Les athlètes paralympiques : des hommes et des femmes exemplaires

Kôzai Hiroaki, une star internationale à la tête de l’équipe du Japon de handibasket

Sport

Avant de faire carrière en tant que joueur professionnel au Japon et en Allemagne, Kôzai Hiroaki a été l’une des stars et même, à un moment donné, le capitaine de l’équipe de handibasket (basket en fauteuil roulant) de l’Université de l’Illinois, aux États-Unis. À l’heure actuelle, il s’efforce d’aider l’équipe du Japon à décrocher une première médaille dans cette discipline aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020.

Kôzai Hiroaki KŌZAI Hiroaki

Né en en 1988 dans la préfecture de Chiba avec une agénésie (absence de formation) des membres inférieurs. Il commence à jouer au handibasket à l’âge de 12 ans et fait ses débuts dans l’équipe du Japon des moins de 23 ans au lycée dès son entrée en seconde. Entre 2010 et 2013, il joue dans l’équipe de handibasket de l’Université de l’Illinois (É.-U) et avec elle, il remporte le championnat national des Etats-Unis de 2010 ainsi que le titre de meilleur joueur (MVP) pendant deux saisons consécutives. Il faisait également partie de l’équipe du Japon quand elle décroche une médaille d’argent aux Jeux paralympiques asiatiques en 2014 et 2018. A partir de 2013, Kôzai Hiroaki a mené une carrière professionnelle d’une part au Japon avec les Chiba Hawks et l’équipe NO EXCUSE et de l’autre en Allemagne, d’abord pour le BG Baskets de Hambourg puis à partir de 2018, pour le prestigieux RSV Lahn-Dill de Wetzlar qui a été neuf fois champion d’Allemagne et sept fois d’Europe.

Un sport collectif en fauteuil roulant auréolé de prestige

Il suffit d’assister une fois à un match de handibasket pour se rendre compte que ce sport collectif en fauteuil roulant se pratique à un rythme tout aussi endiablé que le basket valide. Les joueurs parcourent le terrain en tous sens à une allure folle ; ils effectuent des changements de direction et des passes époustouflants ; et ils marquent des buts en se heurtant, dans un enchevêtrement impressionnant de bras et de roues. Le basket fauteuil se joue à 5 contre 5 avec un règlement pratiquement identique à celui du basketball, mis à part quelques aménagements dus à la présence de fauteuils. Resté longtemps le seul sport collectif spectaculaire pouvant être pratiqué en fauteuil roulant, il a joué un grand rôle dans le développement du handisport en général et il compte de nombreux adeptes dans le monde.

Au Japon, le handibasket a de plus en plus la cote. En 1999, Inoue Takehiko, auteur du fameux manga consacré au basket Slam Dunk (1990-1996), publie depuis 1999 une autre bande dessinée à succès intitulée Real dont les héros se mesurent à travers le handibasket.

Kôzai Hiroaki n’est pas du tout mécontent de ce regain d’intérêt mais il préfère de loin contribuer à accroître la popularité de cet sport en s’impliquant sur le terrain. Depuis 2013, il est devenu une véritable star en tant qu’ailier des équipes allemandes du BG Baskets de Hambourg et du RSV Lahn-Dill de Wetzlar qui a été sacré neuf fois champion d’Allemagne et sept fois d’Europe. Et ce qu’il vise à présent, c’est une première médaille dans cette discipline pour le Japon aux Jeux paralympiques de Tokyo cet été.

Privilégier le jeu de transition

Kôzai Hiroaki a déjà participé à trois olympiades paralympiques et il est bien placé pour savoir qu’une place sur le podium ne se remporte pas si facilement. En 2016, à Rio de Janeiro, il a pris la tête de l’équipe du Japon en compagnie de son pivot de longue date, Fujimoto Reo, et sous la direction de l’entraineur Oikawa Shinpei. Malheureusement, les handibasketteurs japonais ont été, contre toute attente, éliminés dès la phase de groupes. Un échec difficile à admettre pour un joueur qui a tout lieu d’être fier de ses brillants résultats en tant que professionnel. « Au JO de Pékin et de Londres, j’étais le plus jeune joueur de l’équipe », explique-t-il. « Je voulais juste donner le meilleur de moi-même et mettre mes compétences à l’épreuve d’une compétition de niveau mondial. À Rio de Janeiro, mon objectif était tout autre. Je souhaitais faire forte impression et créer une dynamique dans la perspective des Jeux de Tokyo. Mais après les résultats décevants de notre équipe, j’ai compris que nous devions changer complètement de stratégie. »

