement les violences et persécutions dont souffrent les femmes musulmanes. Malgré ce contexte, il y a au Japon des femmes qui ont trouvé l'amour avec un musulman et qui ont fait le choix de se convertir à l'islam. Trois d'entre elles partagent dans cet article leur vie au quotidien.

1er couple : Yuri et Ali (Tokyo)

Yuri (48 ans), architecte chez un des principaux constructeurs de logement japonais, est mariée à Muhammet Ali (42 ans), gérant du « Kebab Cafe Ertugrul », ouvert en 2016 près de la gare de Nakano à Tokyo.

Leur histoire commence en 2014. L’un et l’autre se rendaient souvent au même restaurant ; c’est là qu’ils se sont rencontrés et qu’ils ont commencé à se parler.

« Il ne m’avait jamais dit qu’il était musulman. Un jour qu’on était ensemble à table, je voulais lui faire goûter un plat, mais il n’y touchait pas. Je lui ai demandé pourquoi, et c’est à ce moment-là que j’ai découvert qu’il était musulman. Il ne prie jamais en public. Il sait bien que l’islam n’est pas du tout répandu au Japon, c’est pourquoi il craint de mettre mal à l’aise son entourage et de provoquer des malentendus. »

Yuri et Ali

Un mari qui ne ferait pas de mal à une mouche

Tout ce que Yuri savait de l’islam, c’était que la religion interdisait de manger du porc. Mais elle était aussi au courant via les nouvelles des actes de violence perpétrés par des organisations terroristes islamistes.

Un jour, alors qu’elle essaye d’écraser un moustique, Ali, étonné, lui demande : « Pourquoi veux-tu le tuer ? » Ali chasse le moustique en dehors de la pièce, sans le tuer. Il lui explique qu’il fait de même pour les mouches. « C’est quelqu’un de très pur et sérieux dans la pratique de sa foi, dit Yuri. Je me suis rendu compte que l’image des musulmans véhiculée par les médias était complètement différente de la réalité. »

La relation personnelle avec Dieu avant tout

Ali n’a jamais forcé Yuri à se comporter d’une manière ou d’une autre, que ce soit avant ou après leur mariage, ou même après qu’elle se soit convertie à l’islam. Quand ils ont commencé à envisager de se marier, elle lui a demandé s’il serait préférable qu’elle ne mange plus de porc.

« C’est à toi de décider, lui a-t-il répondu. Tu as eu ta propre vie jusqu’à présent et il est important que tu continues de vivre à ta manière. » Elle ne s’attendait pas cette réponse.

Pour Ali, sa « relation personnelle avec Dieu » est au centre de sa foi, et il ne porte pas de jugement sur les choix et les comportements d’autrui. C’est précisément parce qu’il ne l’a pas forcée à s’adapter à lui que Yuri a commencé à éprouver du respect envers sa croyance. Elle s’est mise à étudier l’islam et a spontanément arrêté de boire de l’alcool et de consommer du porc. Elle a aussi racheté tous les ustensiles de cuisine avec lesquelles elle avait cuisiné du porc.

Les kebabs généreux proposés par le restaurant d’Ali rencontrent un grand succès auprès des jeunes et des employés de bureaux.

Les lieux de prière sont très rares au Japon. Un jour que le couple était en déplacement et qu’il ne trouvait aucun endroit pour faire la prière, Ali a été contraint d’utiliser le palier d’escalier d’un bâtiment. Yuri attendait en bas des marches, prête à expliquer la situation si quelqu’un passait par là.

Se faire accepter par la société

Yuri et Ali ont cherché pendant longtemps un local commercial qui pourrait contenir un espace de prière, afin qu’Ali puisse concilier religion et travail. Ils voulaient aussi que ce soit un lieu de détente pour la communauté musulmane.

Yuri, quant à elle, ne porte le hijab que lorsqu’elle va à la mosquée et ne prie que quand elle en a le temps.

« Je me suis demandé comment un pratiquant de l’islam pouvait travailler dans un pays comme le Japon. C’est très difficile de trouver du temps pour faire ses prières pendant le travail. Ce n’est pas non plus envisageable de porter le hijab devant des clients. En voulant pratiquer sa foi avec trop de ferveur, on finit par importuner son entourage. C’est pourquoi je fais de mon mieux pour entretenir ma relation personnelle avec Dieu tout en considérant la société dans laquelle je vis. »

Yuri voudrait que leur entourage et la société en général acceptent son mari musulman. Pour ce faire, ils participent aux évènements organisés par les associations de quartier et achètent les ingrédients du restaurant chez les commerçants locaux. Ainsi, ils lient petit à petit des liens d’amitié avec les habitants du quartier.

L’espace de prière du restaurant

Ali en prière.

« Mon mari m’enseigne progressivement l’islam. Au final, j’espère pouvoir aider Ali et tous les autres musulmans vivant au Japon, même si cela va sûrement prendre du temps.

  • [27.02.2018]
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