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Comprendre le litige des Territoires du Nord entre le Japon et la Russie

Politique

Le 13 août 2026, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois sur l’île d’Itouroup, dans les Territoires du Nord revendiqués par le Japon. Alors que les négociations entre le Japon et la Russie sur la conclusion d’un traité de paix sont suspendues depuis que le Japon a imposé des sanctions économiques à la Russie après son invasion de l’Ukraine, cette visite est considérée comme un signe de la volonté de Moscou de ne faire aucune concession sur la question territoriale. Voici un résumé des principaux événements qui ont marqué les relations entre les deux pays depuis la signature de la Déclaration commune nippo-soviétique du 19 octobre 1956.

La question des Territoires du Nord constitue le principal dossier en suspens entre le Japon et la Russie. Lors de la Déclaration commune soviéto-japonaise de 1956, qui marquait la fin de la guerre entre le Japon et l’Union soviétique (aujourd’hui la Russie) et le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, aucun accord n’avait été trouvé sur l’appartenance des quatre îles des Territoires du Nord. Le texte stipule toutefois explicitement que les îles Habomai et Shikotan seraient « remises au Japon après la conclusion d’un traité de paix ».

 La signature de la Déclaration commune nippo-soviétique, le 19 octobre 1956, à Moscou, par Hatoyama Ichirô, Premier ministre du Japon [à gauche], et Nikolaï Boulganine, président du Conseil des ministres de l’URSS. (© Jiji)
La signature de la Déclaration commune nippo-soviétique, le 19 octobre 1956, à Moscou, par Hatoyama Ichirô, Premier ministre du Japon [à gauche], et Nikolaï Boulganine, président du Conseil des ministres de l’URSS. (© Jiji)

Le 14 novembre 2018, le Premier ministre japonais Abe Shinzô et le président russe Vladimir Poutine, réunis à Singapour, ont convenu d’accélérer les négociations en vue de la conclusion d’un traité de paix, sur la base de la Déclaration commune soviéto-japonaise de 1956. Cependant, en décembre de la même année, Poutine a fait part de ses inquiétudes quant à la possibilité que des forces américaines soient déployées dans les Territoires du Nord après la conclusion d’un traité de paix. En juillet 2020, la Russie a par ailleurs révisé sa Constitution afin d’y inscrire notamment l’interdiction de céder des territoires. Les négociations n’ont donc pas connu l’accélération espérée.

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, lancée en février 2022, le gouvernement de Kishida Fumio a décidé d’imposer des sanctions économiques à Moscou. La Russie a alors refusé de poursuivre les négociations sur un traité de paix, y compris celles portant sur la question territoriale. Les échanges entre les quatre îles, notamment les visites de tombes par d’anciens habitants et les visites libres, sont également suspendus depuis 2020 en raison de la crise sanitaire.

En août 2026, Vladimir Poutine s’est rendu sur l’île d’Itouroup, où il a notamment inspecté une usine de transformation de produits de la mer. Il s’agissait de sa première visite dans les Territoires du Nord.

Le président Vladimir Poutine goûte du caviar lors de sa visite d'une usine de transformation de produits de la mer sur l'île d'Itouroup, le 13 août 2026. (© AFP/Jiji)
Le président Vladimir Poutine goûte du caviar lors de sa visite d’une usine de transformation de produits de la mer sur l’île d’Itouroup, le 13 août 2026. (© AFP/Jiji)

Territoires du Nord, dans la mer d’Okhotsk entre l’île de Hokkaidô et la péninsule du Kamtchatka

Les Territoires du Nord en quelques chiffres

Nom et superficie Caractéristiques
Îles Habomai : 95 km2 Petit archipel regroupant plusieurs îles. (Inhabitées)
Île de Shikotan : 249 km2 Ile constituée de petites collines verdoyantes. (3 000 habitants)
Île de Kunashiri : 1 489 km2 Le littoral de l’île donnant sur l’océan Pacifique est relativement peu élevé et dispose de bons ports naturels. (8 000 habitants)
Île d’Etorofu : 3 167 km2 Abondantes ressources marines. On y pêche notamment quelque 20 000 tonnes de saumons et de truites par an. (6 000 habitants)
Total : 5 003 km2 Un territoire d’une superficie totale comparable à celle de la préfecture de Fukuoka, dans l’île de Kyûshû. (17 000 habitants)

Tableau élaboré par Nippon.com à partir d’informations fournies par l’Association pour la question des Territoires du Nord et le site Internet du Bureau du Cabinet. Les chiffres concernant le nombre d’habitants correspondent à ceux des résidents russes.

Le litige des Territoires du Nord – c’est-à-dire concernant les îles Habomai et celles de Shikotan, de Kunashiri et d’Etorofu (appelées en russe Kouriles du Sud) – est le contentieux le plus important qui oppose le Japon et la Russie. La Déclaration commune nippo-soviétique de 1956 est considérée comme le « point de départ » des négociations menées à cet égard à ce jour. Vladimir Poutine a reconnu la validité de ce document, mais certaines questions sont encore « à l’étude » notamment l’attribution de la souveraineté sur ces îles et le processus de rétrocession de celles qui seront rendues au Japon. La Russie redoute par ailleurs qu’après la signature d’un traité de paix, des bases militaires américaines ou des Forces d’autodéfense japonaises soient installées sur les îles réintégrées dans l’Archipel. Ce qui veut dire que les discussions sur les problèmes de souveraineté et de sécurité risquent d’être tendues.

