Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] Le rêve du papillon, une invitation au détachement
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世中よ蝶々とまれかくもあれ 宗因
Yo no naka yo / chôchô tomare / kaku mo are
Le monde s’affaire—
Papillon, toi, pose-toi,
En deçà de tout cela(Poème écrit par Sôin en 1676), traduction par Chloé Viatte
Avec ce haïku, Sôin (1605–1682) propose au papillon de lâcher prise et de se poser un instant. La tournure tomare kaku mo are est certes une forme abrégée de to mo are, kaku mo are qui signifie « quoi qu’il advienne » « quoi qu’il en soit », mais tomare peut aussi se lire comme l’impératif d’un verbe et se traduire par « arrête-toi » comme si le poète intimait au papillon de se poser.
Ce haïku est une allusion au célèbre « rêve du papillon » de Zhuangzi (IVe avant notre ère). Le philosophe chinois rêve qu’il est papillon, mais à son réveil, il ne sait plus vraiment s’il est papillon ou humain, ni de qui il est le rêve. Sôin quant à lui semble nous dire : « Il n’est pas nécessaire de prendre sur soi tous les problèmes du monde, mieux vaut peut-être papillonner. Sommes-nous humains ou battons-nous juste des ailes comme les papillons, où s’arrête le rêve et où commence la réalité ? Papillon, viens te poser sur mon doigt. De qui donc es-tu le rêve ? »
(Photo de titre : Pixta)