Kôzai Hiroaki en train de viser le panier adverse au cours du match de phase de groupes qui a opposé le Japon et les Pays-Bas, le 10 septembre 2016, durant les Jeux paralympiques de Rio de Janeiro. (© Jiji)
Kôzai Hiroaki au cours du match de phase de groupes qui a opposé le Japon et les Pays-Bas, en septembre 2016, durant les Jeux paralympiques de Rio de Janeiro. (Jiji Press)

Après les JO de Rio, l’équipe du Japon de handibasket a cessé de privilégier les qualités individuelles des joueurs et mis l’accent sur le jeu de transition, c’est-à-dire la contre-attaque. Elle a recruté des entraineurs professionnels de façon à acquérir les capacités physiques et mentales indispensables pour contre attaquer et relancer le jeu rapidement. Dans le même temps, il y a eu un grand changement dans la carrière professionnelle de Kôzai Hiroaki. Il a en effet quitté les BG Baskets de Hambourg où il avait joué pendant quatre ans pour l’équipe du RSV Lahn-Dill de Wetzlar qui caracolait en tête des championnats d’Allemagne et d’Europe.

Une stratégie payante

La nouvelle stratégie adoptée par l’équipe nippone s’est avérée payante. En juin 2018, le Japon a battu l’Australie, le Canada et l’Allemagne, situés tous les trois en haut du tableau, et ce faisant, remporté la coupe de handibasket Mitsubishi World Challenge Cup qui s’était déroulé à Tokyo. Mais à peine deux mois plus tard, il a malencontreusement terminé à la neuvième place des championnats du monde organisés cette année-là par l’Allemagne...

Pour Kôzai Hiroaki, c’est la preuve que l’équipe du Japon de handibasket a encore beaucoup de progrès à faire avant de pouvoir prétendre à une médaille aux JO de Tokyo. « Notre objectif était de finir dans les quatre premiers. Nous avons réussi à battre de grandes équipes comme celles de l’Italie et de la Turquie et quand nous avons perdu des matchs, c’était de très peu. Tout ceci montre que nous sommes dans la bonne direction mais que nous manquons encore de la cohérence et de la réactivité nécessaires pour déstabiliser la défense adverse, récupérer le ballon et mener nos offensives jusqu’au bout. »

Au niveau mondial, le basket en fauteuil roulant est dominé par des équipes originaires d’Amérique du Nord et d’Europe. L’Université de l’Illinois où Kôzai Hiroaki a fait ses études est fière à juste titre de son remarquable programme de handibasket et elle a influence considérable sur les compétitions interuniversités. Le Canada dispose d’une Académie nationale, située à Toronto, qui forme ses joueurs. En Angleterre où le handibasket a un grand succès, beaucoup de villes ont leur propre club professionnel. Et les championnats professionnels d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne attirent les meilleurs joueurs du monde entier.

Mais en dépit de la qualité de la concurrence, Kôzai Hiroaki est confiant et d’après lui, le Japon est en train de devenir une équipe de premier plan. « Nous n’avons certes pas obtenu le résultat que nous espérions aux championnats du monde de 2018, mais nous sommes prêts à jouer un jeu de transition. Les membres de notre équipe ont les qualités techniques requises pour évoluer à un rythme rapide et il n’est donc pas du tout exclu que nous remportions une médaille en 2020, pour peu que nous continuions à nous renforcer mentalement et physiquement. »

Des débuts particulièrement précoces et des rencontres déterminantes

Kôzai Hiroaki a vu le jour le 14 juillet 1988 dans la préfecture de Chiba. Bien que né sans membres inférieurs à cause d’une anomalie congénitale, il a été toujours très actif et passionné par le sport. Il attribue ce trait de son caractère à l’influence de son père, lui-même joueur de basketball du temps où il était étudiant. Un jour, sa mère a vu une annonce pour un match de handibasket organisé par l’équipe locale des Chiba Hawks. Le jeune garçon, qui avait alors 12 ans, est allé y assister en compagnie de son père. Au début, il a surtout été subjugué par les fauteuils roulants spécialement conçus pour le sport. « J’étais fasciné ! Ces fauteuils étaient tellement plus légers, rapides et maniables que les autres ! »