Voici un aperçu des principaux développements qui ont marqué les relations entre le Japon et la Russie depuis la signature de la Déclaration commune nippo-soviétique de 1956.

Les principaux développements du litige des Territoires du Nord depuis 1956

Octobre 1956

  • Déclaration commune nippo-soviétique signée à Moscou par Hatoyama Ichirô (1883-1959), Premier ministre du Japon, et Nikolaï Boulganine (1895-1975) président du Conseil des ministres de l’URSS (voir photo de titre). Elle met fin officiellement aux hostilités et rétablit les relations diplomatiques entre les deux pays, sans pour autant régler le contentieux sur la souveraineté des Territoires du Nord. Elle précise toutefois que les îles Habomai et de Shikotan seront restituées au Japon en cas de signature d’un traité de paix.

1992

  • La Russie commence à autoriser des visites sans visa dans les îles Kouriles du Sud aux citoyens japonais. Ces autorisations sont renouvelées à diverses reprises chaque été.

Octobre 1993

  • Déclaration de Tokyo sur les relations nippo-russes signée par le Premier ministre japonais Hosokawa Morihiro (1938-) et le président russe Boris Eltsine (1931-2007). Elle mentionne explicitement les quatre îles en jeu en spécifiant qu’une fois que le problème de leur attribution aura été résolu, les négociations reprendront en vue de la signature rapide d’un traité de paix.

Novembre 1997

  • Accord de Krasnoïarsk (Sibérie) signé par le Premier ministre japonais Hashimoto Ryûtarô (1937-2006) et le président russe Boris Eltsine. Les deux dirigeants s’entendent pour joindre leurs efforts en vue de la conclusion d’un traité de paix d’ici l’an 2000.

Avril 1998

  • Proposition de Kawana (Japon). Le Premier ministre japonais Hashimoto Ryûtarô et le président russe Boris Eltsine proposent un tracé frontalier situé au nord des quatre îles revendiquées par Tokyo tout en reconnaissant à la Russie le droit d’administrer provisoirement ces territoires.

Septembre 2000

  • Vladimir Poutine (1952-), président de la Fédération de Russie, se rend au Japon où il affirme que la Déclaration commune nippo-soviétique de 1956 est valable mais que la proposition de Kawana ne correspond absolument pas à ce que pense la Russie.

Mars 2001

  • Déclaration d’Irkoutsk signée par le Premier ministre japonais Mori Yoshirô (1937-) et le président russe Vladimir Poutine. Elle confirme que la Déclaration commune nippo-soviétique de 1956 constitue le point de départ des futures négociations.

Janvier 2003

  • Plan d’action Japon-Russie signé par le Premier ministre japonais Koizumi Junichirô (1942-) et le président russe Vladimir Poutine. Il met l’accent sur la coopération économique entre les deux pays.

Novembre 2010

  • Dimitri Medvedev (1965-), président de la Russie, visite l’île de Kunashiri. C’est la première fois qu’un dirigeant russe se rend dans les Territoires du Nord.

Juillet 2012

  • Dimitri Medvedev, alors premier ministre de la Russie, se rend à nouveau dans l’île de Kunashiri. Il affirme qu’il s’agit d’« un territoire russe dont pas la moindre parcelle ne sera restituée ».

Décembre 2016

  • Le président Vladimir Poutine se rend au Japon. Il donne son accord pour des discussions en vue d’activités communes sur les quatre îles des Territoires du Nord.

Septembre 2018

  • Le président Vladimir Poutine propose de signer un traité de paix avec le Japon sans conditions préalables d’ici la fin de l’année 2018.

Novembre 2018

  • À l’occasion du sommet nippo-russe, le Premier ministre japonais Abe Shinzô et le président russe Vladimir Poutine décident d’un commun accord d’accélérer les négociations en vue de la signature d’un traité de paix basé sur la Déclaration commune nippo-soviétique de 1956.

Janvier 2019

  • Kôno Tarô, ministre des Affaires étrangères du Japon, et Sergueï Lavrov, son homologue russe, entament des pourparlers pour résoudre le litige des Territoires du Nord et signer un traité de paix.

Juin 2019

  • Au sommet du G20 d’Osaka, Abe Shinzô et Vladimir Poutine conviennent de poursuivre les négociations sur la base de la Déclaration commune soviéto-japonaise de 1956.

Août 2019

  • Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev se rend de nouveau sur l’île d’Itouroup.

Juillet 2020

  • Entrée en vigueur de la Constitution russe révisée, qui interdit notamment la cession de territoires.

Septembre 2020

  • Fin du deuxième gouvernement d’Abe Shinzô.

Juillet 2021

  • Le Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine se rend sur l’île d’Itouroup.

Février 2022

  • La Russie envahit l’Ukraine et le Japon impose des sanctions à Moscou.

Mars 2022

  • La Russie met fin aux négociations sur un traité de paix, suspend les échanges entre les quatre îles et les visites libres, et se retire du dialogue sur les activités économiques conjointes.

Septembre 2022

  • La Russie suspend l’accord relatif aux échanges entre les quatre îles et aux visites libres.

Août 2026

  • Vladimir Poutine se rend pour la première fois sur l’île d’Itouroup.

Élaboré par Nippon.com à partir de données provenant des sites Internet du Bureau du Cabinet et du ministère des Affaires étrangères japonais ainsi que de diverses autres sources d’information.

(Photo de titre : le président russe Vladimir Poutine en visite dans une usine de transformation de produits de la mer sur l’île d’Itouroup, le 13 août 2026. © AFP/Jiji)

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