Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] L’aurore et les pruniers en fleur
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しら梅に明る夜ばかりとなりにけり 蕪村
Shiraume ni / akuru yo bakari to / nari ni keri
La voilà. L’aurore
se lève, au blanc
des pruniers en fleur.(Poème écrit par Yosa Buson, en janvier 1784), traduction par Chloé Viatte
Dans la nuit du 16 janvier 1784, Yosa Buson appelle ses disciples à son chevet pour leur dicter deux haïkus sur le thème de l’oiseau appelé uguisu (une sorte de passereau parfois appelé « rossignol japonais »). Le premier fait « Rossignol d’hiver — / il était une fois / la haie de Wang Wei » (Fuyu-uguisu / mukashi Ôi ga / kakine kana ) et le deuxième, « Rossignol— / Quelque chose bruisse / dans le bosquet de givre » (Uguisu ya / nani gosotsukasu / yabu no shimo). Que ce soit dans le trope de la haie de Wang Wei, un poète et peintre chinois du VIIIe siècle ou le bruissement des feuilles près de la demeure de Buson, un rossignol s’apprête à annoncer l’arrivée du printemps. Mais cet oiseau est aussi l’esprit de Buson qui s’impatiente et se languit du printemps à venir.
Puis, Buson murmure un dernier haïku sur les fleurs blanches de prunier et demande à ce que l’incipit du poème mentionne « Débuts du printemps ». L’incipit des haïkus qui sont toujours très courts, permet de situer le poème et d’éclairer quand et comment il a été écrit. Le poète s’éteindra dans son sommeil le 17 janvier à l’aube.
À travers ce haïku sur les fleurs de prunier, on croirait entendre la voix du rossignol ou celle du poète nous murmurer « Que l’aurore se lève et que la lumière de l’aube surgisse des pruniers blancs tout juste en fleur. Que vienne le printemps tant attendu ! ». Le poète rêvait de prunier fleurissant dans l’aurore, Buson s’en est allé pour toujours, porté par le parfum des fleurs et certain de l’arrivée du printemps.
(Photo de titre : Pixta)