Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Les insectes et l’eau du bain

Culture

Le poète Onitsura et le dilemme de l’eau du bain.

ぎやう水のすて所なき虫のこゑ 鬼貫

Gyôzui no / sutedokoro naki / mushi no koe

Nulle part
Où jeter l’eau du bain.
Chant des insectes

(Poème écrit par Onitsura en 1698), traduction par Chloé Viatte

Le gyôzui est un grand baquet dans lequel on s’installait pour prendre un bain. Ce terme est devenu un mot de saison (kigo) évoquant l’été, mais ici, le kigo du haïku est l’expression « chant des insectes » qui est associée à l’automne.

Le poète qui a fini de prendre son bain souhaite vider l’eau du baquet, mais tout autour de lui les insectes bruissent. Déverser l’eau sans discernement risquerait de mettre fin à leur chant. Il faut l’imaginer un soir en début d’automne, après une chaude journée, il s’est rafraîchi à l’arrière de sa maison, le jardin est envahi d’herbes et autour de lui fuse le chant de différents grillons, criquets, et sauterelles. Ces insectes peuplent les pages de littérature classique, leur chant ravit le poète qui ne souhaite pas perturber l’instant.

Originaire d’Itami, dans la province de Settsu (dans l’actuelle préfecture de Hyôgo), Onitsura (1661-1738) raconte qu’à l’aube de ses trente ans, il a pris conscience que le vrai, la sincérité (makoto), étaient essentiels à l’art du haïku et il s’est efforcé depuis de transmettre des émotions vraies.

Dans un de ses poèmes, son ami Raizan (1654-1716), basé à Osaka, a écrit Gyôzui mo / himaze ni narinu / mushi no koe (Ne prendre un bain / qu’un jour sur deux. / Chant des insectes). La fraîcheur automnale aidant, il a réduit la fréquence de ses bains en plein air mais profite d’autant mieux du chant des insectes. On ignore quand Raizan a composé ces vers, mais les deux poètes semblent par haïkus interposés avoir dialogué sur le même thème poétique.

(Photo de titre : Pixta)

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