Les États-Unis veulent « décapiter » l’Iran : quel position tiendra la dirigeante japonaise en visite à Washington ?
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Après l’attaque du Venezuela, l’ordre mondial est de nouveau menacé
Le président Trump a pris la décision d’attaquer sans avoir l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies ni l’approbation préalable du Congrès américain. Après l’opération au Venezuela de janvier 2026, ce nouveau « recours à la force armée » unilatéral viole encore une fois le droit international. D’autant plus, il s’agit cette fois d’une « opération de décapitation du régime » visant à décimer l’ensemble des dirigeants d’un État souverain. Certes leur dictature était sous le feu des critiques, mais la « diplomatie » de Trump atteint ici un paroxysme.
En juin 2025, malgré le bombardement de ses installations nucléaires par les États-Unis et Israël (guerre des Douze jours), l’Iran s’était abstenu de toute riposte à grande échelle. Mais cette fois, l’existence même du pays étant en jeu, la République islamique a choisi d’opter pour une contre-attaque massive, riposte généralisée ciblant notamment des bases militaires américaines situées dans les pays arabes pro-américains du golfe Persique (dont l’Arabie saoudite) ainsi que dans le détroit d’Ormuz où transitent environ 20 % des pétroliers assurant l’exportation de brut au niveau mondial. Le détroit a d’ailleurs dû fermer.
Alors que Donald Trump appelait le peuple iranien à se soulever contre le régime, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth niait de son côté qu’il puisse s’agir d’une guerre visant à renverser le régime et parlait plutôt d’éliminer une menace nucléaire. Mais si les frappes aériennes de 2025 avaient réellement « complètement détruit les installations nucléaires » (comme le prétend Donald Trump), quelle menace imminente pourrait subsister ? Pourquoi était-il donc opportun de lancer une « décapitation » à cette séquence du conflit ? Ni les causes ni les objectifs de la campagne n’ont été clairement explicités.
Les médias étatsuniens ont déclaré que lors des pourparlers menés au plus haut niveau à Genève fin février, les USA avaient proposé de fournir gratuitement à l’Iran du combustible nucléaire civil. Cette offre ayant été refusée, Trump aurait décidé d’attaquer(*1). Vu l’offensive lancée sans consultation préalable des alliés, seul le Canada a affiché son soutien aux États-Unis. L’OTAN ne fait pas bloc. Le 2 mars 2026, le Premier ministre britannique Keir Starmer déclarait qu’« une base juridique solide et un plan d’action minutieux seraient indispensables à toute implication du Royaume-Uni ». Cette annonce qui indiquait que celui-ci ne participerait pas à la campagne militaire a jeté un froid dans les relations anglo-américaines(*2).
L’Iran, un pilier de l’« axe de résistance »
De son côté, l’Iran est loin d’être irréprochable. Depuis la découverte en 2003 d’activités nucléaires suspectes, la République islamique a entravé des tournées d’inspection de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et enrichi de l’uranium à des niveaux supérieurs à ceux du combustible civil. L’Iran affirmait « ne pas vouloir d’arme nucléaire » (selon les termes de Khamenei), mais il ne s’est pas plié avec honnêteté aux demandes de la communauté internationale qui aurait voulu que les soupçons soient complètement dissipés.
De plus, l’Iran appuierait depuis de nombreuses années « l’axe de résistance » qui soutient militairement et financièrement les forces anti-israéliennes suivantes : le Hamas actif dans la bande de Gaza ; le Hezbollah opérant au Liban et les Houthis à l’œuvre au Yémen. Il agirait par l’intermédiaire de l’organisation militaire d’élite des « Gardiens de la révolution islamique » (un corps de 200 000 hommes environ) placée directement sous l’égide au guide suprême Khamenei.
Dès son premier mandat, Trump a répété que l’Iran était « la cause principale des problèmes au Moyen-Orient ». Les USA ayant décidé de se retirer de l’accord sur le nucléaire, ils ont imposé des sanctions supplémentaires en 2018, ils ont exigé l’arrêt du développement de missiles balistiques et se sont opposés aux soutiens de l’axe de résistance. C’est dans le prolongement de cette politique qu’en 2025 éclate la guerre des Douze jours. Dans leur déclaration, les chefs d’État britannique, français et allemand ont qualifié la riposte iranienne d’« aveugle et excessive » et ont exigé une cessation immédiate des représailles car ils sont conscients que l’Iran est de longue date une menace pour la stabilité du Moyen-Orient.
Comment réagira le Japon au sommet nippo-américain ?
Quelle sera la position du Japon alors que le Moyen-Orient s’enfonce dans le chaos ? Les États-Unis sont certes son seul allié mais la stabilité du Moyen-Orient est cruciale pour l’économie japonaise et la sécurité de l’Archipel. Le Japon dépend du Moyen-Orient à plus de 90 % pour ses importations de brut et pour plus de 10 % de ses importations de gaz naturel liquéfié. Le détroit d’Ormuz lui est vital.
Les relations amicales datent d’avant la révolution iranienne de 1979 et le Japon a continué de coopérer avec l’Iran même après la rupture des relations diplomatiques américano-iraniennes. En juin 2019, malgré l’accroissement des tensions entre les deux pays suite au retrait de l’accord sur le nucléaire de l’administration Trump, Abe Shinzô (le Premier ministre de l’époque) s’était rendu en Iran pour rencontrer le guide suprême Khamenei et le persuader de jouer un rôle constructif dans la stabilisation du Moyen-Orient en dissipant les doutes sur la politique nucléaire. Cette démarche n’est certes pas parvenue à améliorer les relations entre les USA et l’Iran, mais l’absence d’histoire coloniale ou de contentieux religieux au Moyen-Orient est à l’avantage de la diplomatie japonaise.
À la séance de questions de la Commission du budget de la Chambre basse, la Première ministre Takaichi a déclaré à propos de l’Iran : « Notre position est claire : le développement d’armes nucléaires est absolument inacceptable ». Elle a appelé l’Iran à cesser toute action susceptible de déstabiliser la région, incriminé les attaques contre les pays voisins et « plaidé pour une solution diplomatique » (déclaration du 2 mars 2026).
Le Japon est inquiet car une intervention américaine prolongée au Moyen-Orient risquerait d’affaiblir la force de dissuasion nippo-américaine de la région Indo-Pacifique (couvrant notamment Taïwan). La rencontre du 19 mars 2026 à Washington qui permettra à Takaichi d’annoncer à Trump la position du Japon sera un moment extrêmement important pour la diplomatie japonaise. Takaichi prévoyant par ailleurs de recevoir au Japon d’ici avril, le président Emmanuel Macron qui en 2026 préside le G7 ainsi que le Premier ministre canadien Carney, il faudrait qu’elle réussisse à persuader Trump d’élargir sa vision du conflit.
(Photo de titre : de gauche à droite, le président Donald Trump, le secrétaire d’État Marco Rubio et Susie Wiles, la chef de cabinet de la Maison Blanche, supervisant l’opération aérienne dite « Epic Fury » menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Photo prise le 28 février 2026, à Palm Beach, en Floride, et publiée par la Maison Blanche. AFP=Jiji)
(*1) ^ « How Trump Decided to Go to War With Iran » (Comment Trump a décidé de partir en guerre contre l’Iran) NYT, 3 mars 2026.
(*2) ^ « UK’s Starmer breaks with Trump on Iran » (Le Premier ministre britannique Starmer rompt avec Trump sur l’Iran) de Sam Blewett, Politico, 2 mars 2026.