Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Accablée de chaleur

Culture

Dans le haïku écrit par Sonome (1664-1726), l’été pèse et accable une mère qui porte un enfant sur son dos.

おほた子に髪なぶらるる暑さ哉 園女

Outa ko ni / kami naburaruru / atsusa kana

L’enfant sur mon dos
tripote mes cheveux
Qu’il fait chaud !

(Poème écrit par Sonome en 1697), traduction par Chloé Viatte

À la première lecture, le haïku est relativement simple. Il nous donne à voir une femme qui souffre de la chaleur. On l’imagine aux champs ou chez elle, travaillant en portant son jeune enfant. Le sentir pressé contre elle malgré la fournaise est déjà pénible mais elle semble agacée qu’il lui tripote les cheveux. L’enfant est sans doute trop petit pour qu’il serve à quoi que ce soit de le gronder.

Le père de Sonome officiait dans le sanctuaire d’Ise. Après son mariage avec un médecin, le couple s’installe à Osaka et elle se consacre à la poésie. En visite chez elle, Matsuo Bashô a écrit au soir de sa vie : Shiragiku no / me ni tatete miru / chiri mo nashi ( Sous mes yeux / comme un chrysanthème blanc / sans la moindre trace de poussière). La jeune femme qui venait de devenir trentenaire devait dégager une grande forme de pureté pour qu’il la compare ainsi à un chrysanthème.

En cette fin XVIIe, rares étaient les femmes à composer des haïkus et rares étaient les poèmes à parler ainsi du quotidien. Traversons les siècles. Plus près de nous, Takeshita Shizunojo écrivait en 1920 : Mijikayo ya / chizeri naku ko o / sutecchimaoka (La nuit fut courte / Vais-je rejeter / l’enfant qui réclame sa tétée ?).

L’expression sutecchimaoka (vais-je rejeter ?) est empruntée à la célèbre anthologie classique du Man’yôshû. Chez Sonome déjà, on peut sentir combien il est parfois difficile d’élever un enfant. Son haïku portait en germe une sensibilité que nous dirions toute moderne.

(Photo de titre : Pixta)

haïku poésie