Dossier spécial Le Japon à l’ère des migrations planétaires
L’état des lieux sous la politique migratoire actuelle japonaise et les types de visas de travail

Katô Makoto [Profil]

[10.12.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le Japon est déterminé : il ouvrira l’accès de son territoire à un plus grand nombre de travailleurs étrangers, dans le cadre de la Politique fondamentale sur les réformes économiques et budgétaires. Ceci marque un virage important dans l’attitude du pays envers l’immigration. L’article qui suit passe en revue les politiques migratoires précédentes et explore les impacts à venir de ce changement de cap.

Le gouvernement fait volte-face sur la question de la main-d’œuvre étrangère

La politique japonaise à l’égard des travailleurs étrangers est en train de changer radicalement. La Politique fondamentale sur les réformes économiques et budgétaires adoptée par le gouvernement pour 2018 et approuvée au mois de juin de la même année contient une clause qui instaure une nouvelle catégorie de visas de travail destinée à la main-d’œuvre étrangère non spécialisée, dans l’idée de remédier à la sévère pénurie de personnel dans les secteurs d’activités sélectionnés.

Il s’agit là d’une importante volte-face par rapport à la position de base affichée par l’État en ce qui concerne la main-d’œuvre étrangère depuis l’adoption, en 1988, du sixième Plan de base sur les mesures liées à l’emploi. Dans le cadre de ce programme, la politique migratoire du Japon était délibérément conçue pour encourager la venue des travailleurs étrangers dotés de compétences ou de connaissances spécialisées, mais le pays restait interdit d’accès aux travailleurs étrangers non spécialisés, qui, si on leur avait ouvert la porte, auraient pu compenser la pénurie de main-d’œuvre locale.

Au cours des trois dernières décennies, l’idée que l’accueil des travailleurs étrangers offrait une solution pour faire face au déclin démographique et aux pénuries de main-d’œuvre qui en résultaient a refait surface à diverses reprises. Mais le gouvernement est resté campé sur sa position de base et n’a pas jugé bon d’engager une réflexion sérieuse sur cette question, préférant insister sur la nécessité de forger un consensus national.

Toutefois, dans la nouvelle mouture de sa directive annuelle en matière de politique économique et budgétaire, le gouvernement s’est écarté de la position qu’il affichait de longue date sur l’immigration. Soucieuse de compenser l’aggravation de la pénurie de main-d’œuvre, la directive intègre pour la première fois des mesures en vue d’accueillir les travailleurs manuels étrangers et instaure un nouveau statut de résidence pour eux.

D’après les statistiques du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, l’effectif de la main-d’œuvre étrangère employée au Japon a atteint le chiffre record de 1 278 000 travailleurs en octobre 2017. Il est toutefois intéressant de noter que seuls 20 % d’entre eux étaient pourvus d’un visa de travail.

Il existe différentes catégories de visas autorisant les résidents étrangers à travailler, chacune d’entre elles étant soumise à une politique particulière. Dans les paragraphes qui suivent, je me propose de décrire les politiques officielles et les conditions qui prévalent depuis 30 ans pour les diverses catégories de visas.

  • [10.12.2018]

Chercheur à la société de recherche et de conseil Mitsubishi UFJ Research and Consulting, Département politique économique. Né en 1989. Diplômé en 2014 de l’Institut supérieur d’enseignement de l’Université de Tokyo. Il prend son poste actuel la même année, en axant sa recherche sur les politiques publiques japonaises en matière de travail des étrangers et d’immigration, d’emploi et de main-d’œuvre.

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