Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] Le ruisseau et la neige
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ながながと川一筋や雪の原 凡兆
Naganaga to / kawa hitosuji ya / yuki no hara
Immensément s’étire
Le trait fin du ruisseau
Dans les champs de neige(Poème écrit par Bonchô vers 1690), traduction par Chloé Viatte
Dans les régions où il neige très peu, la transformation du paysage surprend. De nombreux classiques de la littérature japonaise ont vu le jour dans les alentours de Kyoto, où il neige rarement en abondance. Les poètes l’espéraient comme on attend une muse, un vent nouveau soufflant sur le quotidien. Ce haïku a été écrit par Nozawa Bonchô (1640-1714), un disciple de Matsuo Bashô vivant à Kyoto.
La scène décrite dans ce poème est très simple. On voit un long trait noir s’étirer sur un fond blanc immaculé : un ruisseau traverse une plaine enneigée. Les champs et les landes ne font plus qu’un sous le blanc manteau et le ruisseau auparavant imperceptible, attire désormais le regard. Nous sommes sans doute aux alentours de Kyoto.
Quatre ans auparavant, Otokuni (un autre disciple de Bashô) avait écrit un poème assez semblable : Kawasuji no / tadashiku narishi / yukino kana (Le trait du ruisseau / tranche clair et net / sur la lande de neige). Mais alors qu’Otokuni insistait sur « clair et net » et que sa lecture plus cérébrale de la scène venait plutôt cantonner notre imagination, Bonchô reste dans la description, il en appelle au ressenti du lecteur et nous laisse libres de nous replonger dans nos propres souvenirs de paysages enneigés.
(Photo de titre : Pixta)