Série La situation des LGBT au Japon
Tanio Toshimi, la première commentatrice télévisée transgenre
[07.02.2019] Autres langues : Русский |

Si les minorités sexuelles sont très représentées dans le domaine du divertissement au Japon, Tanio Toshimi est la seule transgenre à participer à une émission d’actualités. Comment s’est-elle décidée à faire son coming-out ? Quelles ont été les raisons qui l’ont conduite à accepter un poste de chroniqueuse à la télévision japonaise ? Elle nous répond.

L’offre de News Zero

« Peut-on accepter d’utiliser l’argent du contribuable pour les personnes LGBT ? Ces hommes et ces femmes ne font pas d’enfants. Ils sont en d’autres termes improductifs… » Au moment où ces propos tenus par Sugita Mio, une femme membre de la Chambre des représentants, dans un texte publié par un magazine avaient un grand retentissement, Tanio Toshimi, une femme transgenre qui travaille pour Nippon TV, est devenue chroniqueuse pour News Zero, une grande émission d’actualités de cette chaîne.

Elle s’est présentée ainsi : « Mon nom est Tanio Toshimi. Je suis entrée en 2000 à Nippon TV en tant qu’homme, mais j’y travaille comme femme transgenre depuis sept ans, dans le domaine de la production cinématographique. »

Lorsque la direction de l’information lui a proposé de participer à News Zero, Tanio Toshimi a pensé qu’il s’agirait de commenter une partie de l’émission consacrée aux LGBT. Mais ce qu’on lui offrait était de devenir chroniqueuse régulière de l’émission. Avant cela, aucun magazine télévisé d’actualités n’avait de chroniqueur transgenre. C’est ce qui l’a décidée à accepter.

« Comme j’ai longtemps travaillé à l’intérieur de la direction de l’information, je comprenais ce que ce rôle impliquait, le poids qu’il confère, et la capacité d’influence des chroniqueurs. L’accepter signifiait assumer une énorme responsabilité. Je réalisais aussi que je serais désormais connue comme transgenre. En clair, il me fallait être prête à assumer les conséquences pour la société. »

Le désir de « devenir une femme »

Toshimi a commencé à travailler chez Nippon TV en avril 2000. Elle y a d’abord fait carrière en tant que journaliste, tant dans le domaine des questions de société qu’à l’international. Comment voyait-elle les choses avant de travailler à la télévision ?

« Depuis toute petite, je ne me sentais pas à l’aise dans mon corps d’homme. J’ai toujours voulu devenir une fille un jour. J’ai grandi dans les années 1980, à l’époque où les new half (terme utilisé pour parler des chanteuses et des danseuses qui avaient changé de sexe grâce à une opération) étaient très en vogue. L’image que j’avais de ces personnes est que beaucoup d’entre elles s’étaient enfuies de chez elles après le collège pour partir dans une grande ville, où elles avaient ensuite travaillé dans des bars. Elles me fascinaient, mais je me demandais aussi si c’était la seule vie que pouvait mener une femme transgenre. J’avais envie d’un monde plus ouvert. Et tout en vivant comme homme, je suis venue à Tokyo pour aller à l’université, et j’ai continué jusqu’à la maîtrise. Il m’est arrivé à cette époque de sortir avec des femmes. »

Underground, le film d’Emir Kusturica qu’elle a vu quand elle était étudiante, lui a fait forte impression.

« Il dépeint l’histoire de la Yougoslavie pendant environ 60 ans, d’abord dans sa lutte contre le nazisme, puis pendant la Guerre froide et la guerre civile. C’est une grande épopée, très puissante, débordante d’énergie, de drôlerie, de tristesse, de bêtise, d’amour, de splendeur humaine, et tout cela accompagnée d’une merveilleuse musique tsigane. Ce film m’a bouleversée et donné envie de me lancer dans la production cinématographique. »

Toshimi a choisi alors de travailler pour Nippon TV afin de devenir productrice. Mais c’est à la direction de l’information qu’elle s’est retrouvée affectée où son travail était tellement prenant que son désir de devenir femme passe graduellement à l’arrière-plan. Puis elle est nommée chef du bureau du Caire.

« J’étais la seule personne japonaise là-bas. Et j’avais plus de temps pour moi-même. J’avais 31 ans, un âge où je crois que tout le monde se pose des questions sur son avenir, sur ce qui se passera si l’on reste là où l’on est professionnellement. Et moi, j’en avais conclu que si c’était pour devenir un vieux bonhomme, alors autant mourir… Pendant les cinq ans que j’ai passés au Caire, j’ai petit à petit laissé pousser mes cheveux et commencer à m’habiller de manière neutre. Jusqu’à un certain point, puisque je devais faire des reportages où l’on me voyait, mais j’ai quand même commencé à m’exprimer telle que mon cœur le voulait dans la mesure du possible. »

  • [07.02.2019]
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