Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Comme transformé, ce matin du Nouvel An

Culture

Au matin du Nouvel An, le poète Bashô pense ressembler à quelqu’un. De qui peut-il donc s’agir ?

誰やらが形に似たり今朝の春 芭蕉

Tare yara ga / katachi ni nitari / kesa no haru

J’ai l’air de qui ?
Comme transformé, ce matin
Prendre un printemps.

(Poème écrit par Bashô, en 1687), traduction par Chloé Viatte

Dans le calendrier lunaire traditionnel utilisé au Japon jusqu’en 1873, on fêtait le Nouvel An le jour de la nouvelle lune la plus proche du 4 février, date marquant conventionnellement le début du printemps (risshun). Le jour de l’An (ganjitsu), correspondait donc au début du printemps. Quand Matsuo Bashô dit « ce matin, le printemps », il évoque le « matin du Nouvel An ».

À l’époque de ce poème, on calculait l’âge suivant un système dit kazoe-doshi : on considérait qu’à la naissance les enfants avaient tous déjà un an de vie et, en lieu d’anniversaire, les Japonais prenaient tous un an de plus au matin du Nouvel An. Dans ce poème, Bashô semble nous dire : « Ce matin, j’ai l’impression de ressembler à quelqu’un. De qui pourrait-il s’agir ? En date du Nouvel An, j’ai vieilli d’un an… j’ai pris un printemps. ».

À qui Bashô finit-il donc par ressembler ? Il laisse planer le doute et semble chercher lui-même mais on peut se demander s’il ne pensait pas à son père.

En effet, le père de Bashô serait mort lorsque le poète avait 11 ou 12 ans (13 ans suivant le système kazoe-doshi). Or Bashô a la quarantaine quand il écrit ce poème (dans le système kazoe-doshi, il fête ses 44 ans printemps). Les enfants ont souvent du mal à voir leurs parents sous leur jour véritable et les voient plus vieux qu’ils ne sont. Ce matin-là, Bashô atteint l’âge que son père devait avoir au moment de sa mort. Il est pris de nostalgie en se regardant dans le miroir, il voit le poids des ans et se demande s’il ressemble à son défunt père...

(Photo de titre : Pixta)

haïku poésie