Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Le chaton et l’escargot

Culture

Dans son haïku, Saimaro nous donne à voir un chaton que la vue d’un escargot intrigue.

猫の子に齅れて居るや蝸牛 才麿

Neko no ko ni / kagareteiru ya / katatsuburi

Le chaton
Hume et renifle.
Oh, un escargot

(Poème écrit par Saimaro avant 1697), traduction par Chloé Viatte

Les enfants sont souvent fascinés par les escargots, leur drôle d’apparence, leur lenteur mais aussi par ces petites cornes qui se rétractent quand on les touche. Dans une comptine de la fin de l’époque de Heian (794-1185), assez cruelle sur le fond, on trouve les paroles suivantes : « Danse, danse, escargot. Sinon, je te fais donner des coups de sabots et piétiner par les poulains et les veaux. » Le mouvement des yeux des escargots qui se trouvent au bout de tentacules communément appelées « cornes » peut ressembler à une danse. En japonais, escargot s’écrit 蝸牛 où 牛 signifie « bœuf » et par analogie la comptine parle donc de veaux. On trouve d’ailleurs une scène similaire dans un waka de Jakuren (1139-1202) : Ushi no ko ni / fumaruna niwa no / katatsuburi / tsuno ari totemo / mi o na tanomi so ( Par le veau, / ne te fais pas piétiner / escargot de jardin. / Crois-tu donc que / tes cornes te protègent ? ).

Mais dans son haïku, Saimaro (1656–1738) a l’idée de remplacer le veau par un chaton. La scène est attachante. Le chaton, né quelques mois auparavant, déborde de curiosité. Quand il trouve l’escargot et se demande ce que cela peut bien être, intrigué, il vient scruter et renifler l’étrange créature. L’escargot n’a plus d’autre choix que de se recroqueviller dans sa coquille en attendant que l’intrus s’éloigne.

Le jeune Saimaro avait travaillé avec Matsuo Bashô à créer un nouveau style de haïku. Devenu un maître respecté, il s’était installé à Osaka et avait pris de nombreux disciples.

(Photo de titre : Pixta)

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