Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Allons voir si le nid...

Culture

Avec son haïku, Bashô nous invite à aller observer le monde réel, plutôt que de nous contenter du prisme de la littérature.

さみだれに鳰のうき巣を見にゆかむ 芭蕉

Samidare ni / nio no ukisu o / mi ni yukan

Aux pluies d’été,
allons le voir
le nid flottant du grèbe

(Poème écrit par Bashô en 1687), traduction par Chloé Viatte

Au Japon, la saison des pluies commence généralement vers le début juin pour finir à la mi-juillet, mais à l’époque de Bashô, la saison des pluies tombait au cinquième mois du calendrier lunaire et samidare, le mot de saison du poème indiquant « pluie du début de l’été », s’écrivait 五月雨 : des idéogrammes qui signifient littéralement « pluie du cinquième mois ».

Nio est l’ancien nom du kaitsuburi (petit grèbe), ces oiseaux aquatiques font des nids en végétation qu’on voit flotter à la surface des lacs et des étangs. On utilisait jadis l’image du « nid flottant de petit grèbe » (nio no ukisu), pour parler de quelque chose d’éphémère et de fragile. La princesse Shikishi (1149-1201) écrivait par exemple dans un de ses waka : Hakanashi ya / kaze ni tadayou / nami no ue / nio no ukisu no / sate mo yo ni furu (Éphémères / Être au monde / comme ce nid de grèbe / flottant sur l’onde, / emporté par le vent).

Mais Matsuo Bashô pousse le lecteur à aller voir par lui-même le nid du petit grèbe flottant quand les averses gonflent les étangs au moment de la saison des pluies, ce qui a une existence si brève, allons le voir de nos yeux, là où il se trouve réellement. Tout l’esprit de ce poème qui reprend des images et des termes empruntés aux waka et aux renga de la poésie classique, est dans l’invite au lecteur. C’est ce « allons le voir » qui fait vraiment de ces vers un haïku.

(Photo de titre : Pixta)

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