Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] La moustache des chats
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両方に髭がある也猫の妻 来山
Ryôhô ni / hige ga aru nari / neko no tsuma
Tous deux
moustachus —
Chats en amour(Poème de Raizan), traduction par Chloé Viatte
Dans les haïkus, les poètes utilisent le mot de saison koi-neko ou neko no koi (qui signifie littéralement « amour des chats » ou « chats énamourés ») pour parler de ce moment au printemps où les chattes sont en chaleur. Dans les textes plus anciens, on préférait à ces tournures l’expression neko no tsuma qui l’on pourrait traduire par « époux ou épouse du chat ». Dans son haïku, Raizan (1654–1716) fait remarquer que les chattes ont elles aussi des moustaches. Rien de surprenant à cela, mais ce détail lui permet de donner à voir une drôle de scène où il est difficile de déterminer qui est qui et de savoir quel chat est mâle ou femelle. D’habitude le thème du koi-neko met en scène des chats épuisés par de longs jours d’errance ou insiste sur les miaulements incessants. Ici Raizan innove.
Ce poète, originaire d’Osaka et célèbre pour ses haïkus, était également un habile prosateur. En incipit du poème il raconte : « Difficile de différencier les chats mâles et femelles. Il était une fois une moniale qui croyait que les dieux du bonheur Ebisu et Daikoku étaient époux. On avait beau lui expliquer qu’il n’en était rien, elle n’en démordait pas. Cette histoire m’a inspiré ce poème sur les chats à moustaches, je la mentionne donc ici. » Avec ces figures de Ebisu et Daikoku qui se ressemblent physiquement et portent tous deux moustache et barbe, l’humour monte par touches successives. Le haïku figure dans un recueil compilé par les disciples de Raizan après sa mort et on ne sait malheureusement pas en quelle année il a été écrit.
Raizan possédait une sensibilité et un sens de l’humour hors du commun. Il était à la fois subtil et franc et ses haïkus étaient écrits simplement. Son poème le plus célèbre est sans doute celui qui décrit des poissons frétillant dans l’eau : Shirauo ya / sanagara ugoku / mizu no iro (Les petits poissons blancs — / nagent frétillent / vif-argent du ruisseau).
(Photo de titre : Pixta)