Cap sur les îles les plus fascinantes du Japon

L’île de Shôdoshima : une entrée dans le monde de l’art et du sacré

Art

La pittoresque île de Shôdoshima est connue à l’étranger pour abriter certaines œuvres du Festival d’Art de Setouchi. Elle recèle également des sites sacrés datant des temps anciens dans lesquels les bonzes pratiquaient l'ascèse. Découvrons ici quelques-uns de ces lieux susceptibles de vous faire vivre de véritables expériences hors du réel.

Shôdoshima, une île étonnamment proche 

Environ 80 minutes de vol de l’aéroport de Haneda (Tokyo) à celui de Takamatsu (dans le Shikoku) puis environ 40 minutes en car jusqu’à la gare JR-Takamatsu. De là, en 7 minutes à pied, vous arrivez au port ou vous prendrez le ferry qui vous amènera en 60 minutes jusqu’au port de Kusakabe sur l’île de Shôdoshima. C’est la seconde plus grande île de la mer intérieure de Seto, après l’île d’Awaji.

Le Festival International d’Art de Setouchi est un festival triennal d’art contemporain, qui a lieu sur douze îles de la mer intérieure et deux ports, dont Shôdoshima. Des œuvres d’art sont exposées dans toute l’île pendant l’événement, et même parfois au-delà, car certaines œuvres d’artistes internationaux y restent de façon permanente.

« Liminal Air – core – » (œuvre de Ohmaki Shinji), exposée sur le port de Takamatsu.
« Liminal Air – core – » (œuvre de Ohmaki Shinji), exposée sur le port de Takamatsu.

« Le cadeau du soleil » (œuvre de Choi Jeong-Hwa), le célèbre monument sur le port de Tonosho, sur l’île de Shôdoshima.
« Le cadeau du soleil » (œuvre de Choi Jeong-Hwa), le célèbre monument sur le port de Tonoshô, sur l’île de Shôdoshima.

« Star Anger » (œuvre de Yanobe Kenji), le symbole du port de Sakate
« Star Anger » (œuvre de Yanobe Kenji), le symbole du port de Sakate

Une galerie d’art du photographe français Georges Rousse

La « galerie Georges » est établie dans une ancienne maison de village
La « galerie Georges » est établie dans une ancienne maison de village

La maison où vivaient les grands-parents de Ishii Jun, le responsable du Shôdoshima Art Project
La maison où vivaient les grands-parents de Ishii Jun, le responsable du Shôdoshima Art Project

Dans la galerie sont exposées trois œuvres du photographe français Georges Rousse représentant des ruines ou des bâtiments destinés à la démolition, sur lesquels sont tracés des motifs géométriques. Le concept est de conserver ces vieilles constructions sur la pellicule pour les accompagner dans leurs derniers instants. La mémoire des bâtiments qui ont vécu avec les humains et les ont accompagnés restera ainsi imprimée dans le cerveau de ceux qui auront vu ces œuvres.

La vieille maison traditionnelle, plus que centenaire, est aujourd’hui entièrement transformée en galerie d’art.
La vieille maison traditionnelle, plus que centenaire, est aujourd’hui entièrement transformée en galerie d’art.

Bienvenue dans un monde introspectif doré

Passée l’entrée, à main droite, une pièce à tatami…
Passée l’entrée, à main droite, une pièce à tatami…

Les dorures à la feuille d’or et de laiton dans la pièce à tatami près de l’entrée ont été réalisées par quatre artisans de Kyoto. Les feuilles d’or sont extrêmement minces et laissent visibles les irrégularités des supports, par exemple des tatamis. Mais le simple fait d’être doré donne la sensation d’approcher d’une autre dimension.

Il faut regarder cet espace en se déplaçant, pour voir soudain, comme en trompe-l’œil, se former un cercle parfait.

Installation à la feuille d'or SHODOSHIMA 2018 © ️Georges Rousse
Installation à la feuille d’or SHODOSHIMA 2018 © ️Georges Rousse

Rousse a créé cette œuvre parce qu’il est convaincu « qu’en harmonisant la lumière douce qui s’insinue de la galerie extérieure, un magnifique espace introspectif se crée, idéal pour cette maison ».

Ishii Jun a invité Georges Rousse à réaliser huit photographies dans des bâtiments qui avaient été endommagés par le séisme de Kobe en 1995. Cette relation s’est approfondie quand Ishii a demandé au même artiste de travailler sur l’ancienne maison de ses grands-parents. Rousse a accepté avec plaisir et a créé les trois œuvres toujours en place dans la maison transformée en galerie, avec la collaboration de bénévoles de tout le pays.

Installation du grenier SHODOSHIMA 2018 © ️Georges Rousse
Installation du grenier SHODOSHIMA 2018 © ️Georges Rousse

Le site où la photographie a été réalisée est préservé en l’état.
Le site où la photographie a été réalisée est préservé en l’état.

Sur le terrain de la maison, un café a été construit, tout en préservant l’esprit de la vieille maison traditionnelle. Des fruits de saisons, des en-cas et des pâtisseries confectionnés avec des légumes bio cultivés dans la région de Setouchi y sont proposés.

Café Kohira
Café Kohira

Tartes aux noix au caramel et d'autres aux figues de l’île, tout droit sorties du four. La photo présente la taille des portions lors d’un événement exceptionnel, les jours normaux, la taille est double !
Tartes aux noix au caramel et d’autres aux figues de l’île, tout droit sorties du four. La photo présente la taille des portions lors d’un événement exceptionnel, les jours normaux, la taille est double !

