Lieux sacrés du Japon

Le Shôgo-in : un trésor impérial à Kyoto ouvert spécialement au public

Tourisme

Ayant temporairement servi de résidence pour les souverains lorsque le palais a été ravagé par un incendie, le renommé temple Shôgo-in de Kyoto nourrit des liens étroits avec la famille impériale. Il est n’est ouvert au public qu’une fois par an. En 2019, ce sera du 21 septembre au 8 décembre. Les visiteurs auront ainsi la chance d’admirer les magnifiques motifs de ses portes coulissantes, les chambres jadis utilisées par les monarques et le Sho-in, un bien culturel important construit pour une dame de la cour.

Des liens étroits avec la famille impériale

Situé dans l’arrondissement Sakyô-ku de Kyoto, le Shôgo-in est le temple principal du shugendô, un courant ascétique du bouddhisme japonais. Il possède également le statut spécial de monzeki, signifiant qu’il a été dirigé par des membres de la famille impériale et autres personnages de la classe noble.

L’entrée principale du temple Shôgo-in
L’entrée principale du temple Shôgo-in

Le Shôgo-in aurait été fondé par le prêtre ascète Zôyo (1032–1116), à qui fut offert un temple pour ses services rendus en tant que guide auprès de l’empereur retiré Shirakawa lors d’un pèlerinage aux trois sanctuaires de Kumano Sanzan en 1090. Zôyo choisit de nommer ce temple « Shôgo-in », ce qui signifie Protecteur de l’empereur. Plus tard, les membres de la famille impériale et des personnages de la classe noble en lien avec cette dernière servirent en tant que grands prêtres du Shôgo-in, et ce, jusqu’à l’ère Meiji (1868–1912). Lorsque le palais impérial de Kyoto fut ravagé par le Grand incendie de Temmei en 1788, l’empereur Kôkaku (1780–1817) en fit temporairement sa résidence.

L’une des raisons pour lesquelles le temple n’est pas particulièrement connu est qu’il fut pendant longtemps fermé au public. Il ne pouvait être visité que sur réservation. Maintenant accessible au grand public, les chefs d’œuvres qu’il renferme peuvent être admirés par tous les passionnés d’art et d’histoire.

Un magnifique jardin de sable

Une chambre majestueuse réservée aux devoirs impériaux

Parmi les nombreux trésors abrités par le temple Shôgo-in figurent pas moins de 100 portes coulissantes fusuma recouvertes de feuilles d’or. Dès le hall de l’entrée principale du temple, les visiteurs tombent nez à nez avec deux vieux pins massifs dessinés par Kanô Einô (1631-1697) et Kanô Masunobu (1625-1694), deux artistes majeurs de l’école Kanô.

Le hall de l’entrée principale. À gauche, des horagai, sorte de conque, autrefois utilisée par les moines ascètes du temple.
Le hall de l’entrée principale. À gauche, des horagai, sorte de conque, autrefois utilisée par les moines ascètes du temple.

Caractéristique des temples monzeki, le hall de l’entrée principale du Shôgo-in sert également d’entrée au shinden, le principal bâtiment du temple réservé aux tâches et devoirs impériaux. Le shinden comporte plus de 15 salles, dont les noms ont été choisis d'après les peintures sur leurs portes coulissantes fusuma, telles que Kujaku no Ma (salle du paon), Taikôbô (salle du pêcheur) ou Nami no Ma (salle des vagues). Ces peintures sont l'œuvre de Kanô Einô, auteur du Honchô gashi (1691), la plus ancienne histoire de la peinture japonaise, et de Kanô Masunobu, l'apprenti adopté par le grand peintre Kanô Tan'yû (1602–1674).

Le shinden a été bâti dans la deuxième partie du XVIIème siècle.
Le shinden a été bâti dans la deuxième partie du XVIIè siècle.

Les œuvres décorant les portes coulissantes fusuma du Kujaku no Ma (salle du paon).
Les œuvres décorant les portes coulissantes du Kujaku no ma (salle du paon).

Une série de salles depuis le couloir du shinden mènent à une estrade où l'empereur Kôkaku tenait audience et s’acquittait de ses devoirs impériaux. Les portes coulissantes fusuma de la salle menant à la dernière chambre impériale sont l’œuvre de Kanô Masunobu. Elles sont décorées d'élégantes peintures représentant des oiseaux et des fleurs de saison.

