Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Un froid de canard mandarin

Culture

Ce haïku de Yosa Buson donne à voir des canards mandarins au plumage coloré dans un paysage hivernal.

鴛に美をつくしてや冬木立 蕪村

Oshidori ni / bi o tsukushite ya / fuyu kodachi

Les canards mandarins
ont capté toute la beauté !
Arbres en hiver

(Poème de Buson écrit en 1751), traduction par Chloé Viatte

Yosa Buson naît en 1716 près d’Osaka, dans la province de Settsu. Il s’installe à Edo dans sa jeunesse et étudie le haikai littéraire sous l’égide de Hayano Hajin. Après la mort de son maître, il voyage quelque temps autour d’Edo avant de retourner à Kyoto à l’automne 1751.

Cet hiver-là, il joint le haïku ci-dessus à une lettre indiquant à un ami d’Edo sa nouvelle adresse. Buson était sans doute alors en train d’étudier dans des temples le dessin sur paravents et fusuma (portes coulissantes). Il écrit : « Je me suis amusé à parcourir Kyoto et j’ai découvert divers endroits. » Le poète a probablement vu des canards mandarins dans un des temples qu’il venait d’arpenter.

Le plumage des canards mandarins mâles est très coloré, l’orange y côtoie le bleu marine et le blanc. Le haïku joue du contraste entre les lignes verticales d’arbres nus en hiver avec la ronde des canards nageant dans l’étang, un contraste qui a dû frapper le jeune poète.

« Les dieux auraient-ils prodigué toute la beauté aux seuls canards mandarins ? Autour de l’étang, la noire silhouette des arbres nus se dresse dans l’hiver. », nous dit le poème. L’idée que la beauté puisse être prodiguée de manière exclusive est inspirée des Analectes de Confucius.

Les poètes de haikai s’inspiraient souvent des classiques chinois et Buson était un maître en la matière. Avec une touche d’humour mêlée d’hyperbole, le haïku nous donne à voir les canards comme un concentré de couleur sur un fond noir et blanc.

(Photo de titre : Pixta)

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