À la rencontre de l’art bouddhique

Le Grand Bouddha d’Asuka, la plus vieille statue bouddhique du Japon

Art

Cette sculpture représentant le Bouddha historique Shakyamuni est à ce jour la plus ancienne statue bouddhique du Japon. Depuis plus de 1 400 ans, ce chef-d'œuvre est le témoin des aléas de l’histoire humaine, on peut le voir au Asuka-dera, un temple de l’actuelle préfecture de Nara, dans le berceau de la culture japonaise.

Cette statue qui représente le Bouddha historique (Shakyamuni) est depuis le VIe siècle le principal objet de culte du Asuka-dera, un temple dans l’actuelle préfecture de Nara. Célèbre pour être la plus ancienne statue bouddhique du Japon, les Japonais l’appellent affectueusement Asuka Daibutsu (Grand Bouddha d’Asuka).

Située dans une zone rurale de la préfecture, à une heure de train au sud de Nara, la commune qui abrite le temple ne compte aujourd’hui que 5 000 habitants environ mais, au VIe siècle, Asuka était le centre politique et culturel du Japon et la cour de Yamato contrôlait d’autres parties de l’Archipel. La région abonde de tombes et de vestiges datant de ces temps reculés de l’histoire japonaise.

Le bouddhisme vient d’être introduit au Japon quand, en 588, on commence à construire ce temple. L’édifice est érigé sur l’ordre de Soga no Umako (551-626), une figure influente du clan Soga qui a beaucoup œuvré pour diffuser le bouddhisme. Cette nouvelle religion importée de Chine devait permettre d’unifier et de contrôler la scène politique. Ce tout premier site à avoir hébergé des temples bouddhiques au Japon était à l’origine vingt fois plus vaste, il était même plus grand que le célèbre Hôryû-ji situé plus au nord.

La construction de ce Bouddha Shakyamuni (Shaka Nyorai), qui allait constituer le principale objet de culte du temple, a débuté en 605 et s’est achevée en 609. Cette statue en bronze est un « jô-roku-Butsu » car elle représente Bouddha (butsu) dont on dit traditionnellement dans les écritures qu’il fait un « jô » et six (roku) « shaku » de haut (4,8 mètres environ). Or comme il est représenté ici en position assise, la statue fait moitié moins et mesure dans les 2,75 mètres. Environ quinze tonnes de bronze auront été nécessaires pour la couler et il aura fallu 30 kilogrammes d’or pour le plaquage. Avec son visage fin et oblong, ses grands yeux en amande et son « sourire archaïque » flottant sur les lèvres, la figure étonne par ses traits, tant la physionomie semble empruntée au continent chinois.

La statue a été sculptée par Kuratsukuri no Tori, un artiste bouddhiste très renommé venant de la péninsule coréenne. À l’instar de son autre chef-d’œuvre, la triade Shakyamuni du Hôryû-ji (classée trésor national), le Shakyamuni du Asuka-dera a dû à l’origine faire partie d’une triade, le Shakyamuni était surement accompagné de deux bodhisattvas et devait disposer d’une mandorle. Mais, pendant l’époque Kamakura (1185-1333), le temple a été frappé par la foudre et de nombreux édifices ont été détruits par l’incendie qui s’en est suivi. La statue de Shakyamuni a d’ailleurs été gravement endommagée à cette occasion.

Pendant de nombreuses années, la statue est restée exposée aux intempéries. Au début d’Edo (1603-1868), un petit temple répondant au nom d’Ango-in est construit et la statue réparée est installée dans une salle de taille modeste achevée en 1825.

Pourquoi ce Shakyamuni n’a pas été classé trésor national, alors qu’il s’agit de la plus ancienne statue bouddhique du Japon ? La raison tient sûrement au passé de l’œuvre. En effet, pendant longtemps on a pensé que seuls les yeux et certains doigts de la main droite étaient des originaux quand le reste relevait de la restauration ultérieure. Mais l’analyse par rayon X réalisée ces dix dernières années a montré qu’en fait, la majeure partie du visage ainsi que la main droite sont d’origine. Certains chercheurs affirment par ailleurs que le bronze d’origine qui avait fondu lors de l’incendie a été utilisé pour remodeler le torse de la figure. L’œuvre pourrait prochainement être désignée trésor national.

Mais qu’il soit classé ou non, ce Grand Bouddha d’Asuka est incontestablement majestueux. Certes, la statue a subi de graves dommages et elle a perdu ses parèdres mais elle n’a jamais quitté son site d’origine et a continué de trôner paisiblement sur ce même piédestal qui l’a vue naître il y a près de 1 400 ans. Il est émouvant de penser que des personnages historiques comme le prince Shôtoku ou l’impératrice Suiko se sont autrefois tenus au même endroit, qu’ils ont eux aussi levé les yeux vers la statue et se sont recueillis, tout comme continuent de le faire les visiteurs du XXIe siècle.

Asuka-dera est aujourd’hui entouré de champs et de montagnes, dans une région chargée d’histoire.

Asuka-dera est aujourd’hui entouré de champs et de montagnes, dans une région chargée d’histoire.

Muda Tomohiro est photographe. Il raconte : « Les yeux en amande du Grand Bouddha d’Asuka, cette statue qui, il y a plusieurs siècles, a miraculeusement survécu à un incendie, me rappellent le regard des bouddhas de pierre du temple Longzingsi à Qingzhou dans la province du Shandong en Chine. J’ai eu la chance de photographier ces deux importants sites du bouddhisme, à quelques décennies d’intervalle en Chine et au Japon et cela m’a rappelé combien la péninsule du Shandong et le Japon d’Asuka étaient alors en liens étroits. »

Par delà des mers, l’espace et le temps, son sourire archaïque continue d’illuminer tous les êtres vivants.

Statue de Shakyamuni assis

  • Hauteur : 2,75 mètres
  • Date : période Asuka (ca. 593-710)
  • Emplacement : temple Ango-in (Asuka-dera)
  • Classé : bien culturel important

(Toutes les photos : © Muda Tomohiro)

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