Série GO Journal – Interviews de para-athlètes
Ichinose Mei : la nageuse espoir du Japon
[30.10.2018] Autres langues : 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Lors des Jeux paralympiques de Rio en 2016, la nageuse Ichinose Mei avait grandement attiré l’attention vers elle. Espoir du Japon dans l’obtention d’une médaille, elle n’était pas parvenue à se qualifier pour la finale dans aucune des six épreuves auxquelles elle avait participé. Mais sa frustration s’est transformée en détermination, et elle compte bien réaliser un coup d’éclat dans moins de deux ans, pour les Jeux paralympiques de 2020 à Tokyo. Pourra-t-elle réduire la distance qui la sépare du meilleur niveau mondial ? Interview avec l’intéressée.

Ichinose Mei

Ichinose MeiNée à Kyoto en 1997. Atteinte d’une agénésie congénitale de l’avant-bras droit, elle commence la natation dans le centre handisport municipal à l’âge de 18 mois. En 2010, elle devient la plus jeune participante aux championnats d’Asie handisport et gagne la médaille d’argent au 50 mètres nage libre. Pendant sa scolarité au collège puis au lycée, elle remporte de nombreuses victoires dans des compétitions handisport au Japon et en Asie. Elle a réalisé son meilleur temps dans l’épreuve du 100 mètres nage libre (classe S9) des Jeux paralympiques de Rio en 2016.

Quitter le Japon pour dénicher des rivales

——Il y a aujourd’hui peu d’opportunités pour les nageurs handisport de nager avec les autres nageurs. Qu’en pensez-vous ?

ICHINOSE MEI  Quand j’étais à l’école élémentaire, j’ai voulu devenir membre d’un club de natation, mais on ne m’a pas acceptée. Peut-être aurais-je eu un meilleur niveau aujourd’hui si j’avais pu nager dès mon jeune âge avec les autres enfants. Quand j’ai pu le faire, c’était après mon entrée à l’université, où je participais aux entraînements du club de natation avec les nageurs visant les JO. Mais il était trop tard ! En handisport, nous avons rarement l’occasion de participer à des compétitions, et quand je vois celles qui existent à l’université au sein du club de natation pour obtenir une place dans l’équipe, cela me stimule et me donne beaucoup de motivation.

——Mais vos rivales directes, ce sont les nageuses handisport, n’est-ce pas ?

I.M.  Lorsque j’ai établi un nouveau record du Japon en deuxième année de collège, je n’ai plus eu de rivales dans mon pays. Et à ce moment-là, j’ai pris conscience qu’il y avait…le reste du monde ! Mais sans adversaires au Japon, difficile de sentir la tension quotidienne, l’envie de se surpasser. Mon entraîneur me répétait pourtant que la compétition, c’était une vraie guerre, et que je devais participer aux épreuves avec l’envie de tuer toutes mes rivales (rires), mais je ne comprenais pas de quoi il parlait. En participant à des championnats au Japon, l’enjeu pour moi n’était pas la victoire, mais de faire mon meilleur temps et de voir combien de secondes je pouvais gagner. C’est pour cette raison que pendant les Jeux de Rio, quand il m’a fallu me battre contre les autres nageuses, je ne connaissais pas l’état d’esprit qui aurait dû être le mien, et j’ai paniqué. J’en ai conclu : « va plus souvent à l’étranger pour pouvoir affronter d’autres compétitrices ! »

——Vous êtes allée vous entraîner en Australie de décembre 2017 pendant environ 3 mois ? Dans quel but ?

I.M.  En Australie, il y a beaucoup de nageurs handisport, et il y en avait aussi beaucoup dans mon cours. J’ai habité pendant trois mois chez une nageuse du nom d’Ellie Cole, je me suis entraînée avec elle, et j’ai participé à trois grandes compétitions australiennes. Au Japon, je m’entraîne avec les autres étudiants, mais je suis toujours seule pour les compétitions. En Australie, il y a une dizaine de nageuses comme moi, et j’y suis allée pour cela.

——Quels changements avez-vous remarqué pendant ces trois mois ?

I.M.  J’ai arrêté de me préoccuper de détails. Et j’ai aussi eu l’impression d’avoir les deux pieds sur terre. Avant, je me focalisais trop sur les chronos que je voulais réaliser pendant les compétitions. Mais en observant les nageurs là-bas, j’ai vu que bien sûr, ils gardaient cet objectif en tête, mais qu’ils étaient avant tout très conscients de leur condition ce jour-là et de ce qu’ils pouvaient faire en fonction de cela. J’ai appris des jeunes Australiens à agir en ne me basant pas seulement sur mes sensations mais aussi sur un raisonnement logique. Au Japon, on accorde une importance extrême au chrono. En Australie, même si le chrono compte, le plus important reste la manière dont on a nagé. Je dirais peut-être que j’ai mieux compris comment m’y prendre concrètement, et non pas en faisant des efforts au niveau mental. Pendant ces trois mois, je crois que j’ai appris non pas à faire des efforts pour des chiffres, pour des objectifs visibles, mais à réfléchir à ce que cela impliquait. Le mot japonais « gambaru », qui veut dire « se donner du mal » ou « faire de son mieux », n’existe pas en anglais. Ça se dit peut-être « work hard » ? Cette expression est déjà plus dynamique, je trouve.

——Il doit y avoir des choses qu’on voit pour la première fois quand on passe du temps avec des athlètes étrangers à l’étranger.

I.M.  Oui, le Japon ne suffit pas, Parce que personne ici ne connaît les réponses. Même si je m’interroge sur les méthodes, je n’ai personne à qui poser la question, et donc personne qui peut me répondre tout de suite. Aujourd’hui, j’ai un entraîneur et un coach, et je peux bien sûr discuter avec eux, mais je suis leur première nageuse handisport. Eux n’ont jamais nagé avec un seul bras (rires), et donc nous devons chercher la bonne méthode ensemble.

  • [30.10.2018]
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