Vue de l'estrade impériale depuis le couloir du shinden
Vue de l'estrade impériale depuis le couloir du shinden

Au-dessus de l’estrade impériale, une calligraphie encadrée de l'empereur Go-Mizunoo (1596-1680). Les deux caractères représentés 研覃 se lisent kentan. Ils signifient : « Polissez-vous et labourez le champ de votre âme », explique Miyagi Taigaku, grand prêtre du Shôgo-in. Les coins arrondis du cadre, poursuit-il, invitent tout un chacun à s’adoucir afin de ne pas blesser le cœur d’autrui.

Cet esprit et volonté de vivre ensemble en paix se retrouve également dans les petits trous creusés dans les impostes décorées ranma au-dessus des portes coulissantes. Ces trous sont destinés à laisser passer les souris afin qu’elles évitent de ronger le mobilier pour se frayer un chemin...

Miyagi Taigaku, grand prêtre du Shôgo-in
Miyagi Taigaku, grand prêtre du Shôgo-in

Ces trous spécialement creusés à l’intention des souris sont un autre symbole de l’importance du vivre ensemble dans le temple Shôgo-in.
Ces trous spécialement creusés à l’intention des souris sont un autre symbole de l’importance du vivre ensemble dans le temple Shôgo-in.

Le shoin, animé par les passions

Les autels du Shôgo-in se trouvent dans le sanctuaire intérieur, une pièce qui était réservée avant l’ère Meiji pour l’enseignement aux membres de la noblesse participant aux cérémonies du foyer impérial. Aujourd'hui, la pièce abrite principalement une statue d'En no Gyôja, le fondateur légendaire du shugendô, et d’autres statues importantes pour ce courant bouddhique

Un autel dédié à En no Gyôja, le fondateur du courant bouddhique Shugendô
Un autel dédié à En no Gyôja, le fondateur légendaire du courant bouddhique shugendô

Lors de votre visite, ne manquez pas les statues de divinités gardiennes de Fudô Myôô. Avec un comportement féroce mais mélancolique, ces divinités transmettent la sagesse, séparant les malheurs et les désirs du monde avec leurs épées dans la main droite et capturant et jetant ce qu’il en reste dans les flammes environnantes avec leurs cordes dans la main gauche.

« Les expressions de ces personnages rappellent beaucoup celles d'une mère sévère avec ses enfants, qui fait de son mieux pour les éduquer et leur inculquer les bonnes manières, toujours prêts à sévir si le besoin s’en fait sentir », explique Miyagi Taigaku.

Le Fudô Myôô peut être admiré lors de l'ouverture annuelle spéciale du temple.

Une statue de Fudô Myôô gravée de la période Muromachi (1333-1568) se dresse dans le sanctuaire intérieur.
Une statue de Fudô Myôô gravée de la période Muromachi (1333-1568) se dresse dans le sanctuaire intérieur.

Un passage ouvert relie le shinden au shoin, une résidence construite à l'origine pour Kushige Takako, épouse bien-aimée de l'empereur Go-Mizunoo. Elle sera plus tard transférée et rattachée au Shôgo-in. Parmi les caractéristiques de ce bâtiment, on peut citer les portes coulissantes mairado, des panneaux de bois dans une ossature maintenus par de minces traverses en bois, un toit délicat et gracieux et des ornements dissimulant les clous représentant des lettres d'amour pliées.

Rattaché au Shôgo-in en 1676, le Sho-in est désigné bien culturel important.
Rattaché au Shôgo-in en 1676, le shoin est désigné « Bien culturel important ».

Un ornement orebumi dissimulant un clou et représentant une lettre d’amour
Un ornement dissimulant un clou et représentant une lettre d’amour pliée

Lors de votre visite, ne manquez pas non plus cette magnifique fenêtre encastrée avec ses vitres, un élément précieux du shoin et d’une valeur inestimable. Le cristal qui compose le volet de droite, lorsqu’il est vu de l'intérieur, est d'origine. 

L’élégante fenêtre du Sho-in, de style katômado courbé, est ornée de vitres rares.
L’élégante fenêtre du shoin

Le palanquin de l’empereur Kôkaku
Le palanquin de l’empereur Kôkaku

Ouverture du Shôgo-in en 2019 

  • Adresse : 15 Shôgoin Nakamachi, Sakyô-ku, Kyoto-shi, Kyoto-fu
  • Ouverture : du 21 septembre au 8 décembre 2019
  • Fermeture le 5 octobre, et du 24 au 27 octobre 2019
  • Horaires : 10 h à 16 h
  • Tarifs – Adultes : 800 yens. Collégiens, lycéens et étudiants : 600 yens. Élèves de primaire et en dessous : gratuit
  • Site Internet

(Reportage et texte : Fujii Kazuyuki, 96Box. Photos : Kuroiwa Masakazu, 96Box)

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