Un lieu sacré d’entraînement spirituel datant du IXe siècle

Sur l’île de Shôdoshima, il existe un pèlerinage de 88 lieux saints, tout comme celui de Shikoku. Ces sites d’entrainement mental et psychique ont été visités par le fameux bonze Kûkai, le fondateur de l’école bouddhique Shingon au IXe siècle. Nous sommes allés à la deuxième station du pèlerinage des 88 lieux saints, le mont Goishi, ou Goishizan.

Le Goishizan, deuxième station du pèlerinage des 88 lieux saints, célèbre pour ses paysages exceptionnels.
Le Goishizan, deuxième station du pèlerinage des 88 lieux saints, célèbre pour ses paysages exceptionnels.

Alors que les portiques torii marquent en principe l’entrée des sanctuaires shintô, celui-ci se dresse à l’entrée d'un temple bouddhique, vestige de l’époque d’Edo et du syncrétisme shinbutsu (le mélange shintoïsme-bouddhisme).
Alors que les portiques torii marquent en principe l’entrée des sanctuaires shintô, celui-ci se dresse à l’entrée d’un temple bouddhique, vestige de l’époque d’Edo et du syncrétisme shintoïsme-bouddhisme.

L’escalier est raide pour l’ascension jusqu’à la statue Namikiri Fudô Myô.
L’escalier est raide pour l’ascension jusqu’à la statue Namikiri Fudô Myôô.

L’histoire du Namikiri Fudô Myôô, ou « Roi de Lumière Immuable qui fend les vagues », est directement liée à la légende de la traversée de la mer par Kûkai dans le navire d’une mission diplomatique, pour aller étudier le bouddhisme ésotérique en Chine, au retour duquel il fonda l’école Shingon. Le navire était sur le point de sombrer dans une tempête, quand Kûkai a élevé dans ses mains une statue du Roi de Lumière qu’il avait sculptée de ses mains. La grande vague s’est alors littéralement partagée en deux, permettant au navire d’atteindre sans dommage l’empire des Tang.

À 300 mètres d’altitude, le panorama est plus impressionnant que prévu. Namikiri Fudô Myô est également le gardien du trafic maritime.
À 300 mètres d’altitude, le panorama est plus impressionnant que prévu. Namikiri Fudô Myôô est également le gardien du trafic maritime.

Les sites saints de Shôdoshima ont été ouverts par Kûkai en 814. En raison du terrain accidenté, des zones rocheuses et des falaises abruptes, l’île était adaptée à la pratique de l’ascèse et de l’entraînement spirituel en montagne. Ses 88 stations du pèlerinage, elles, datent de l’époque d’Edo, à peu près à la même époque que celles de Shikoku.

La grotte du Phœnix, salle principale du temple Goishizan, se trouve sous la falaise.
La grotte du Phœnix, salle principale du Goishizan, se trouve sous la falaise.

Le pèlerinage en 88 stations fait partie de l’entraînement des bonzes du bouddhisme ésotérique, comme d’autres pratiques immobiles, zazen et méditation, par exemple. La salle principale du mont Goishi est une surprenante grotte sous la falaise.

Faites l’expérience cosmique d’une cérémonie du feu

L’intérieur de la grotte du Phœnix, avec son énorme rocher qui s’emble la transpercer.
L’intérieur de la grotte du Phœnix, avec son énorme rocher qui s’emble la transpercer.

Voyez-vous les points blancs comme des particules qui scintillent devant le rocher en face ? En fait, ce sont des pièces de monnaie. Des pièces de 1 yen, 5 yens, 10 yens, que les fidèles laissent en guise d’offrande. Le rocher se ramolli, et le métal s’y incruste quand on appuie dessus.

Le temple est encore aujourd’hui un important centre sacré. La cérémonie du feu y est réalisée quotidiennement. Choisissez une des six sortes de plaquettes de bois gomagi, tels que « trouver un emploi » ou « accouchement sûr », écrivez votre nom et votre âge. Quand le bonze jettera votre plaquette dans le feu sacré et priera pour la réalisation de votre vœu, les formules de prière résonnent dans l’obscurité et vous mettent en communication sensible avec l’univers.

Cérémonie du feu goma-kitô selon le rite du bouddhisme ésotérique Shingon. Les plaquettes de bois symbolisent vos angoisses et soucis. On les brûle avec de l’encens, du riz, de l’huile, des plantes médicinales, avec des prières au Roi de Lumière Immuable.
Cérémonie du feu goma-kitô selon le rite du bouddhisme ésotérique Shingon. Les plaquettes de bois symbolisent vos angoisses et soucis. On les brûle avec de l’encens, du riz, de l’huile, des plantes médicinales, avec des prières au Namikiri Fudô Myôô.

La grotte s’emplit d’une légère fumée blanche, qui joue avec la lumière de l’extérieur.
La grotte s’emplit d’une légère fumée blanche, qui joue avec la lumière de l’extérieur.

À la fin de la cérémonie, admirez les jeux mystérieux de la lumière dans la fumée. Un courant d’air souffle de quelque part. La grotte est ainsi toujours aérée pendant les cérémonies du feu.

Cette île en apparence lointaine se trouve en fait à moins de 3 heures de Tokyo. Vous y ferez l’expérience d’un dépaysement total, d’une stimulation intellectuelle et spirituelle qui apaise l’âme. Shôdoshima est une authentique destination pour un moment d’expériences hors-norme.

Galerie Georges

  • Adresse : 881-9 Umakikabuto, Shôdoshima-chô, Shôzu-gun, Kagawa-ken
  • Horaire d’ouverture : 10 h à 17 h 30

Le Goishizan

  • Adresse : Nôma, Shôdoshima-chô, Shôzu-gun, Kagawa-ken
  • Horaire d’ouverture : 8 h à 16 h

(D’après un article de « TV Tokyo Plus » publié le 18 décembre 2019, édité par Nippon.com)

https://www.tv-tokyo.co.jp/plus/

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