Japan Data

Les Forces d’autodéfense japonaises en mission à l’étranger : retour sur les opérations de soutien aux États-Unis

Société International

Alors que le sommet nippo-américain de mars 2026 est terminé, les observateurs se demandent si la Première ministre Takaichi s’engagera à mobiliser les Forces d’autodéfense japonaises pour le maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz. Retour sur les opérations menées par le Japon en soutien aux campagnes militaires des États-Unis.

Les Forces d’autodéfense en mission à l’étranger

Après-guerre, les Forces d’autodéfense japonaises (FAD) ont essentiellement été chargées de défendre les îles et la zone maritime japonaises ou de participer aux opérations de maintien de la paix des Nations unies. Mais elles ont aussi parfois outrepassé ce rôle pour se joindre à des opérations de soutien aux États-Unis, son seul allié militaire.

La situation tendue actuellement au Moyen-Orient pose ainsi deux questions : la Première ministre Takaichi Sanae s’engagera-t-elle à mobiliser les Forces maritimes d’autodéfense dans le conflit opposant les États-Unis et l’Iran ? La liste des missions à l’étranger des FAD est-elle appelée à s’allonger ?

Marine d’autodéfense et déminage dans le golfe Persique (1991)

Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990, une coalition se constitue sous la houlette des États-Unis afin de riposter à Saddam Hussein. La guerre du Golfe débute en janvier 1991 avec des opérations aériennes et terrestres qui permettent de libérer le Koweït en février. Le Japon a financé l’opération à hauteur de 13 milliards de dollars, mais n’a déployé aucune troupe, cette « diplomatie du chéquier » a été critiquée par le Congrès américain et dans les médias. En avril 1991, après la signature du cessez-le-feu, le Japon approuve l’envoi de six dragueurs de mines de la Marine d’autodéfense dans le golfe Persique qui prennent part à des opérations de déminage de juin à septembre 91. C’est la première fois que les Forces d’autodéfense sont déployées à l’étranger. On parle alors de « mesure spéciale », car cette mission spécifique autorisée par la loi sur les FAD est limitée dans le temps.

Soutenir les arrières dans la guerre contre le terrorisme (2001-10)

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le président George W. Bush déclare la « guerre au terrorisme », en appelle à un soutien international et attend du Japon qu’il fournisse des hommes. Le secrétaire d’État adjoint Richard Armitage, connu pour être un fin connaisseur du Japon, exhorte l’Archipel à « bomber le torse » et à se faire plus présent. Koizumi Junichirô alors Premier ministre fait adopter des mesures spéciales antiterroristes. Mais leur champ d’action est limité par la Constitution et les forces japonaises ne sont pas autorisées à prendre part aux combats ; le Japon se concentre sur le ravitaillement et autres missions de soutien à l’arrière du front. Les navires de ravitaillement de la Marine d’autodéfense fournissent gratuitement du carburant aux forces de la coalition déployées dans la mer d’Oman et dans l’océan Indien.

Aide à la reconstruction de l’Irak (2004-09)

La « Coalition des volontaires » menée par les USA avec l’appui des forces britanniques, australiennes ou polonaises, envahit l’Irak en 2003 au motif que le pays possède des armes de destruction massive et met fin au régime de Saddam Hussein. L’administration Bush en appelle au Japon pour qu’il envoie des troupes au sol. En 2003, le gouvernement Koizumi fait passer une loi permettant le déploiement de mesures spéciales d’aide humanitaire pour participer à la reconstruction en Irak, il autorise le déploiement de troupes japonaises en Irak après la fin des combats pour la phase de reconstruction. Jusqu’en 2006, les hommes des Forces terrestres d’autodéfense prennent part à des actions humanitaires menées autour de la base de Samawah, située dans le sud de l’Irak, une région relativement stable du pays. La Force aérienne d’autodéfense, qui opère de son côté depuis le Koweït, transporte du matériel et des hommes pour soutenir la coalition déployée pour rétablir la sécurité en Irak.

Le colonel Satô Masahisa qui commande de la mission japonaise de reconstruction en Irak, en entretien avec des responsables locaux au sujet d’un pont situé près de Samawah. Photo prise le 26 janvier 2004. (Jiji)
Le colonel Satô Masahisa qui commande de la mission japonaise de reconstruction en Irak, en entretien avec des responsables locaux au sujet d’un pont situé près de Samawah. Photo prise le 26 janvier 2004. (Jiji)

Déploiement au Moyen-Orient près d’Ormuz (2020-)

Après une série d’attaques contre des pétroliers dans les environs du golfe Persique en 2019, l’administration Trump demande à ses alliés de participer à une opération de maintien de la sécurité dans le détroit d’Ormuz. Le Japon, qui ne souhaite pas compromettre ses relations avec l’Iran, choisit de ne pas rejoindre la coalition et annonce mener sa propre opération de renseignement. Des navires d’escorte de la Marine d’autodéfense et des avions de patrouille anti-sous-marins qui sont dépêchés dans le golfe d’Oman et au nord de la mer d’Oman, poursuivent leur mission officielle de surveillance des navires alliés au Japon. En vertu de l’article 4 de la loi sur l’organisation du ministère de la Défense, qui couvre les activités d’étude et de recherche menées par les FAD, le Japon s’attache à détecter les navires et avions suspects.

Données utilisées

(Photo de titre : un navire de ravitaillement de la marine américaine [à gauche] et le navire de ravitaillement de la Marine Force d’autodéfense Hamana en plein transfert de carburant en mer d’Oman à l’occasion d’opérations antiterroristes menées en décembre 2001. Photo fournie par la Marine d’autodéfense/Jiji)

international défense sécurité maritime Forces d'autodéfense