Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Le songe d’un paravent pour l’hiver

Culture

Quand Bashô se prend à rêver d’un paravent pour passer l’hiver...

金屏の松の古さよ冬籠 芭蕉

Kinbyô no / matsu no furusa yo / fuyugomori

Antique pin tracé
Au doré du paravent —
Voilà un hivernage

(Poème écrit par Bashô en 1693), traduction par Chloé Viatte

Le poème se termine sur fuyu-gomori, une expression qui évoque ces nuits que l’on passe claquemuré chez soi quand sévit l’hiver. Le préambule à ce haïku tiré du recueil intitulé « Le Sac à charbon » (Sumi-dawara) explique que par une nuit d’hiver de 1693, les trois disciples venus rendre visite à Matsuo Bashô dans son ermitage l’ont entendu murmurer ces vers, alors que le poète tisonnait le brasero qu’ils venaient d’allumer.

Le poème donne à voir un paravent doré à l’or sur lequel aurait été dessinée la silhouette d’un vénérable pin. Les paravents avaient pour fonction de protéger des courants d’air et l’hiver en intérieur, ils étaient très appréciés. Nul paravent pourtant dans l’ermitage du poète, Bashô a dû souhaiter en avoir un afin de passer l’hiver, à l’abri du froid, à contempler la lumineuse scène du pin sur fond d’or.

Bashô devait avoir en tête le haïku de son ami Sodô : Kenkon no / hoka ie mogana / fuyugomori (Hors de ce bas-monde / avoir un toit / pour passer l’hiver) où l’expression kenkon no hoka (hors de ce monde) fait référence à un poème de Yuan Zhen (779-831) qui met en scène un sorcier des montagnes ayant en sa possession un pot magique lui permettant de se rendre dans d’autres mondes. Peut-être que Bashô aurait aimé pouvoir, lui aussi, voir son souhait exaucé et qu’un paravent vienne adoucir son hivernage ouvert aux courants d’air.

(Photo de titre : Pixta)

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