Série Le mariage aujourd’hui au Japon
L’évolution et l’avenir du rôle de l’homme et de la femme au sein du mariage au Japon
[14.02.2019] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Au Japon, l’idée que le rôle du mari est celui de soutien de famille, tandis que la femme est censée rester à la maison et s’occuper des enfants, est profondément enracinée. Mais reste à savoir quand cette façon de voir est apparue et si elle constitue un modèle réaliste pour l’époque moderne. Dans l’article qui suit, nous nous penchons sur ces questions en revenant sur l’histoire du mariage au Japon.

Vers une société patriarcale

Le mariage au Japon a évolué au cours des siècles, et il n’est donc pas facile d’identifier exactement les problèmes auxquels les couples se heurtaient jadis. Le tableau ci-dessous retrace l’évolution de l’institution matrimoniale.

L’évolution du mariage au Japon

Temps anciens Sociétés matrilinéaires caractérisées par des mariages où les couples ne vivent pas sous le même toit (tsumadoikon)
VIIIe siècle Émergence d’un système fondé sur le foyer familial et diffusion de la monogamie
Époque féodale Établissement du patriarcat et transmission héréditaire d’une allocation attribuée au chef de famille (roku) ; les familles marchandes placent la fortune au-dessus de l’honneur et marient leurs filles à des hommes d’affaires talentueux.
1889 Promulgation de la Constitution de Meiji : institution du régime d’autorité parentale ; criminalisation de l’adultère (uniquement pour les épouses)
1947 Promulgation de la Constitution japonaise, qui stipule que le mariage est fondé sur le consentement mutuel, se maintient grâce à la coopération et s’accompagne de droits égaux pour les deux conjoints.
1972 Le taux de mariage culmine
2015 La Cour suprême du Japon décide que l’exigence faite aux conjoints de porter le même nom de famille est conforme à la Constitution.
À Tokyo, les arrondissements de Shibuya et Setagaya reconnaissent les unions entre partenaires de même sexe.
2016 Le nombre des naissances annuelles tombe pour la première fois en dessous du million.
2022 L’âge légal du mariage pour les femmes passera de 16 à 18 ans.

Dans le Japon ancien, les couples mariés dont chacun des conjoints passait la journée au domicile de sa propre famille constituaient la norme, et la nuit, le mari rendait visite à sa femme chez elle (ce système s’appelait tsumadoikon). Ce modèle du double domicile permettait que le village ou la collectivité où l’épouse était établie subvienne à ses besoins et à ceux de ses enfants. Mari et femme menaient des vies séparées, chacun dans sa propre communauté villageoise, si bien que les femmes ne dépendaient pas de leurs époux pour leur subsistance. En ces temps où les enfants constituaient une réserve essentielle de main-d’œuvre, la question de l’identité de leur père ne se posait pas et il était admis que les hommes comme les femmes pouvaient avoir plusieurs partenaires.

Aux environs du VIIIe siècle, l’établissement du dispositif juridique ritsuryô, divisant la société en castes, a favorisé le développement du système patriarcal, et il est devenu courant que chaque famille ait à sa tête un membre de sexe masculin, généralement le fils aîné.

À l’époque féodale, les guerriers ambitieux acquéraient renommée et fortune dans la politique et la guerre, et les membres de la classe des samouraïs qui avaient réussi dans leurs entreprises, ainsi que leurs enfants, ont donné à l’ascendance patrilinéaire une importance qui s’est ensuite propagée dans les classes inférieures. La prospérité des marchands reposait en revanche sur leur réussite commerciale, si bien qu’ils accordaient davantage de valeur au sens des affaires qu’à l’hérédité. Ils ont donc continué de marier leurs filles à des marchands talentueux si leur fils aîné n’était pas doué pour les affaires.

À l’ère Meiji (1868-1912), le système patriarcal était complètement enraciné dans la société, et les architectes du gouvernement du Japon moderne en ont importé bien des éléments dans le dispositif juridique de la nouvelle époque. Le code civil de Meiji a instauré le koshuken, au titre duquel l’autorité reposait légalement entre les mains du chef de famille et était en règle générale transmise au fils aîné, dont le consentement était requis pour les mariages des membres de la famille et les décisions quant au lieu de vie des enfants. Une autre loi, dont on considérerait aujourd’hui qu’elle viole les droits de l’homme, stipulait que seul le premier né légitime de sexe masculin pouvait hériter des biens : les filles et les autres fils n’avaient pas droit à un centime. Qui plus est, seule l’épouse (ou son amant) pouvait être reconnue coupable d’adultère. Cette inégalité entre les sexes prenait sa source dans la nécessité d’établir clairement la paternité des enfants et de préserver la lignée paternelle.

Dans son livre Kekkon to Kazoku no Korekara (L’avenir de la famille et du mariage), le sociologue et professeur à l’Université Ritsumeikan Tsutsui Jun’ya écrit ceci : « Le système patriarcal a été conçu de façon arbitraire pour que les hommes qui contrôlaient la société et les membres masculins des familles puissent préserver leurs privilèges, fût-ce aux dépens de la productivité et de la croissance de l’économie. »

  • [14.02.2019]
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