À cette occasion, Kôzai Hiroaki a rencontré un ancien joueur professionnel de première division du championnat de football japonais (Japan’s J. League), Kyôya Kazuyuki, qui s’est reconverti dans le handibasket à la suite d’une blessure de la colonne vertébrale due à un accident de voiture. Une véritable star de ce sport qui est à l’heure actuelle capitaine et entraineur adjoint de l’équipe du Japon. Ce jour-là, Kyôya Kazuyuki a fortement encouragé le jeune garçon à rejoindre les rangs des Chiba Hawks. Et celui-ci a été également remarqué par Oikawa Shinpei qui lui a proposé de lui donner des conseils pour s’entrainer.

Kôzai Hiroaki était encore au collège, en classe de quatrième, quand il a participé à son premier grand stage de formation organisé par Oikawa Shinpei à Sapporo, dans l’île de Hokkaidô. Parmi les instructeurs, il y avait le fameux entraineur de handibasket canadien Mike Frogley. Cette expérience a permis au jeune japonais de faire valoir ses qualités en tant que joueur tout en l’encourageant à continuer sur sa lancée.

Pendant le stage de Sapporo, Mike Frogley a conseillé à Kôzai Hiroaki d’aller s’entrainer avec lui aux États-Unis. Une idée que, sur le moment, l’adolescent a eu du mal à prendre au sérieux. Mais il l’a considérée d’un autre œil à partir du moment où il a commencé à jouer dans l’équipe du Japon des moins de 23 ans et à prendre conscience du niveau élevé des joueurs des autres pays du monde.

Des joueurs aussi bons en classe que sur le terrain

Kôzai Hiroaki s’est décidé à aller aux États-Unis avec le soutien de son père dont il était très proche. C’est ainsi qu’à la fin de ses études secondaires, en 2010, il a traversé l’océan Pacifique pour rejoindre Mike Frogley, alors entraineur en chef de l’équipe de handibasket de l’Université de l’Illinois. Au moment de son départ, il était encore très jeune et il avoue volontiers avoir « pleuré comme un bébé ». Une fois sur place, il a suivi des cours dans un community college (centre universitaire de premier cycle) qui lui ont permis d’améliorer son niveau d’anglais et de communiquer plus facilement. Deux ans plus tard, il est entré à l’Université de l’Illinois où il s’est spécialisé dans le management du sport.

Mike Frogley tenait à ce que ses joueurs soient aussi bons en classe que sur le terrain. « J’ai dû m’investir à fond pour tenir le coup à la fois dans mes études et dans le basket », se souvient Kôzai Hiroaki. « Mais je n’ai jamais envisagé un seul instant d’abandonner. »

Pendant son séjour à l’Université de l’Illinois, Kôzai Hiroaki a servi un temps de capitaine à son équipe de handibasket et il a remporté le titre de meilleur joueur (MVP) du championnat national deux saisons d’affilée, en 2012 et 2013. Il dit que, bien que satisfait de ses excellents résultats sportifs, c’est l’obtention de son diplôme universitaire qui lui a donné le sentiment d’avoir accompli un exploit. « J’étais vraiment fier de moi. J’avais réussi à aller jusqu’au bout ! »

L’expérience précieuse d’une star du handibasket professionnel

À la fin de ses études universitaires, Kôzai Hiroaki a décidé non pas de rentrer au Japon mais de chercher de nouvelles occasions de progresser. C’est ainsi qu’il est allé se frotter aux grands joueurs du championnat d’Allemagne de handibasket. Après avoir passé plusieurs saisons avec les BG Baskets de Hambourg, il a fini par rejoindre le grand club du RSV Lahn-Dill de Wetzlar en 2018, avec la ferme intention d’améliorer ses performances en vue des JO de Tokyo.

Kôzai Hiroaki sait parfaitement que son expérience va jouer un rôle déterminant dans les progrès de l’équipe du Japon de handibasket en matière de jeu de transition. Et il continue à se perfectionner en compagnie de ses coéquipiers tout en rêvant d’une médaille d’or à Tokyo, en 2020, et qui sait peut-être d’un brillant avenir plus lointain…

(Photos : Hanai Tomoko, sauf mention contraire)

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