Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Hommage au chant du coucou

Culture

Dans son haïku, Bashô, le poète de la nature, revisite un classique pour rendre hommage au chant du coucou.

ほととぎす啼や五尺の菖草 芭蕉

Hototogisu / naku ya go shaku no / ayamegusa

Coucou, chante donc
ton chant coulant sur cinq shaku
de jonc.

(Poème écrit par Matsuo Bashô en 1692), traduction par Chloé Viatte.

Matsuo Bashô s’inspire d’un waka anonyme tiré de l’anthologie intitulée Kokin waka-shû (905) dont le poème fait Hototogisu / naku ya satsuki no / ayame-gusa / ayame mo shiranu / koi mo suru kana (Coucou / chante donc, au 5e mois / le jonc / et le trouble / du coeur) que l’on pourrait traduire par : « Au cinquième mois, quand le coucou chante et que le jonc fleurit, je ressens le trouble de l’amour. » Le poète joue ici sur un jeu de mots entre ayame mo shiranu, qui signifie « trouble, perte de repère » et ayame-gusa qui signifie « jonc ». À la description de la première partie du waka, le poète instille l’image du trouble amoureux d’un cœur qui a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Sa deuxième source d’inspiration est un vieil adage voulant que les haïkus soient écrits comme on verse de l’eau sur un jonc haut de cinq shaku. En effet, cette plante marécageuse est hydrophobe, l’eau y glisse même si les feuilles font près d’un 1,5 mètre de haut (1 shaku fait 30 cm environ).

Bashô reprend presque à l’identique la première moitié du waka, mais il change le terme « 5e mois » en « cinq shaku » pour associer au chant du coucou la beauté tranquille du haïku qui coule de source et glisse le long du jonc.

(Photo de titre : Pixta)

haïku poésie