Série Comment vivre pour soi-même ?
Écouter la colère profonde de son cœur, une nécessité absolue pour être heureux

Izumiya Kanji [Profil]

[27.09.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Faut-il considérer la colère comme un sentiment détestable ? Tout comme le chagrin, elle fait partie des émotions enfouies au plus profond de notre cœur. Mais si on leur prête l’oreille attentivement, elles sont réellement capables de nous libérer de nos souffrances, et de libérer le plaisir et la joie. Tel est le thème du message que le psychiatre japonais Izumiya Kanji nous convie à lire.

Comment se referme la porte du cœur

Mes patients me confient souvent « quoi que je fasse, que je voie ou que j’entende, je n’arrive jamais à être profondément ému », ou bien « je n’ai jamais la sensation de faire les choses moi-même ». Se sentir en permanence en retrait par rapport à tout rend la vie bien fade… Pour retrouver ses émotions profondes et la sensation de vivre à la première personne, il faut commencer par prêter attention à la « voix du cœur ».

Lorsque je leur donne ce conseil, cependant, la plupart de mes patients restent perplexes. Ils me rétorquent « je ne vois absolument pas comment faire », ou encore « la voix du cœur ? Mais je ne sais même pas à quoi elle ressemble ». Comme je l’ai expliqué dans mon article « La solitude est un bien précieux », ceux qui ont fermé depuis longtemps la porte reliant leur « tête » (cerveau) à leur cœur n’entendent plus cette voix, si bien qu’ils se retrouvent complètement perdus en essayant de la retrouver…

Mais au fait, pourquoi la porte du cœur s’est-elle fermée ?

Le cœur est le siège des émotions et des sensations. Ceux qui ont fermé la porte y donnant accès ont vécu à un moment donné de leur vie une expérience traumatisante venue de l’expression directe de leurs sentiments. C’est dans ce type de contexte que se produit ce que l’on appelle une « fermeture émotionnelle ».

Quel a donc été ce traumatisme ?

Deux types d’émotions à ne pas confondre

Lorsque l’on parle d’émotions, il faut avoir conscience que celles-ci ne viennent pas toutes du cœur. En fait, la plupart des états dits « émotionnels » sont d’origines mentales.

Le cerveau humain fonctionne comme un ordinateur. Il s’efforce de contrôler la réalité en pesant le pour et le contre et en faisant des comparaisons et des simulations. Il est donc à l’origine de toutes les émotions directement issues de son fonctionnement, comme l’anxiété en envisageant l’avenir, et les regrets que l’on éprouve en se penchant sur son passé. La joie et l’irritation que l’on ressent suivant que les choses se déroulent ou pas comme on le souhaite sont des émotions fondées sur nos désirs qui émanent elles aussi du cerveau et de sa volonté de tout contrôler. De même, la jalousie, le mépris et les sentiments de supériorité ou d’infériorité sont issus des mises en parallèle entre nous et les autres orchestrées par le cerveau.

Dans les lignes qui suivent, je qualifierai les émotions issues du cerveau de « superficielles » et celles provenant du cœur de « profondes » pour bien les distinguer les unes des autres, parce qu’elles sont d’une nature complètement différente.

Pour simplifier les choses, je dirai que les émotions profondes venant du cœur sont au nombre de quatre. Il s’agit de la colère, du chagrin, de la joie et du plaisir. Elles sont toutes des manifestations de l’amour qui réside dans le cœur humain.

Quand nous sommes confrontés à une personne animée par de mauvaises intentions et le désir de nous contrôler ou de nous imposer son ego, notre cœur réagit par la colère, comme s’il lançait un missile d’interception pour se défendre. Face à un événement tragique ou pathétique, il répond par le chagrin, un sentiment issu de la compassion. Et dans une situation pleine de vie, il se met au diapason en débordant de joie et de plaisir.

  • [27.09.2018]

Psychiatre, mais aussi compositeur, il étudie la médecine à l’Université du Tôhoku puis travaille notamment à l’hôpital Seiwa rattaché à l’Institut de la neurologie. En 1999, il part étudier à l’École normale de musique de Paris, et il travaille aussi comme psychologue à l’École japonaise de Paris. Il ouvre à Tokyo en 2005 la Clinique Izumiya, spécialisée dans les psychothérapies. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Futsû ga ii to iu yamai (« Vouloir être ordinaire », une pathologie), ou encore Shigoto nanka ikigai ni suruna (« Il ne faut pas vivre pour son travail »).

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