Série GO Journal – Interviews de para-athlètes
Yamada Takurô : le nageur qui se mesure aux meilleurs
[31.10.2018] Autres langues : 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Yamada Takurô possède déjà un impressionnant palmarès aux Jeux paralympiques, mais il se battra davantage afin de décrocher une médaille d’or à Tokyo en 2020, pour ses 5e olympiades d’affilée. Lui-même reste calme et objectif devant des perspectives aussi excitantes. S’acharnant à s’entraîner au même niveau que des athlètes non-handicapés, le jeune japonais porte un regard sévère sur ses successeurs potentiels du pays.

Yamada Takurô

Yamada TakurôNé en 1991. Originaire de la préfecture de Hyôgo. Né sans avant-bras gauche, il a commencé la natation à 3 ans. Dès l’école primaire et secondaire, il affiche des performances comparables aux nageurs sans handicap. Il vise alors une qualification aux Jeux Paralympiques, qu’il obtient une première fois en 2004 pour les Jeux d’Athènes, à 13 ans. Il s’aligne de même aux Jeux suivants : Pékin, Londres, Rio, où il obtient une médaille de bronze sur 50 mètres nage libre en 2016.

Il faut garder la fringale, toujours…

— Après quatre sélections d’affilée aux Jeux Paralympiques, avez-vous l’impression que la pression est cette fois bien supérieure ?

Yamada Takurô   Où que personne n’avait fait suffisamment attention à moi les fois précédentes, plutôt. Mais en fait, suis-je plus connu maintenant ? S’intéresse-t-on vraiment à moi ? Je n’ai pas l’impression que les choses aient fondamentalement changé. Le fait que les Jeux olympiques et paralympiques soient organisés dans son propre pays est assez exceptionnel, et évidemment, j’aimerais que les spectateurs puissent réellement observer le plus d’athlètes possibles. Car pour comprendre le sport, il faut commencer par le voir une fois en vrai. Être remarqué n’est rien, l’important est de laisser une performance et un résultat dans la compétition.

— Comment a évolué la conscience des athlètes, d’après vous ?

Y.T.   Pour être honnête, je ne pense pas que quelque chose ait vraiment changé. En tant qu’athlète, je dirais même que la conscience générale est plutôt en baisse. Tout particulièrement en ce qui concerne les para-athlètes japonais. Évidemment, puisque les Jeux ont lieu à Tokyo, tout sportif handicapé a envie de participer aux Jeux paralympiques, c’est normal. D’ailleurs, l’environnement des athlètes handisport a connu un changement radical. Il suffit d’avoir un espoir d’être sélectionné dans l’équipe nationale pour bénéficier de conditions d’entraînement optimales. Auparavant, pour bénéficier d’aussi bonnes conditions, il fallait se battre. Améliorer ses performances, profiter de la moindre opportunité d’apparaître dans les médias, pour arracher une reconnaissance. Ces nouvelles facilités ont fait diminuer le nombre de sportifs possédant un véritable esprit combatif, j’ai l’impression. Et ce n’est pas avec une telle conscience émoussée que vous avez une chance de ramener quelque chose contre des para-athlètes étrangers dans une compétition internationale. Le niveau des athlètes paralympiques dans le monde s’élève d’année en année. Et dire que vous faites partie de l’équipe paralympique japonaise n’impressionne personne au niveau mondial. Si vous voulez mon avis, je pense plutôt que l’écart qui nous sépare du reste du monde est en train de se creuser.

— Est-ce la conscience des athlètes qui est faible ?

Y.T.   Tout d’abord, les athlètes étant peu nombreux, il est relativement aisé de devenir le meilleur japonais de sa discipline. Mais être le n°1 japonais et remporter l’épreuve aux Jeux paralympiques sont deux choses très différentes. De nombreux n°1 japonais seront éliminés avant même la finale. J’ai l’impression que très peu d’athlètes ont vraiment conscience du niveau de leurs performances par rapport à celles mondiales, et se contentent d’un entrainement de routine sans ambition. Pour combattre au niveau planétaire, il faut avoir une connaissance très précise de sa situation, son âge, les différences avec les athlètes des autres pays, élargir sa vision, et placer sa barre très haut.


Il n’est pas bon de donner trop facilement une chance aux jeunes sportifs. Actuellement, vous avez de plus en plus d’athlètes qui apparaissent dans les médias, sans aucun rapport avec le niveau réel de leurs performances. Il suffit d’être sélectionné pour les Jeux paralympiques pour que tout le monde vous dise que vous êtes super… Mais pour un connaisseur, un seul regard suffit pour voir le niveau réel des compétences. On ne recherche plus l’athlète d’exception, aussi bien dans les handisports que dans les sports pour non-handicapés. Et il faut vite faire quelque chose, car à moyen terme, cela pourrait avoir une influence très négative sur l’image générale des sports paralympiques.

  • [31.10.2018]
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