Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] À Kyoto, une année sous le signe de la joie

Culture

Le haïku de Yosa Buson rend hommage aux comédiens qui faisaient rire les habitants de Kyoto au moment du Nouvel An.

万歳や踏かためたる京の土 蕪村

Manzai ya / fumikatametaru / Kyô no tsuchi

Là, les comédiens !
Martelant, tassant, damant
de Kyoto le sol.

(Poème écrit par Yosa Buson après 1770) traduction par Chloé Viatte

Au Japon, l’adage veut que « le bonheur vienne aux foyers joyeux » (warau kado ni wa fuku kitaru), surtout s’il s’agit du Nouvel An.

Le numéro comique appelé manzai qui aujourd’hui fait tant rire les spectateurs était jadis lié à un moment particulier de l’année. Les duos composés d’un danseur (tayû) et d’une sorte de bouffon portant tambour (saizô) faisaient autrefois le tour des maisons à l’occasion du Nouvel An, ils égayaient les habitants de leurs facéties et leur souhaitaient santé et longue vie.

Tout à la fois peintre et poète, Buson a laissé de nombreuses pièces combinant poème et illustration (haiga). Sur l’illustration en chapeau de notre article, nous voyons un tayû tout sourire danser aux côtés d’un saizô en train de chanter et faire sonner son petit tambour à main. Leur duo a certainement dû réjouir et faire rire les badauds.

En haut à gauche de l’œuvre on peut lire la mention raku-yahantei, où raku est un nom servant à désigner Kyoto et Yahantei le pseudonyme que Buson s’est choisi en 1770. Le poème semble donc avoir été écrit à Kyoto en 1770 ou peu après. En cette fin de XVIIIe siècle, les comédiens de manzai-yamato venaient du nord-ouest de l’actuelle préfecture de Nara exercer leur art dans les rues de Kyoto, au moment du Nouvel An.

Ce haïku donne à voir des comédiens de manzai dansant joyeusement à Kyoto pour le Nouvel An. On les imagine frappant des pieds en train de faire leur numéro, mais il ne faut pas oublier qu’au Japon marteler le sol peut prendre un sens rituel. Traditionnellement on pensait que piétiner et fouler bruyamment le sol permettait de chasser les mauvais esprits et donc de s’attirer des bienfaits. Dans ce poème de bonne augure, la danse des comédiens est donc propice à bien des égards, grâce à eux la majestueuse Kyoto, capitale millénaire, peut gagner en joie, en force et perdurer raffermie dans les siècles des siècles.

(Photo de titre : poème écrit et illustré par Yosa Buson sur le thème du manzai. Avec l’aimable autorisation de l’Agence des affaires culturelles. Photographie de Ochiai Haruhiko.)

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