Les charmantes studettes équipées, nouvel eldorado des jeunes japonais

Vie quotidienne

À Tokyo, les studettes de 9 m2 connaissent actuellement un franc succès auprès des jeunes. Environ 1 200 de ces minuscules studios, loués entre 50 000 et 80 000 yens par mois (entre 420 et 680 euros), accueillent des locataires principalement dans la vingtaine et la trentaine. Les clés du succès sont un emplacement idéal et un loyer accessible, deux éléments qui viennent contrebalancer l’exiguïté de ces logements. Partons à la rencontre des locataires.

Un succès à 9 m2

Quand on cherche un appartement, les principaux critères de choix sont le montant du loyer, l’emplacement du logement et sa superficie. En général, plus il est grand, mieux c’est, mais depuis quelques années, des studios extrêmement compacts ont les faveurs des locataires les plus jeunes.

L’agence immobilière Spilytus a mis sur pied Ququri, une marque dédiée à ces studettes équipées. En effet, tout le confort y est : toilettes, douche et kitchenette, ce qui laisse suffisamment d’espace pour un salon de 3,8 m2. Soit à peine la place de bouger si on y installe une table... Dans ces conditions, où dormir ? En mezzanine, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus : la chambre fait 4,2 m2. On atteint ainsi une surface habitable d’environ 9 m2.

Le succès de Ququri remonte à avril 2018 et, deux ans plus tard, ne se dément pas. Les 1 200 studettes installées de façon stratégique dans les quartiers les plus prisés de la capitale – Ebisu, Nakameguro, Shinjuku, Shibuya… – sont toutes occupées et chaque année, de nouveaux studios sont construits. En février 2020, le parc locatif avait ainsi augmenté par rapport à il y a deux ans. Une autre raison du succès de ces logements est l’absence de frais à payer : ni caution ni « key money » (ou reikin, une somme offerte au propriétaire) ni frais de renouvellement du bail, et la connexion à Internet est gratuite.

Le plan des appartements de Ququri, tous de 9 m2
Le plan des appartements de Ququri, tous de 9 m2

« Mon frigo, c’est la supérette du coin »

Qui habite dans ces studettes de 9 m2 ? Et quels critères sont les plus importants pour ces locataires ? Le responsable de Ququri nous répond :

« Les locataires sont à 60 % des hommes, les femmes sont un peu moins nombreuses. Plus de la moitié travaille, et nous n’avons qu’un tiers d’étudiants. La majorité d’entre eux sont dans la vingtaine ou la trentaine, avec seulement 10 % de locataires âgés de plus de quarante ans. Pour certains, la studette n’est qu’un pied-à-terre. Le loyer diffère en fonction de la localisation, mais il s’établit en général entre 50 et 80 000 yens (entre 420 et 680 euros). Dans le quartier d’Ebisu, très prisé, c’est plutôt la fourchette haute. En matière de critères, les locataires mettent en avant l’emplacement et le montant du loyer. Aujourd’hui, on peut tout faire avec un smartphone : regarder la télé, lire un livre, s’informer, regarder un film ; l’aspect pratique tend à primer pour le logement aussi, les gens recherchent davantage le confort d’utilisation que l’espace. »

Le danshari, la volonté de se délester des possessions matérielles, fait de plus en plus d’adeptes (même si tous ne mettent pas ces préceptes en pratique). Le minimalisme pousse l’exercice un peu plus loin : il s’agit de posséder le moins d’objets possible dès le départ, une pensée qui séduit un nombre croissant de jeunes. Ils ne sont pas rares parmi les locataires de Ququri. 

« Nous avons beaucoup de personnes qui possèdent peu de choses et pour qui l’espace n’est pas important, ainsi que des gens qui travaillent énormément et ne rentrent chez eux que pour dormir. Souvent, ils n’ont pas de télévision. Soit ils la regardent sur leur téléphone, soit ils s’en passent totalement. Je me souviens d’un locataire minimaliste qui n’avait même pas de réfrigérateur, il disait que son frigo, c’était la supérette du coin ; et d’un autre qui, en déménageant, avait gagné sur son temps de transport et s’était mis à courir le matin : il a perdu quinze kilos. »

Une locataire très heureuse dans son nid

Nous avons également interrogé une locataire.

Originaire de l’ouest du Japon, elle est venue à Tokyo pour le travail. Elle est actuellement employée par un organisme de promotion touristique auprès des voyageurs chinois. Aimant elle-même voyager, elle a déjà visité 35 pays. Cela fait deux ans qu’elle vit dans une studette Ququri.

— Quel a été le facteur décisif dans ce choix ?

Je cherchais un logement répondant aux critères suivants : douche et toilettes séparées, baignoire pas indispensable, petite superficie OK, mezzanine OK. Je voulais que la cuisine et la chambre à coucher soient séparées, d’où la mezzanine. L’ensemble de mes critères correspondait parfaitement avec l’offre de Ququri et comme, en plus, c’était un logement neuf, je me suis décidée aussitôt.

— Quel a été votre première impression, sur place ?

J’ai trouvé que c’était vraiment minuscule !

La studette de la locataire interviewée
La studette de la locataire interviewée

— Maintenant que vous y habitez, quels sont les avantages et les défauts de cette studette ?

L’avantage est non seulement qu’on n’accumule pas les possessions, mais qu’avec un peu d’imagination, on arrive à créer un nid douillet. Le défaut est, pour moi qui collectionne les baskets Nike, que le placard à chaussures est un peu trop petit.

— Comment vous organisez-vous pour la cuisine, la lessive et le ménage ?

La kitchenette est vraiment minuscule, mais comme j’ai une table dans ma pièce, c’est suffisant pour cuisiner. Je range mes ustensiles de ménage comme l’aspirateur à main dans des boîtes A4.

— Que faites-vous chez vous, généralement ?

Je m’installe à la table pour étudier, lire et manger. La mezzanine me sert uniquement pour dormir.

— Avez-vous une télévision ?

Non. Comme je préfère utiliser pleinement mon espace et mon temps, je n’ai pas prévu d’en racheter une.

— Honnêtement, vous est-il déjà arrivé de souhaiter avoir plus de place ?

Avant, je vivais dans un deux pièces et il y avait un certain nombre de désavantages : j’entassais les objets, il y avait des espaces morts dans les pièces et l’hiver, j’avais du mal à chauffer tout l’espace. Jusqu’à présent, depuis que je suis installée ici, je n’ai jamais eu envie de plus de place.

— Envisagez-vous de toujours vivre ici ?

Bien sûr ! Parce que non seulement cela correspond à tous mes critères, mais en plus avec les murs et le sol blancs, on peut meubler et décorer comme on l’entend. Je suis ravie d’avoir un logement aussi facile à décorer.

— Pour finir, avez-vous un message pour les futurs locataires potentiels ?

Même dans un tout petit espace, quand on a des idées, on arrive à modeler son logement à son image. C’est idéal pour tous ceux qui veulent vivre léger et en accord avec eux-mêmes !

(D’après la diffusion sur Prime Online du 11 février 2020)

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