Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] La saison des moustiques
Culture- English
- 日本語
- 简体字
- 繁體字
- Français
- Español
- العربية
- Русский
蚊柱は大鋸屑さそふゆうべ哉 宗因
Kabashira wa / ogakuzu sasou / yūbe kana
La colonne de moustiques
invite à la sciure.
Le soir est là(Poème écrit par Sôin vers 1673), traduction par Chloé Viatte
Les mouches, moustiques et autres insectes, pourtant si méprisés d’ordinaire, faisaient l’objet de merveilleux haïkus évoquant le passage des saisons. Dans ce poème, Sôin (1605-82), nous donne à voir une « colonne de moustiques» (ka-bashira, mot de saison signifiant l’été) qui vrombit dans la relative fraîcheur du soir, sous un auvent, au bord d’un chemin ou près d’un point d’eau. De prime abord, la scène est difficile à comprendre car le poème repose sur une ellipse (nuke).
En effet, à cette époque, les Japonais faisaient brûler de la sciure pour tenir les insectes à distance car les moustiques détestent la fumée. Mais dans son haïku, Sôin omet de mentionner explicitement la fumée ou le feu. De plus, il renverse la logique et semble dire que ce sont les insectes qui attendent et espèrent la fumigation. Ce poème est assez indéchiffrable pour un lecteur non averti.
Sôin se démarquait par un style novateur et complexe. Il intégrait volontiers des scènes ou des coutumes de son temps dans ses haïkus, qui contrastaient grandement avec les poèmes sages et modérés de ses prédécesseurs. Ses innovations ont suscité la controverse, mais le poète a eu une grande influence sur l’œuvre de Bashô.
(Photo de titre : Pixta)