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Une fille née au Japon d’un père musulman : les épreuves d’une famille interculturelle
[24.05.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية | Русский |

Le Japon est un pays où il y a très peu de musulmans. Comment les enfants nés dans des familles musulmanes grandissent-ils dans la société japonaise ?

Les difficultés du mariage musulman au Japon

Sarrah, une jeune femme japonaise habitant à Narashino (préfecture de Chiba), n’a jamais porté de maillot de bain de sa vie. L’été, malgré la chaleur étouffante, elle ne porte pas de vêtements révélateurs comme les autres femmes de son âge. Toutes ses jupes lui arrivent en dessous des genoux. Mais Sarrah n’est pas musulmane : elle s’habille ainsi par respect pour son père, Ali, originaire du Pakistan et musulman pratiquant. C’est un mode de vie qu’elle suit depuis son plus jeune âge. Elle serait bien trop gênée de porter aujourd’hui des vêtements qui exposent certaines parties de son corps.

Ali, septième d’une fratrie de dix enfants de la ville pakistanaise d’Hyderâbâd, est arrivé au Japon en mars 1986 avec l’aide d’un ami, alors que la sécurité dans son pays s’était nettement dégradée. Peu de temps après, il a rencontré une femme japonaise qu’il a épousée en 1991. Cependant, le chemin vers le mariage a été pour lui semé d’embûches.

Les ennuis ont commencé lorsqu’il a demandé à sa famille au Pakistan de lui envoyer un certificat de célibat : le document n’arrivait pas, malgré une longue période d’attente. En réalité, ses parents, opposés à son mariage, ignoraient délibérément sa demande. Chez les familles musulmanes pakistanaises, la tradition veut que ce soient les parents qui choisissent les conjoints. Un mariage d’amour est donc hors de question, d’autant plus si la fiancée n’est pas musulmane. Ali a dû s’en remettre à son frère pour lui procurer le certificat de célibat et c’est ainsi qu’il a pu se marier au Japon sans le consentement de ses parents. Ce n’est qu’il y a 5 ans que ces derniers ont finalement accepté le mariage de leur fils.

Les espoirs d’Ali

Suite à leur union, Ali et sa femme ont eu un fils, puis une fille. Ali chérit Sarrah comme un trésor. Tout juste diplômée de son université au printemps dernier, elle vient de trouver un emploi dans le domaine qu’elle souhaitait. Ali ne peut s’empêcher de sourire quand il parle de sa fille et de son avenir prometteur, mais il a aussi des regrets et des inquiétudes.

« Je croyais que les enfants de parents musulmans devenaient naturellement musulmans en grandissant, mais ça n’a pas été le cas… »

La famille d’Ali vit depuis toujours selon les coutumes musulmanes, notamment pour la nourriture et les vêtements. À table, il n’y a jamais de porc, calamar, poulpe, crevette ou de crabe, ni d’alcool bien entendu. Dans les sanctuaires shintô ou les temples bouddhistes, Ali s’abstient de prier à la manière des Japonais. Mais il explique qu’il n’a jamais forcé sa famille à se plier aux pratiques de l’islam.

« Ma femme est née et a grandi au Japon. Nous savions que nos enfants allaient eux aussi grandir ici. Je voulais qu’ils grandissent avec autant de liberté que possible en suivant le mode de vie japonais. J’aime visiter les temples et les sanctuaires japonais et j’y ai souvent emmené mes enfants. Mais je pensais qu’en devenant adultes, ils suivraient naturellement les enseignements de l’islam. J’étais bien naïf. Aujourd’hui, il est trop tard pour leur parler de religion… »

Ali et Sarrah cuisinant ensemble un repas halal.

  • [24.05.2018]
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